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Rencontres d’Averroès : la liberté une arme pour résister à la terreur

lundi 20 novembre 2017

Des attentats se succèdent et, avec eux, se propagent la violence et de la terreur, comment préserver les libertés publiques et privées dans un tel contexte ? Tel était l’objet de la deuxième table ronde de l’édition 2017 des Rencontres d’Averroès, au théâtre de la Criée, à Marseille. Pour débattre de cette question : Mohammad Ali Attassi, militant des Droits de l’Homme en Syrie, il est documentariste, producteur et auteur de deux documentaires sur des figures en résistance, Loulouwa Al Rachid, universitaire, Nora Lafi, historienne et Christian Vigouroux, juriste et professeur de droit public.

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Toile du peintre CAM

Loulouwa Al Rachid s’interroge sur l’intitulé : "quelles libertés face à la terreur ?" :« Nous sommes plus devant un phénomène de guerre sociologique tel que défini par Bourdieu. A mes yeux, il s’agit d’un habillage pour des antagonismes profonds au sein de la société proche-orientale, à savoir : des antagonismes de classe, des marges laissées à l’abandon et un cadre urbain qui n’est pas à même d’accueillir le flot de jeunes qui s’y rend ». Tandis que Mohammad Ali Attassi se dit rassuré de voir le thème liberté répondant à celui de terreur « car la restriction de liberté ne pourra qu’encourager le terrorisme à poursuivre son action ». Nora Lafi avance pour sa part : « On n’entre pas dans la terreur en 2011 avec New York, nous étions déjà dans un monde de la guerre froide avec les Etats-Unis formant des Djihadistes pour attaquer les frontières russes sans mesurer qu’une fois armés ils allaient agir pour leur propre compte ». « Nous appartenons, poursuit-elle, à des géostratégies qu’il ne faut pas oublier car elles font partie de notre quotidien. Dans ce cadre, il importe de voir que la Syrie, la Libye et l’Irak appartenaient au bloc socialiste ce qui en faisaient des pays cibles pour réduire l’influence soviétique. Quand on a bombardé la Libye c’est une guerre non légale que nous avons engagée et les Russes ont réagi d’une manière extrêmement violente ».
Christian Vigouroux revient à une définition de la terreur selon laquelle : « Il s’agit d’une vaine frayeur, d’un trouble d’esprit. Je suis pour que le terrorisme ne produise qu’une vaine terreur ».

« C’est alors que le mouvement devient djihadiste et qu’il se renforce »

Loulouwa Al Rachid reprend : « On peut essayer d’expliquer la violence actuelle par les défauts originaux de 1920- le mandat britannique sur la Mésopotamie-où le pouvoir est donné à la minorité sunnite au détriment des Chiites et de la minorité kurde. Puis, en 2003, les Américains arrivent avec l’envie de faire table-rase du pays, cela s’est traduit par un bouleversement total. Les arabes sunnites qui s’étaient identifiés au pays se sont retrouvés minoritaires, ont perdu leur poste. Ils ont pris les armes à ce moment, sans grand résultat dans un premier temps. C’est alors que le mouvement devient djihadiste et qu’il se renforce, obtient l’appui de vétérans d’Afghanistan et on assiste, en 2013-2014 à l’émergence de l’État Islamique  ». Mais, pour Loulouwa Al Rachid ces faits n’expliquent pas tout. Elle invite à prendre en compte tous les dysfonctionnements qui existaient : les coupures d’eau, d’électricité... l’exaspération que cela a pu produire. Et, comme la destruction du parti Baas par les Américains à produit une crise elle craint « que l’on agisse de la même façon avec Daech qui a géré une large partie du Pays pendant trois ans ce qui va produire d’autres violences ». Nora Lafi note : « J’habite en Allemagne, les gens ont l’impression que seuls les bombardements peuvent apporter la démocratie. C’est une idée répandue en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale ». Elle juge ensuite : « La démocratie ne vient jamais de l’extérieur, d’en haut, elle vient du peuple. D’autant que les régimes autoritaires issus de la décolonisation étaient soutenus par les pays occidentaux. Ben Ali a été formé par la CIA, mis en place contre son peuple, jusqu’à ce qu’il soit lâché par l’Occident qui a pensé que, dans un certain nombre de pays, le Djihadisme pouvait être la solution pour maintenir le statu quo ». Mohammad Ali Attassi rappelle : « il ne faut pas oublier que les régimes autoritaires gardaient le pouvoir en utilisant le danger islamique. L’Occident y trouvait son compte puisque personne ne bougeait dans ces pays. sauf que la révolution démographique a vu une arrivée massive de jeunes demandant du travail et du pouvoir Et il suffit de l’immolation de Mohamed Bouazizi, en 2013 pour qu’un mouvement touche le monde arabe. Et ce n’est pas pour rien que les Syriens ont bougé en dernier car ils connaissaient la violence du système et violence il y a ».

« Il y a une alternative entre le régime autoritaire et le djihadisme »

Nora Lafi en vient aux Djihadistes soutenus en Libye par l’Occident contre Kadhafi : « Ils ont violé les femmes dans la rue, tué les noirs, détruit un pays... ». Mohammad Ali Attassi précise : « Il y a une alternative entre le régime autoritaire et le djihadisme. Il en existe également une entre des bombardements et ne rien faire. L’intervention en Libye a été une catastrophe. En Égypte, les Frères Musulmans avaient gagné les élections, mais avec seulement 51% des voix et, au bout d’un an et demi de pouvoir la majorité de la population avait compris que l’Islam politique n’était pas une solution. Celle-ci aurait pu venir des élections suivantes... sauf qu’il y a eu le coup d’État du Maréchal Sissi qui ne règle rien... Heureusement qu’il existe encore un espoir dans la société civile ». Mais Loulouwa Al Rachid déplore : « L’occident ne s’intéresse pas à cette force non négligeable dans plusieurs pays que représente la société civile. Il faut sortir du paternalisme et du mépris de ces sociétés civiles. Pire, on assiste à une déshumanisation des victimes non occidentales. Lorsqu’il s’est agi de reprendre Mossoul, 800 000 habitants, il n’y a eu aucune distinction entre les civils et les djihadistes. On a coupé l’eau, l’électricité, bombardé, sans organisé de cordon humanitaire ».

« compromission, fascination, vertige »

Alors Christian Vigouroux en vient à citer trois mots qui interviennent dans la prise de décision : compromission, fascination, vertige. « Compromission car elle est en nous, quelle que soit la fonction que nous occupions. Comment lutter contre ? Par l’intelligence. On peut mettre un peu d’intelligence dans une politique de la force. Fascination car nous sommes tous fascinés par la force. Le 3e mot c’est vertige. Un dictateur c’est propre, c’est commode en politique étrangère. Et il ne faut pas oublier que, dans un premier temps, 90% de la population française trouvait Pétain commode ». Et de citer La Fontaine : « Après mille ans et plus de guerre déclarée, Les Loups firent la paix avec les Brebis ». Les loups de manger les brebis, et, considère Christian Vigouroux, « La conclusion est terrible, pire que du quai d’Orsay : "Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle". Le Préfet Lépine ne disait pas autre chose : "je ne peux pas faire plus pour la sécurité car je suis gêné par le droit"... Cette dérive fait que l’État peut prendre de mauvaises décisions ». Nora Lafi lance : « Peut-on construire un monde en bombardant son voisin ? Il faut imposer la démocratie. L’Otan mène des guerres, nous sommes en droit de demander pourquoi ? Nous pouvons tous, chacun à son niveau, changer le cadre qui fait que l’on agit en notre nom contre nos valeurs ».
Michel CAIRE

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