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Superman : L’Homme de demain qui fait tant rêver le présent ! par Eric Delbecque

vendredi 10 mars 2017

La sortie le 15 mars du DVD du film « Doctor Strange », ainsi que les élections « providentielles » dans notre pays (voir à ce sujet l’excellent livre de Patrice Gueniffey, "Napoléon et de Gaulle. Deux héros français", chez Perrin), fournissent une excellente occasion d’une petite méditation de week end -à prétention divertissante- sur les héros, et donc sur les super-héros ! En particulier sur celui qui en constitue l’archétype : Superman !

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Superman par Alex Ross

Chez DC Comics comme chez Marvel, il existe des personnages pivots qui constituent finalement les murs porteurs de l’univers superhéroïque. Ils sont en fait les figures contemporaines de l’archétype du chevalier. Ces personnages évoluèrent au cours des décennies, mais ils demeurent néanmoins fidèles à des archétypes. Les interactions entre ces personnages ne cessèrent d’augmenter au fil du temps, enrichissant ainsi l’univers des comics et sa profondeur. Superman, Captain America, Captain Marvel, Flash, Green Lantern, Thor, Iron Man, Spider-Man, la Panthère noire et le Docteur Strange forment un panthéon incontournable du monde des super-héros. Certes, bien d’autres méta-humains jouent un rôle capital dans les intrigues des comics, mais ceux-ci en constituent des piliers et ont acquis une place forte et durable dans l’imaginaire du public.

Le plus vieux d’entre eux, Superman, aura bientôt 80 ans. Tous ont passé le demi-siècle. Ils ont pourtant su d’adapter : c’est précisément ce qui fait leur force. Archétypes et symboles, donc intemporels, ils captent néanmoins l’essentiel de l’air du temps et nous offrent des incarnations crédibles à chaque ère qu’ils traversent. De l’âge d’or à celui de la réitération et des effets numériques, ils continuent de nous dire quelque chose en plus de nous divertir. De surcroît, en accroissant les interactions entre les différents héros, les auteurs de comics multiplièrent les occasions d’affiner les personnages, de construire une psychologie dense pour chacun d’entre eux, et de traiter des sujets majeurs allant du rôle des élites dans les nations à la place du religieux au XXIe siècle, en passant par la société de surveillance, le clonage, l’évolution des mœurs ou la numérisation du monde. L’intensification du rapport aux autres, dans la fiction comme dans la réalité, s’impose comme le plus sûr moyen de progresser, de se complexifier et de prendre de l’épaisseur psychologique, émotionnelle et spirituelle.

Storytelling

Superman fut créé par Jerry Siegel et Joe Shuster en 1933 (tout au moins une ébauche du personnage). Néanmoins, il fit sa première apparition dans Action Comics n° 1 daté de juin 1938 (mais paru en réalité en avril). Les deux auteurs s’inspirèrent notamment du roman de Philip Wylie, Gladiator, paru en 1930. On y retrouve aussi quelques caractéristiques de Doc Savage, le célèbre héros de pulps. Le succès du personnage fut immédiat et marque le départ de l’âge d’or des comics. La réussite fut telle que de nombreux éditeurs voulurent surfer sur le succès de « l’Homme d’acier », et les imitations plus ou moins proches ne manquèrent pas au fil des années : dès mai 1939, on vit apparaître un éphémère Wonder Man dans Wonder Comics, de Will Eisner.
Fils du plus grand scientifique de la planète Krypton, Jor-El, et son épouse Lara, Superman a été envoyé sur Terre juste avant l’explosion de son monde natal. Kal-El (le prénom que donnèrent ses parents biologiques à l’Homme d’acier) fut placé dans un vaisseau construit par son père lorsque ce dernier eut la certitude que le gouvernement kryptonien ne voudrait jamais admettre la vérité, à savoir l’imminence de la destruction totale. Jor-El avait tout essayé pour convaincre ses collègues et les autorités que la fin de Krypton était imminente, et les secousses sismiques permanentes en témoignaient. Mais personne ne voulut entendre les mises en garde de la famille El, pourtant l’une des plus respectées. Le père de Kal-El avait sélectionné la Terre comme destination pour « l’aptitude de ses habitants au bien », malgré leurs nombreuses faiblesses. De surcroît, il savait que le Soleil jaune alimenterait en énergie les cellules de son fils, lui donnant des capacités extraordinaires.

