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Rencontre avec Mohand Sidi Saïd auteur de l’ouvrage "Du Djurdjura à Manhattan" : La route du pouvoir peut être pavée de bonnes intentions

lundi 3 août 2020

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Mohand Sidi Saïd présente à Aix-en-Provence son dernier ouvrage "Du Djurdura à Manhattan" (Photo D.R.)

Lorsque Mohand Sidi Saïd présente son ouvrage « Du Djurdura à Manhattan », paru aux Éditions Prolégomènes, qui retrace son parcours, ses engagements, on découvre une voix sereine, une parole posée. Et l’invitation au voyage est là, elle est celle d’un conteur. On se met alors à suivre le parcours de cet homme né dans une famille pauvre installée au pied de l’aride mont Djurdjura en Algérie. Il commence à travailler à l’âge de 7 ans, orphelin et « chef de famille à 9 », il découvre, grâce à un cousin, pour la première fois l’école à 10 ans. Rien ne laissait présager une ascension sociale qui allait le conduire de son petit village de Kabylie jusqu’à Manhattan où il deviendra vice-président de Pfizer Inc. et du puissant syndicat pharmaceutique américain PhRMA. Un parcours d’autant plus rare qu’il se construit dans le respect de valeurs humanistes, de tolérance et un long combat pour l’accès universel à la santé. Il est l’auteur de « L’ Esprit et la Molécule », en 2011 et de « Au secours : notre santé est en péril » en 2016. Il explique la raison de cet ouvrage : « Nous avons un système de santé hérité du XIXe siècle qui ne s’est pas adapté aux avancées technologiques. Face à cette situation j’appelle à un Grenelle de la Santé et une redistribution des cartes avec la mise en place d’un système basé sur la prévention ». Et de citer en exemple Israël : « La deuxième puissance technologique dans le monde. Ce pays a mis en place un système basé sur la prévention avec des unités spécifiques ». Il rend également hommage à la réactivité du Maroc face à l’épidémie de la Covid-19 : « Il a réussi à gérer cette crise avec très peu de morts comme il réussit dans d’autres domaines ». « Un jour, poursuit-il, devant des sénateurs, j’explique que la France est devenue un pays pauvre au regard de son système de santé. Un d’entre eux murmure : "il doit confondre avec son pays d’origine". Non, je ne me trompais pas je parlais de ce pays avec ses millions de chômeurs et plus de 8 millions de personnes vivants sous le seuil de pauvreté ».

« L’intelligence ce n’est pas de proposer des traitements au plus bas prix mais de permettre l’accès aux soins innovants pour tous »

Il déplore : « Nous avons des produits qui ne coûtent quasiment rien, je pense notamment aux antibiotiques. C’est une aberration car cela entraîne les fabricants à ne plus faire de recherche en France pour se délocaliser dans des pays moins tatillons et où la main d’oeuvre est moins chère. Dans le même temps, une étude de 2017 montre que 10% des Français renoncent aux soins pour des raisons financières, un phénomène qui ne cesse de s’accentuer. Et les derniers traitements innovants ne sont pas disponibles ou le sont en retard. Il faut une revalorisation du prix des molécules pour leur rendre leur attractivité sous certaines conditions, comme le retour des sites industriels en Europe. L’intelligence ce n’est pas de proposer des traitements au plus bas prix mais de permettre l’accès aux soins innovants pour tous ». Face à une médecine à deux vitesses Mohand Sidi Saïd propose notamment une médecine à deux prix : « Ceux qui ont des moyens doivent payer encore plus » et de plaider également en faveur de la tenue d’une conférence internationale sur l’accès aux soins innovants. Mais Mohand Sidi Saïd entend aussi défendre l’industrie pharmaceutique : « On lui jette trop facilement la pierre. On oublie trop qu’elle est composée d’hommes et de femmes qui ont des sentiments, dont certains considèrent que leur entreprise a une responsabilité sociale. Ce sont aussi des commerçants, mais lorsque une découverte est faite elle représente une avancée. Et, d’ici 15 à 20 ans je suis persuadé que plus personne ne mourra à cause d’un cancer et cela grâce à l’industrie pharmaceutique ». Il tient à souligner : « On ne peut oublier que les prix de la recherche sont élevés, la découverte d’une molécule coûte en moyenne un milliard. Après, nous sommes dans une logique d’offre et de demande. Il y a beaucoup de demandeurs et souvent une seule thérapie. C’est injuste mais ce n’est, encore une fois, pas sans solution ». Et d’évoquer l’Europe : « Elle a été construite au nom de la paix et de la prospérité mais elle a créé un monstre qui s’appelle la Commission européenne. Et nous avons un système où l’autorisation de mise sur le marché est donnée pour 27 pays mais ces derniers peuvent, chacun, fixer leur propre prix ». Et de regretter également que l’Europe ne soit pas capable de se mettre d’accord pour relocaliser des sites de productions.

