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Romain Précastelli : "Un grand metteur en scène, c’est celui qui permet de faire sortir le comédien de sa zone de confort." Rencontre avec un comédien qui a envie de transmettre et se transformer en "Passeur de lumière"

samedi 1er août 2020

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Romain Précastelli : "Une grande pièce de théâtre, c’est une pièce qui permet au public de penser" © Caroline Guerin

2009 marquera un tournant dans la vie de Romain Précastelli, qui décida d’arrêter ses activités de mécanicien automobile pour se consacrer entièrement au théâtre. Au conservatoire régional de Poitiers d’abord où il monta des spectacles avec plusieurs compagnies, structure qu’il quitta en 2011 pour rejoindre Paris et entrer à l’école dramatique Jean Périmony, pour y suivre trois années de formation intense. « L’essentiel est d’apprendre à travailler, de savoir aborder un rôle, une répétition, respirer. Être acteur, c’est pouvoir donner le même degré d’émotion chaque fois qu’on vous le demande », disait en substance le grand Périmony professeur bienveillant qui permit à Romain Précastelli de travailler la diction, l’interprétation des personnages, la découverte des auteurs. Une école basée sur le texte, où il n’y avait pas de cours d’improvisation ou de chants. Cela il le perfectionnera plus tard dans des conditions particulières sur lesquelles nous reviendrons. Formé donc à l’École Périmony, pour vivre d’autres aventures, après trois ans d’études, Romain Précastelli a fait également sienne cette idée de Peter Brook selon laquelle il y a deux sortes de théâtre, un théâtre pour rire et un autre pour penser. Et de définir alors une grande pièce comme celle qui change notre vision du monde et fait évoluer la pensée de l’homme.

« La panne » de Dürrenmatt

Lecteur de Stanislavski qui rappelait que « si l’on a rien à faire sur scène il faut en sortir », Romain Précastelli incarna en 2014 un avocat dans « La panne », la fable insolente de Friedrich Dürrenmatt (1921-1990) mise en scène par Fabien Buzenet et donnée par la Compagnie Les Éparpillés, au théâtre de l’Albatros, dans le cadre du Festival Off d’Avignon. Une histoire à la fois simple et complexe. Un représentant de commerce nouvellement promu dans son entreprise de textile, Alfredo Traps trouve refuge dans une villa isolée occupée par un retraité recevant ses amis. Ces quatre ex-hommes de loi, qui adorent rejouer les grands procès de l’Histoire, trouvent avec Traps la figure de l’accusé, dont le procès sans doute dévoilera quelques failles et matière à culpabilité. « Parfaitement huilée, la fable acerbe et insolente se déploie entre la folie débridée des retraités et le raffinement d’un festin avec grands crus. La scénographie s’appuie sur cette dialectique, et la mise en scène de Fabien Buzenet joue sur l’ambiguïté entre jeu et réalité, autour des affres de la culpabilité  », disait un critique de l’époque.

« Mon petit château de sable » de Jean-Baptiste Sintès

Magnifique moment de théâtre « La panne » où Romain Précastelli et ses camarades brûlèrent les planches, fut suivie quelques temps plus tard de « Mon petit château de sable  » écrit et mis en scène par Jean-Baptiste Sintès, jouée au Pixel et au Théâtre de la Jonquière. Une pièce sur l’amour perdu. Matthieu et Joe, deux amis en vadrouille en Corse, se livrent une compétition permanente : une course à qui sera le plus fort, qui aura la plus jolie fille ou qui fera la plus grande pirouette. Sur leur chemin, ils rencontrent Charlie, une jeune fille pétillante, qui accepte de les aider à trouver refuge chez un couple d’amis, Julie et Antoine, qui ne peuvent plus se supporter. Cette arrivée va bousculer les habitudes du couple et leur apporter le souffle de vie qu’il leur manquait mais chacun de leur côté, ce qui les éloigne encore plus. La fissure du couple paraît alors inévitable. À moins que…