Après s’être écrasé sur notre planète, en plein milieu du Kansas, près de Smallville, le vaisseau – et le bébé qu’il contenait – fut découvert par un couple de fermiers, Jonathan et Martha Kent. Ils cachèrent l’engin dans leur grange, ainsi que l’ordinateur sophistiqué et le drapeau rouge orné d’une sorte de S stylisé qui accompagnaient le nouveau-né. Ils ne tardèrent pas à constater la singularité de ce petit extra-terrestre, doté d’une force incroyable et apparemment invincible. Martha et Jonathan choyèrent, élevèrent et aimèrent cet enfant des étoiles, qu’ils baptisèrent Clark – le nom de jeune fille de Martha –, comme s’il avait été la chair de leur chair. Comme n’importe quel adolescent, Clark passa ses années de lycée à étudier, fréquenta ses amis et rêva du vaste monde. Selon les versions du personnage, les époques et les supports (BD, séries ou films), il eut comme camarades Lana Lang, Pete Ross et Lex Luthor (qui devint son « meilleur » et plus fidèle adversaire).
Jeune homme, il voyagea un peu partout et découvrit différentes nations, étudia le journalisme, et chercha un sens à sa vie. Dans l’ère de la Renaissance ouverte en 2011, Superman et Wonder Woman construisirent une idylle articulée sur la reconnaissance de leur mutuelle différence, incompréhensible pour les « mortels ordinaires. On y croise aussi un Superman plus jeune émotionnellement, moins sûr de lui et de la place qu’il occupe sur Terre (et dans l’univers en général). Après avoir vaincu Doomsday, il se transforma en la même créature que celui-ci (il a avalé des spores issues de son cadavre), et donna alors réalité aux peurs que sa toute-puissance inspirait aux autres. Dans cette nouvelle ère de DC Comics, on perçoit qu’il est question de creuser davantage encore la psychologie des personnages, travaillée par de multiples incertitudes, des faces sombres encombrantes et clivages intérieurs. Superman se montre beaucoup plus nostalgique de Krypton (sa solitude lui pèse) même s’il se sent terrien.

D’où vient l’Homme d’acier ?

Même si Superman constitue une création originale, il est exact que ses deux créateurs s’inspirèrent plus ou moins consciemment de nombreuses œuvres littéraires et philosophiques, ainsi que de la tradition juive et chrétienne. Le nom même du héros est une traduction de l’allemand Übermensch (surhomme), l’un des concepts eu centre de l’œuvre de Friedrich Nietzsche. Siegel et Shuster piochèrent ensuite dans leurs lectures des idées qui se coagulèrent pour produire Superman. Notons par exemple que Doc Savage, le célèbre héros de pulps imaginé par Lester Dent, a pour prénom Clark, et qu’on le surnom « l’homme de bronze » ; Tarzan, Flash Gordon dessiné par Alex Raymond, Le Fantôme de Lee Falk, furent aussi des sources d’inspiration pour les deux auteurs.

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Superman par Alex Ross et Michael Turner

La religion et la tradition juives nourrirent Siegel et Schuster (tous deux de confession juive). Premièrement, « Kal-El », le nom kryptonien de Clark Kent, alias Superman, possède une signification en hébreu : cela se rapprocherait de « Tout ce que Dieu est » ou « La voix de Dieu ». Ensuite, on peut faire quelques analogies et penser que l’arrivée sur la Terre (aux États-Unis) de Kal-El, en provenance d’une planète dont les habitants sont condamnés, fait allusion à l’émigration des juifs d’Europe vers l’Amérique, perçue comme une sorte de terre promise. Ensuite, l’envoi du bébé dans un vaisseau spatial se rapproche du récit du berceau de Moïse confié aux eaux du Nil. Hormis cette influence véritablement religieuse, des éléments de la mythologie juive sont perceptibles, en particulier la légende du Golem. De nombreux auteurs, scénaristes et dessinateurs juifs comme Will Eisner ou Al Jaffee firent la relation entre l’extra-terrestre venant sauver le monde et la légende du Golem du XVIe siècle de rabbi Loew, une créature d’argile créée pour défendre la communauté juive contre les pogroms à Prague. Jaffee finit même par voir en Superman une représentation symbolique du nouveau messie.