« Le doute s’est insinué, ronge une partie de la jeunesse »

Parallèlement, il milite en faveur de l’accès à l’emploi. Il est ainsi à la BAC (Business Angels des Cités), un clin d’œil à la Brigade anti-criminalité : « Ce fonds a vu le jour à Mantes-la-Jolie, finance des projets nés dans les banlieues, de gens des banlieues et pour la population des banlieues ». Plus largement il s’interroge sur notre société : « Je vois de plus en plus de jeunes faire des études, avec les sacrifices que cela peut imposer, et certains, à Bac+3, +4... s’interroger sur notre société, sur leur avenir. Le doute s’est insinué, ronge une partie de la jeunesse. Certains ne prennent même plus la peine de chercher un emploi, expliquent que cela ne sert à rien de remplir un CV. Évoquent le racisme. Expriment leur mal-être. Ici ils se sentent rejeter et indiquent ne rien connaître de leur pays d’origine ». Il en vient à la crise de la Covid-19 : « Elle a renforcé les doutes. La population ne croyait plus dans les politiques, elle croyait encore au médecin. Mais les problèmes d’ego auxquels nous avons pu assister au plus haut niveau de la hiérarchie ont créé un trouble. Il faut ajouter qu’en revanche, un travail exceptionnel a été accompli par l’ensemble des personnels soignants et souvent au péril de leur propre vie ». Puis, Mohand Sidi Saïd d’affirmer : « Si je ne sais pas si un traitement verra le jour je suis persuadé que l’on va découvrir un vaccin ». Il met notamment en exergue les travaux de Moderna Therapeutics, biotech américaine dirigée par le Français Stéphane Bancel ainsi que le vaccin du laboratoire britannique AstraZeneca en cours de développement.
Michel CAIRE


Livre. Mohand Sidi Saïd : « Du Djurdura à Manhattan » : le hasard et la nécessité


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(Photo P.M.-C.)



