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Ralentir chef d’œuvre ! 30 ans après sa sortie en vinyle "Gémeaux croisées" le spectacle d’Anne Sylvestre et de Pauline Julien vient de paraître en CD

jeudi 1er novembre 2018

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Anne Sylvestre et de Pauline Julien pour Gémeaux-croisées © Caroline-Rose

Ceux qui connaissent la carrière de la chanteuse Anne Sylvestre et en apprécient la qualité autant que la longévité (60 ans de scène sans interruption) aiment déclarer à son sujet et avec elle d’ailleurs : « Le monde se divise en deux. Ceux qui ont vu le spectacle "Gémeaux croisée"s et ceux qui n’y ont pas assisté. » J’ai la chance d’avoir pu applaudir ce moment de théâtre et de chansons tout à fait exceptionnel. C’était le 21 avril 1989 au théâtre du Merlan à Marseille. Une salle archicomble, et un public en liesse pour accueillir cet instant à part dans la vie d’Anne Sylvestre où, accompagnée de Philippe Davenet au piano, et de Claude Jean aux percussions, elle faisait montre de son sens de la scène, (une actrice hors pair) et de son goût du partage. Car le spectacle « Gémeaux croisées » se composait en fait de l’alliance amicale d’Anne Sylvestre, et de la chanteuse québécoise Pauline Julien. La première née un 20 juin, la seconde un 23 mai avaient donc en commun d’être deux sœurs de cœur (et non jumelles) nées sous le signe des Gémeaux. D’où le titre du spectacle qui créé au Centre culturel de Seraing en Belgique le 14 novembre 1987 fut repris à paris au TLP Dejazet du 10 au 22 mai 1988, et, où on nota le beau travail de mise en place de Viviane Théophilidès, (la même qui signa la mise en scène de « Lala et le cirque du vent  » le conte musical pour enfants d’Anne Sylvestre donné la première fois à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon le 8 novembre 1993 et continua l’aventure en accompagnant la grande Anne à Toulon pour une réécriture des Fables de La Fontaine d’anthologie). Co-écrit avec la Québécoise Denise Boucher, poétesse née à Victoriaville un 12 décembre, « Gémeaux croisées » offrait la possibilité aux deux chanteuses d’échanger leurs chansons, Pauline Julien interprétant « Non tu n’as pas de nom », et Anne Sylvestre « L’âme à la tendresse » et donnant ensemble « Rien qu’une fois faire des vagues », (en ouverture) et « Une sorcière comme les autres » (en final), deux des chefs d’œuvre d’Anne Sylvestre. Jouant beaucoup aussi façon pièce de théâtre (« La môme néant » de Tardieu et une lettre de Calamity Jane, un morceau de Colette par exemple), Anne Sylvestre et Pauline Julien s’amusaient à ironiser sur les questions passe-partout de certains journalistes : « Vous commencez par les paroles ou par la musique ? Si vous n’aviez pas chanté, qu’est-ce que vous auriez fait ? Dieu a-t-il une place dans votre vie ? C’est vrai que vous avez mauvais caractère ?  » dans une sorte d’interrogatoire à deux voix. On y entend aussi : « Qu’est-ce qu’une femme libre ? C’est une femme qui n’a pas de sac ». Ou encore : « Es-tu toujours féministe ? Non, les hommes ils aiment pas ça ! » et après un rêve polonais dit par Pauline Julien, vient « Vue d’enfance » qui met les larmes aux yeux. Anne Sylvestre se raconte en disant « Elle » au lieu de « Je ». « Elle me raconta qu’en dépit des perturbations de la guerre elle avait vécu à Lyon puis à Paris une enfance très protégée (…) Parfois des messieurs venaient à la maison, ils ne parlaient pas toujours français (…) On se mit à parler d’armes et on posa des revolvers sur la table. Quand on se souvenait d’elle on l’envoyait dans sa chambre. Elle m’affirma qu’elle n’avait jamais manqué de rien, pas même de tendresse, et qu’elle avait aimé son père avec passion. Un soir, il était parti, précipitamment, et elle l’avait suivi des yeux dans l’escalier. Elle me dit que la honte est lourde à porter quand on est une enfant et qu’on préférait parfois le malheur. Elle me dit que depuis qu’elle sait, l’image de ces enfants traqués, de ces enfants cassés, de ces enfants brûlés, est imprimée sous ses paupières, et que ses larmes ne rachèteront jamais le fait qu’elle ait eu une enfance heureuse. Elle me dit que jusqu’à ce jour, elle n’avait pas voulu en parler », raconte lance Anne Sylvestre devant une salle muette d’émotion, tandis que Pauline Julien l’interrogeant : « D’où ça vient l’angoisse », se voit répondre comme pour désamorcer l’instant dramatique : « Ta mayonnaise tu peux aussi la rattraper avec du sel. » Oui, pour la première fois, (elle l’a refait depuis) Anne Sylvestre parlait de ce père collaborateur arrêté à la fin de la guerre (elle avait 15 ans) et qu’elle ira voir en prison jusqu’à sa libération. Elle l’avait évoqué en filigrane dans « Une sorcière comme les autres » où elle disait : « Quand vous jouiez à la guerre, moi je gardais la maison, j’ai usé de mes prières les barreaux de vos prisons ». Puis, évoque son frère disparu dans un bombardement : « Quand vous mourriez sous les bombes, je vous cherchais en hurlant  », (elle y reviendra en 1998 dans « Le pont du Nord  »), mais jamais encore sur scène de façon aussi directe. Et encore, c’est à la troisième personne et non avec le « je » dans une sorte de mentir-vrai romanesque de toute beauté. Moment phare du spectacle, mais pas le seul comme suspendu hors du temps. Comme dans « La vie en vraie », Anne Sylvestre et Pauline Julien alternent drôlerie et gravité, humour et dramatisation du monde. Tout cela de « Gémeaux croisées », on pouvait l’entendre en intégralité dans un double vinyle collector, mais jamais autrement. Trente ans après sa sortie dans le commerce en 1998, et vingt ans après le décès de Pauline Julien survenu le 1er octobre 1998 voilà que l’on réédite ce spectacle dans un double CD qui paraît chez EPM. On y retrouve tout le programme du vinyl", et la qualité de remastérisation de Raphaël Jonin est telle que l’on croit découvrir l’ensemble pour la première fois. Une pépite supplémentaire dans la discographie d’Anne Sylvestre qui vient de sortir une intégrale de toute beauté et qui a présenté en avant-première à Paris pour ses 60 ans de carrière « Le déluge » et « Le cœur battant » deux nouvelles exceptionnelles chansons qui se trouveront sur l’album qu’elle prépare à son rythme, et à sa manière, c’est-à-dire en toute liberté….
Jean-Rémi BARLAND

« Gémeaux croisées » par Anne Sylvestre et Pauline Julien. Double CD EPM

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