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Rencontre avec Théo Askolovitch qui jouera cet été dans un "Ruy Blas" ambitieux programmé à Grignan

vendredi 8 février 2019

C’est un voyage en train dont Théo Askolovitch se souviendra pendant longtemps. Quelle ne fut pas sa surprise à son arrivée en gare de Troyes (il venait de Paris) d’être appréhendé par une trentaine de policiers qui l’attendaient sur le quai, lui et ses autres camarades comédiens, qui l’accompagnaient. Motif : des propos sur le jihad forts et sans équivoque qui pouvaient faire penser que Théo et ses amis annonçaient leur désir de partir pour la Syrie, afin d’y mener un combat islamique. Ce que ne savaient pas les policiers, ni les passagers et les contrôleurs du train qui avaient averti les autorités, c’est qu’il s’agissait d’une répétition de la pièce « Djihad  » de l’auteur belge Ismaïl Saidi, racontant la radicalisation de jeunes Belges, puis leur désenchantement. Précisons que les comédiens n’avaient facilité la tache de personne puisqu’ils avaient choisi de réaliser dans le train ce qu’on appelle « une Italienne », c’est à dire qu’ils prononçaient leur texte à voix haute mais sans intention de jouer. En somme, vu de l’extérieur, ils étaient assis et discutaient paisiblement. D’où l’interpellation musclée qui heureusement s’est bien terminée, puisque le préfet prévenu signala qu’il attendait toute l’équipe de la pièce pour assister le soir même à la représentation du texte de Saidi. Et dire que certains écrivains se creusent la tête pour trouver des idées de romans, l’affaire décrite ici montre que la réalité dépasse la fiction.

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Après le Off d’Avignon l’an dernier, Théo Askolovitch sera cet été aux Fêtes nocturnes de Grignan où il jouera plusieurs rôles dans le « Ruy Blas » de Victor Hugo mis en scène par Yves Beaunesne. (Photo Callback/D.R.)

Avec Tigran Mekhitarian

Preuve en tout cas que Théo Askolovitch est un acteur convaincant même quand il n’est pas censé jouer. Un comédien bouleversant aussi. Pour preuve ces moments de théâtre où, Théo Askolovitch, associé à son ami Tigran Mekhitarian, a créé par son interprétation de Boris dans la pièce «  Deux frères  », l’un des événements du dernier Festival d’Avignon. Créée en France début juin 2008 dans le cadre du 3e Festival de l’Oise, « Deux frères » de l’Italien Fausto Paravidino est une œuvre magnifique qui, bénéficiant du texte français de Jean-Romain Vesperini demeure poignante de bout en bout. Au départ deux frères donc Boris et Lev, qui unis par une amitié exclusive habitent ensemble dans un appartement où ils hébergent Erica. Une jeune fille libre, qui les trouble l’un comme l’autre mais dont la liaison avec Lev va déclencher un cataclysme. Et quand Boris tombe amoureux d’Erica, le drame semble inévitable, et les deux frères n’ont plus d’autre choix que de tout tenter pour écarter l’intruse de leur vie. Succédant à celle de Fabio Allesandrini donnée à sa création, la mise en scène collective coordonnée par Tatiania Breidi a débarrassé la lecture de la pièce de tout le pathos ordinairement exprimé. Jouant surtout sur les lumières et l’expression des corps, ce travail est une des plus belles choses qui puisse se voir dans le off 2018. Ayant subi des transformations notamment concernant le personnage féminin, « Deux frères » bénéficie ici du jeu exceptionnel des trois comédiens, Théo Askolovitch, Tigran Mekhitarian, et Lucie Brandsma. Une création collective en fait bien dans l’esprit des principes artistiques des uns et des autres. « Boris est un personnage touchant » précise Théo Askolovitch « fragile, décalé. Il a peut-être une forme d’autisme, et c’est celui des trois de la pièce dont le parcours évolue le plus. Et j’aime cette langue chez Paravidino, intéressante, riche, qui suggère plus qu’elle n’explique. Au point d’avoir pour projet de monter "La maladie de la famille M." un autre de ses textes, sorte de danse de mort où l’on pose plus de questions que l’on apporte de réponses. » Et d’ajouter : « J’ai été heureux de travailler une fois encore avec mon ami Tigran Mekhitarian qui m’a dirigé dans "Pas là", j’étais aussi son assistant, la pièce de Léon Masson, puis dans une version un peu rap de la pièce de Molière "Les fourberies de Scapin", jouée en 2017 au Théâtre de Ménilmontant, puis dans le Off d’Avignon.  » Ce même Tigran qui le mettra en scène dans son adaptation de « L’avare  » que l’on pourra voir au Théâtre de l’épée de Bois à La Cartoucherie du Bois de Vincennes à Paris du 23 mai au 2 juin 2019. L’équipe résume le projet élaboré par Tigran (présent aussi en tant qu’acteur) de la manière suivante : « Dans cette version de l’Avare, Harpagon est le chef du plus grand réseau de banditisme de Paris. Un burnout provoqué par le décès de sa femme qu’il aimait tendrement l’a poussé à se réfugier dans les affaires sombres, ne trouvant plus de jouissance que dans l’appât du gain. Victime de trahisons et d’hypocrisie, il n’a plus aucune attache pour l’être humain et inflige désormais tout le mal qu’il peut, souvent même sans s’en rendre compte. Cependant, sa noirceur est nourrie par une envie : subvenir au besoin de ses enfants malgré son absence d’implication réelle dans la réalisation de leur véritable bien-être. Mais la solitude guette celui qui ne s’inquiète véritablement que de son propre sort. Peu à peu, sa maison, ses enfants, ses hommes de main se retournent contre lui. Parrain incontesté et craint de la mafia parisienne, saura-t-il faire face à ces trahisons et ses fautes ? » Et toujours Tigran Mekhitarian, avec qui il partagea très récemment la scène au Théâtre 13 dans « Les yeux d’Anna » de Luc Tartar où il incarnait Rachid. Un pitch très simple pour une pièce complexe : « Anna est une jeune fille surdouée. Son inadaptation est criante et son regard insupportable : elle a des yeux vairons qui font peur à ses condisciples et elle refuse de baisser le regard. Au lycée, ses camarades lui volent ses vêtements et l’exhibent nue dans la cour. Elle retourne chez elle et s’enferme dans sa chambre. Pendant la nuit, une main mystérieuse écrit sur le mur de sa maison : sorcière du balai. » « Quand Luc Tartar invente le personnage d’Anna, victime d’exclusion et de rejet par ses camarades du lycée, dénigrée pour son intelligence et pour sa différence, et dont le harcèlement est ignoré par des proches impuissants, accaparés par d’autres combats, en lutte pour leur propre survie, une question le taraude : qui sont les sorcières d’aujourd’hui ?  », précise la metteure en scène Cécile Tournesol qui ajoute : « De nos jours, la condition féminine semble fragilisée, les avancées d’hier, que l’on croyait définitives, sont remises en cause et les violences faites aux femmes semblent en progression, dans toutes les classes de la société et jusqu’au plus haut niveau. Aux États-Unis, par exemple, Trump se gargarise de propos sexistes d’une insupportable violence ». « La pièce, poursuit Cécile Tournesol, aborde un thème éminemment politique, prenant le monde d’aujourd’hui à bras-le-corps, et dénonçant les violences qui traversent nos sociétés. Avec l’auteur, je partage l’envie de parler avec et pour les adolescents. Ici, de la violence scolaire et plus largement de la violence sociale. Une violence dans laquelle nous baignons tous, à laquelle nous prenons part. Quelle joie d’avoir les mots d’un poète pour en rire, en pleurer, nous lever contre et ensemble. Dans le théâtre de Luc Tartar il y a de l’espièglerie et de la férocité, le tendre côtoie le rugueux, le réel, le fantasme… la mort est dans la vie. Nous pouvons tous nous y sentir chez nous. ». Un sentiment partagé par Théo Askolovitch, dans ce chef d’œuvre de sensibilité où l’on trouvait également à ses côtés sur les planches Louka Meliava.