« Du Djurdura à Manhattan » de Mohand Sidi Saïd -qui vient de paraître aux Éditions Prolégomènes- est un ouvrage fort. Confessions d’un enfant du siècle, des siècles... qui nous amène à travers l’espace, le temps, de la misère la plus grande à la vice-présidence de Pzifer.Inc, géant pharmaceutique. Le parcours, en soi, est rare, il l’est d’autant plus qu’il est accompli en privilégiant les valeurs humanistes au sein de ses équipes comme à l’extérieur de la société. Un parcours placé sous le signe de trois mots : résilience, pouvoir et philanthropie. Retraité, il milite au sein de nombreuses associations humanitaires et préside Aix-Mécénat. Pourquoi écrire ce livre ? Mohand Sidi Saïd donne trois raisons comme autant de raisons de lire l’ouvrage. La première, est de répondre à l’attente de nombre de ses auditeurs et lecteurs qui veulent en savoir plus sur lui : « Je me livrerai donc davantage, mais avec la pudeur qui sied à un Berbère ». La deuxième concerne la situation de l’Europe et de la France et les mouvements sociaux que nous avons connus. Si l’Europe est un espace de paix et de prospérité « elle l’est d’une façon trop inéquitable », juge-t-il. Et de constater que « trop de gens sombrent dans le cauchemar des fins de mois difficiles ». Alors, s’il entend la colère des gilets jaunes, ils les invitent à ne pas se tromper de cible : « Plutôt que de brûler des voitures (...), ils feraient mieux sans doute de se montrer devant le siège des Gafa (les quatre géants du Web : Google, Apple, Facebook, Amazon NDLR) et au perron des palais cinq étoiles où se tiennent les assemblées générales de leurs actionnaires. Peut-être qu’en troublant un peu le sommeil de ces derniers ils finiraient par réveiller leur conscience ». Et de mettre là encore en garde, en appelant à se démarquer « de la haine et des solutions approximatives de ces deux extrémités politique de la gauche et de la droite, des islamistes radicaux et de ces faunes malodorantes d’antisémites, d’anti-noirs, arabes et autres ». Puis d’affirmer, une nouvelle fois, que la France est devenue un pays pauvre : « Peut-on être un pays riche avec quatre à cinq millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ? ». « Nous avons besoin de créateurs de richesse », insiste-t-il avant de préciser : « Mon but n’est pas d’écrire un livre à charge ». Il explique : « Je le crois profondément, l’entreprise doit être au cœur de la cité, assumer son rôle social et faire preuve de générosité. Il n’y a pas d’entreprise sur une île déserte. L’entreprise trouvera son équilibre et sa fierté quand, en son sein, la direction Solidarité (ou RSE) sera créée et traitée avec les mêmes égards que ceux dont bénéficient les directions traditionnelles (...)  ». Et d’en venir à la troisième raison d’écrire ce livre : « Elle est liée à mon long combat pour l’accès universel à la santé. (...). Il faut que nos ministres de la santé cessent d’être des ministres des économies et des calculs politiciens pour prendre une posture visionnaire. Le temps presse ». Un livre à découvrir tant pour le fond que la forme portée par le talent de l’auteur qui restitue avec élégance ses cultures berbère et française. Les mots sont âpres lorsqu’il s’agit de parler de l’enfance, de cette enfance dont on ne guérit pas, avec, au milieu de ses blessures, l’amour de la grand-mère, la rencontre avec un cousin, instituteur. Mohand a dix ans, il découvre l’école, courage physique pour s’y rendre, soif d’apprendre. Les années se suivent, nourries de succès scolaires, de petits boulots. Il découvre le Siècle des Lumières : « Comment ne pas s’émerveiller devant ces libres-penseurs qui -autant que l’instituteur du village, dévoué, passionné et acharné- écarquillent les toits de l’espérance et de la justice ? ». La guerre d’indépendance est là, avec elle l’interruption des études, avant une reprise des cours par correspondance, des contacts avec le FLN, une arrestation. Le retour au village, puis le départ à Alger pour un travail à la Poste, de nuit et un autre l’après-midi, le courrier passé pour le FLN « participation sporadique, éphémère et sans importance ». Une grippe, sera aussi décisive que celle avec le cousin instituteur pour Mohand Sidi Saïd, le médecin qu’il va voir est un lointain cousin qui le détourne du Droit pour l’engager à rejoindre le groupe Pfizer. Le début d’un parcours professionnel brillant, bâti sur le respect du personnel, la mise en valeur des compétences et l’esprit de groupe. On ne donnera qu’un exemple de la méthode Mohand Sidi Saïd. Il prend la tête d’une usine en difficulté en Égypte, son supérieur américain lui demande de réduire les effectifs et les dépenses de 20% et d’augmenter les bénéfices de 20%. Il fera tout autrement (... ) avec succès. De même, en matière de solidarité, Mohand Sidi Saïd saura imposer des décisions fortes à son groupe, notamment en Afrique du Sud, pour faire face au Sida. Vient la retraite qui ne signifie pas pour l’auteur inaction. Il s’implique encore plus dans l’humanitaire au sein de « Sabots de cœur », « SOS Village d’enfants » sans oublier BAC (Business Angels des Cités), né à Mantes-la-Jolie. Il est également président d’Aix-Mécénat. Et il n’a toujours pas fait sienne la langue de bois lorsqu’il s’agit d’évoquer l’état de la santé en France et de dénoncer la mise en place d’une « médecine à deux vitesses, loin de l’accès universel à la santé ». Une critique rendu encore plus vive avec la crise de la Covid-19. Un livre pour réfléchir, un livre pour espérer, un livre pour agir. Mohand Sidi Saïd prouve qu’il est possible de promouvoir des jeunes de pays pauvres à des postes de responsabilité. Il a prouvé, dans les années 2000, lorsque la logique était de fermer des sites industriels et commerciaux dans des pays défavorisés que l’on pouvait faire autrement : « en cédant, à des prix symboliques, ces sites aux employés qui y travaillaient, tout en leur assurant des soutiens logistiques en leur permettant la fabrication de produits génériques de nos spécialités, sans aucun paiement de redevances ».
M.C.
Mohand Sidi Saïd : « "Du Djurdjura à Manhattan" - Résilience, pouvoir et philanthropie » aux Éditions Prolégomènes - 19 euros

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