« Troïlus et Cressida » de Shakespeare

Romain Précastelli enchaînera en 2018 toujours à La Jonquière à Paris avec « Troïlus et Cressida » de Shakespeare adapté par Mathieu Tremembert et monté avec la Compagnie Alec Barthus. Pendant la guerre de Troie, Troïlus un fils du roi Priam, s’éprend de la belle Cressida, fille du prêtre Calchas, passé au parti des Grecs. Hélas, après s’être juré fidélité, sur ordre du conseil de guerre, le jeune prince se voit contraint de rendre sa bien-aimée aux Grecs... Avec en parallèle des projets de courts-métrages, et une plongée dans « Jean et Béatrice » de Carole Fréchette qui raconte comment dans son appartement au trente-troisième étage d’une tour, Béatrice attend l’homme qui la délivrera de sa solitude. « Elle fait passer une annonce promettant une récompense substantielle à l’homme qui saura l’intéresser, l’émouvoir et la séduire. Jean, un chasseur de primes expérimenté, se soumet aux trois épreuves par appât du gain. Mais Béatrice hausse les enchères : il s’agit en fait d’inventer l’amour. L’appartement se transforme en piège, la rencontre devient un duel. Tour à tour, Jean et Béatrice mettent en scène les gestes de l’intimité, miment les échanges de confidences, les disputes et les réconciliations, le partage du quotidien et l’usure du temps. Chaque tentative est une sorte de théâtre-vérité. Suffirait-il de croire à l’amour pour le faire exister ?  », nous dit-on en notes d’intention de cette pièce que Romain Précastelli mit en scène avant la crise du Covid-19.

« Sortir de sa zone de confort »

Travaillant au théâtre des Champs-Élysées, comme contrôleur agent d’accueil ce comédien surdoué, très admiratif de Laurent Terzieff - raconte : « Je me souviens avec émotion de l’hommage qu’il rendit au théâtre et surtout au texte, quand il obtint un Molière ». Romain Précastelli qui déteste le vulgaire car « cela ne fait pas vivre le personnage » pense qu’un grand metteur en scène est « celui qui permet d’accoucher l’acteur, et de le faire sortir de sa zone de confort  ». Esprit très éclectique, et fou de cinéma il rêve de tourner avec Chatillez, Leconte, Jaoui et Bacri, et admire Gabin, Ventura, Serrault, Poiret, acteurs à la diction parfaite, sans oublier Bernard Blier. Bernard Blier dont il rappelle non sans une fascination certaine qu’il écrivit des chansons dont « J’aimerais bien qu’on ne m’oublie pas » que Michel Sardou mit en musique et qu’ils interprétèrent ensemble une seule fois à la télévision.

Des récitals de chansons accompagné au piano par son père Michel Précastelli

La musique et la chanson..deux domaines qui passionnent Romain Précastelli, qui travaille en ce moment au piano Impromptu n°3 de Schubert immortalisé par Vladimir Horowitz et dont il estime qu’il demeure la référence absolue. « Côté chansons Brel, Barbara, Ferré, Moustaki, Brassens, Anne Sylvestre, sont des artistes qui m’ont touché. Sans oublier Yves Duteil, Catherine Ribeiro, Colette Magny, et Francesca Solleville que mon père le pianiste Michel Précastelli a beaucoup accompagné sur scène. » Signalons que Michel Précastelli travailla beaucoup aussi avec Allain Leprest et Francesca Solleville pour qui il signe de nombreuses musiques comme par exemple pour les textes de « Cétacé  », ou « Totem  ». Il est aussi le co-arrangeur et quel arrangeur ! De l’album « Je suis ainsi...  » que Francesca Solleville enregistra en 1995, sorte d’hymne aux femmes. « Chez Périmony il n’y avait pas de cours de chant et j’ai appris cette discipline après avoir participé à plusieurs chorales », précise Romain Précastelli. De là plus de quinze ans de spectacles avec son père au piano à interpréter les grands auteurs-compositeurs qui ont construit son imaginaire poétique.

Désir d’enseigner

« J’ai envie de transmettre, d’être professeur de théâtre », confie Romain Précastelli. Car, pour lui : « Enseigner est un métier incroyable qui ouvre des perspectives et, bien des années après voir ce que sont devenus vos élèves, c’est sans doute très émouvant. Me transformer en "Passeur de lumière" comme le chante Yves Duteil, voilà ce qui serait une de mes fiertés ...  », explique-t-il. Aussi n’est-on pas surpris de voir que Romain Précastelli songe à mettre à son répertoire d’interprète « Chanter  » de Jean Ferrat, titre de 1980 qu’il vient de découvrir et où encourageant les jeunes artistes dans l’accomplissement de leur destin le texte rappelle qu’« il faut vivre ce que l’on aime et payer le prix qu’il convient ». Une leçon de vie qui est aussi le credo de Romain Précastelli, acteur engagé dans le combat pour la dignité humaine et l’accomplissement de soi dans des valeurs de partage et de respect.
Jean-Rémi BARLAND

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