Un acteur fraternel

Considérant son art de la scène comme un moyen de partager idées et émotions, Théo Askolovitch est un acteur fraternel, en prise avec les interrogations de notre époque. Né le 27 avril 1995, formé à Asnières, après être passé à Menton et au Cours Florent, cet artiste passionné de musique et d’écriture aime lire Paravidino (il est un fan absolu), Koltès, Molière, (il a été « Georges Dandin » sous les yeux de Nicole Caillon), Lagarce, Shakespeare, (il a joué dans « Le songe d’une nuit d’été » mis en scène par Jean-Charles Rousseau), Thomas Bernhardt, et le Paul Claudel du « Soulier de satin  » dont il a aimé la spiritualité et l’aspect épopée. Et quand on lui demande ce qu’est une bonne pièce l’acteur répond : « C’est une histoire bien racontée, avec du style et de la vérité ». Quant à savoir ce qu’est un bon acteur, il précise : « C’est quelqu’un qui ne triche pas, qui joue avec ce qu’il est. Tricher, c’est s’écouter, c’est mentir.  » Belles définitions pour un comédien que l’on a aussi vu au cinéma dans les films de Juliette Desseauve et Roman Sitruk, avec qui il a fondé le collectif « Super Sayen » et réalisa sa première mise en scène sur la pièce « La maladie de la famille M. » de Paravidino.

Un « Ruy Blas » ambitieux

Pour l’heure voilà Théo Askolovitch embarqué dans la production d’un « Ruy Blas » monté à la Comédie Poitou-Charentes (Centre dramatique national) par Yves Beaunesne, metteur en scène qui fut invité dans la cadre du Festival d’Aix-en-Provence à présenter l’été 2009 une nouvelle version d’« Orphée aux Enfers » d’Offenbach avec l’Académie européenne de musique, placée sous la direction d’Alain Altinoglu. Un « Ruy Blas » ambitieux qui sera créé aux Fêtes Nocturnes du Château de Grignan (26) qui se dérouleront cet été du 28 juin au 24 août 2019. Il y jouera plusieurs rôles, tandis que François Deblock sera « Ruy Blas ». Notons que l’on trouvera dans la production Maxime Marchand, diplômé de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes (ERAC) et contreténor formé au conservatoire de musique ancienne d’Aix-en-Provence avec Monique Zanetti ; et, Zacharie Féron formé à la danse notamment aux côtés de Josette Baïz et au théâtre où il intégra la compagnie « Ainsi de suite », à Aix en Provence. Et, ce, avant que de rentrer en 2013 au Conservatoire d’art dramatique de Montpellier, et d’approfondir sa formation au sein de l’Ensatt (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre). On le voit Théo Askolovitch sera bien entouré dans ce spectacle qui promet énormément.
Jean-Rémi BARLAND

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