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"Pour résister à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme" un ouvrage dirigé par Alain Chouraqui

dimanche 17 mai 2015

Il est plus que temps, il est encore temps de lire, de réfléchir, de se nourrir de « Pour résister à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme », sous la direction d’Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS et Président de Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation.

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Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS et Président de Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation a dirigé l’ouvrage "Pour résister à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme" (Photo Philippe Maillé)

Il s’impose, comme une urgence citoyenne. Car résister, ce verbe qui doit toujours se conjuguer au présent, comme le disait Lucie Aubrac, devient un impératif du présent. L’ouvrage peut glacer, les engrenages évoqués, qui nous parlait voilà peu encore d’hier ou d’ailleurs, sont, chaque jour, un peu plus présents, un peu plus prégnants dans notre société, notre quotidien. Il est clair qu’il est plus que temps de s’alerter, de résister avant, avant l’horreur, le danger ; résister préventivement, pour que le pire n’arrive pas, pour qu’il ne soit besoin d’actes justes, de Justes. L’ouvrage se révèle donc être un précieux abcédaire, un guide de survie décrivant avec précision les forces à l’œuvre, du terreau aux trois étapes « d’un engrenage résistible ». Il l’est d’autant plus qu’il est aussi lourd d’humanité, pétri d’actes justes. Tant il est vrai qu’il est toujours possible de dire Non, dire Oui à l’Autre. « Ce livre-écrit Alain Chouraqui- repose sur le pari que l’homme peut apprendre de son passé, que la réflexion éclairée par la recherche scientifique peut nous aider à éviter d’autres crimes demain ». Est-il besoin d’en dire plus ? Tout le reste peut apparaître comme littérature. Essayons pourtant.
Il s’agit d’abord de planter le décor, qui mieux que Simone Veil pour cela. Elle signifie : « La démocratie repose sur la confiance dans les individus citoyens décidant ensemble de leur avenir commun, à partir de valeurs partagées. Courage civique, tolérance, respect de l’autre, ces valeurs de l’Europe sont celles que l’histoire du nazisme a montrées comme les plus nécessaires aux heures les plus sombres. Ce sont elles qui, dans les cœurs et les esprits, dans les gestes et les actes de quelques-uns, ont sauvé l’honneur quand des nations entières sombraient ».
Jean-Paul de Gaudemard, ancien recteur de l’Académie d’Aix-Marseille, président du Conseil scientifique de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation insiste lui aussi sur l’importance de cet ouvrage notamment sur le plan pédagogique : « Car rien n’est jamais irréversible. Car il n’y a aucune fatalité dans la barbarie, sinon du fait de notre négligence, de notre lâcheté souvent. Plus encore, de notre insouciance de la prévention ».

« Ce livre est un appel à la volonté, à l’intelligence, à la sensibilité, à la culture, à l’engagement »

Alors, Alain Chouraqui apporte une dernière touche après avoir précisé : « Ce livre est un appel à la volonté, à l’intelligence, à la sensibilité, à la culture, à l’engagement ». Et ce dernier point est d’importance à l’heure d’un négationnisme toujours bien vivace, de l’ignorance, aussi, ainsi que d’une nouvelle perversion : la banalisation, il définit le génocide, un concept forgé en 1943 par le juriste américain Raphaël Lemkin en associant le mot (genos) famille, groupe, race en grec ancien et le suffixe cide du latin caedere, signifiant tuer. Ce terme désigne toute tentative délibérée d’anéantissement d’un groupe pour ce qu’il est par la nationalité, la religion, l’ethnie ou la "race".
Et d’expliquer en quoi l’histoire du Camp des Milles a semblé propice à une telle analyse et à cette pédagogie citoyenne qui avaient pour objectif fondamental de faire vivre les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de justice, de dignité et de laïcité, affichée depuis, à l’entrée du camp des Milles. « Ce camp ne fut pas en effet un camp d’extermination, au bout du chemin de la déportation il se trouvait au contraire au début du calvaire, là où l’on peut le mieux réfléchir au fait que ce fut dans des lieux ordinaires, avec des hommes ordinaires, à côté du quotidien habitué de nos vies, au bout de la grand-rue d’un village comme un autre, que s’est enclenché l’extraordinaire d’un génocide ». Il n’omet pas de préciser que tous les engrenages sont ici réunis : « Le Camp des Milles fut un lieu de persécutions successives et croissantes contre des étrangers, des opposants et des Juifs mais aussi, d’actions diverses et efficaces de sauvetage et de résistance, y compris par l’art et la création. Son histoire illustre ainsi la notion clé "d’engrenage résistible" qui exprime le crescendo propre à certaines dynamiques situationnelles mais aussi la réversibilité de ce processus ».

« La soumission aveugle à l’autorité, le conformisme de groupe, la passivité, la recherche de boucs émissaires »

Pour que cette machine à broyer fonctionne, elle a besoin « d’hommes et de femmes qui se laissent aller à des comportements très communs comme la soumission aveugle à l’autorité, le conformisme de groupe, la passivité, la recherche de boucs émissaires. Ces hommes ordinaires en arrivent ainsi à accomplir, permettre ou laisser faire un crime extraordinaire. Sans eux, sans la banalité de ces mécanismes humains, les extrémistes, les fanatiques et les pervers n’arriveraient à rien  ». (On lira à ce propos avec la plus grande attention les pages relatant quatre expériences scientifiques montrant comment l’on peut devenir bourreau ou complice.) Mais ils y sont arrivés, avec les génocides arménien, juif, tutsi, sans oublier la politique génocidaire contre les Tsiganes.
Et le terreau sur lequel sont nées ces tragédies est toujours bien fertile. Là encore, l’ouvrage est précieux lorsqu’il rappelle : « Depuis plusieurs décennies, de nombreuses études scientifiques ont démontré que la notion de « race » n’était pas applicable à l’humanité. Le patrimoine génétique des humains est en effet commun à tous, à 99,9%. La production de mélanine, qui détermine la couleur de la peau, ne concerne ainsi que quelques gènes sur les vingt-cinq mille que compte l’ensemble du génome humain ».
Pourtant le racisme, l’antisémitisme, tuent toujours, le livre évoque les meurtres d’Ibrahim Ali, de Brahim Bouarram et d’Ilan Halimi. L’ouvrage se termine sur les Justes, les actes justes prouvant qu’il y a toujours moyen de résister, parfois, simplement en détournant la tête. Oui, un ouvrage à lire de toute urgence. Attention, ce livre n’est utile que si on s’en sert.
Michel CAIRE
Sous la direction d’Alain Chouraqui : « Pour résister à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme » aux Éditions Cherche-Midi - prix 16,90 euros.

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