Les différents âges de l’Homme de demain

Bien que Superman soit demeuré depuis 1938 un être surpuissant protecteur des opprimés et défenseur de la liberté, de la vérité et de la justice, plusieurs étapes marquèrent son illustre et déjà longue carrière. Toutes les versions de l’Homme d’acier depuis sa naissance (de nombreux scénaristes et dessinateurs travaillèrent sur cette série) enrichirent le personnage, chacune reprenant des éléments du concept précédent tout en y apportant une nouvelle dose d’originalité et certaines nouveautés artistiques : ainsi naquit au fil des années la légende de Superman, qu’approfondirent et renouvelèrent encore les films, les dessins animés et les séries. Aujourd’hui, Superman n’est plus seulement un super-héros de bande dessinée de l’univers imaginaire de DC Comics : c’est un personnage de fiction haussé au rang d’archétype et de symbole, une véritable icône culturelle américaine. L’apparence du personnage est particulièrement iconique : un costume composé d’une cape et de bottes rouges, ainsi que d’un justaucorps bleu orné sur le torse du dessin d’un « S » rouge sur un écu jaune, qui symbolise le personnage et incarne l’espérance. Le Kryptonien suscita même l’intérêt des chercheurs et des écrivains : de nombreuses études portent sur le rôle culturel et symbolique de Superman aux États-Unis et dans le reste du monde. Umberto Eco en fit même le sujet d’un livre : de Superman au Surhomme (Le Livre de poche, 1995).

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www.pinterest.com

Au départ, Superman n’avait pas encore d’ennemis vraiment à sa mesure. Il combattit les maux d’un monde similaire à celui du lecteur dans ses premières aventures. Puis Siegel et Shuster créent au fil des années des génies du mal : notamment Lex Luthor en 1940. Parallèlement, ils imaginèrent tout un univers autour du super-héros : Krypton, la famille de son alter ego Clark Kent, la ville de Metropolis, Loïs Lane, Supergirl, etc. Rapidement, Superman n’apparut plus seulement dans les pages d’Action Comics : le 16 janvier 1939 il débarquait dans un comics strip, puis obtint un comic book à son nom à partir de l’été 1939.

La rénovation du personnage à partir des années 1960 imposa un artifice. En effet, il devenait compliqué de voir Superman rester éternellement jeune alors qu’il avait connu la Seconde Guerre mondiale (le problème se posa d’ailleurs pour les autres héros de l’âge d’or). Un monde alternatif fut donc créé dans les années 1960 : Terre-2. Elle était censée être la planète sur laquelle s’étaient déroulées les premières aventures de Superman. Un Homme d’acier plus âgé vivait donc sur ce monde ; il portait le nom kryptonien de Kal-L (l’orthographe de Kal-El ayant été adoptée plus tardivement, et non dans la version de 1938). Kal-L, fils de Jor-L et Lora (appelés sur la Terre-1 Jor-El et Lara-El), fut envoyé sur Terre par son père pour le sauver de l’explosion imminente de Krypton, sa planète natale ; l’enfant fut trouvé par John (nommé sur la Terre-1 Johnathan) et Martha Kent qui le rebaptisèrent « Clark ». Dans un premier temps, Clark fut placé dans un orphelinat de Smallville, puis les Kent l’adoptèrent. Après leur mort, Clark s’installa à Metropolis et devint journaliste au Daily Planet, après avoir couvert l’histoire d’Evelyn Curry, condamnée à mort pour meurtre. Kal-L prouva son innocence et lui sauva ainsi la vie ; il arrêta la véritable coupable sous l’identité de Superman. Ce dernier acquit alors une célébrité nationale et Clark fut embauché par le Daily Planet. Superman aida à fonder la Société de Justice, dont il fut nommé membre honoraire. Il épousa la Loïs Lane de Terre-2. Durant leur voyage de noces, elle essaya de lui couper les cheveux, et lorsque les ciseaux se cassèrent, elle comprit que son mari et Superman ne faisait qu’un. Par la suite, Clark deviendra le rédacteur en chef du Daily Planet. Parallèlement, un Superman plus jeune (Kal-El) existait sur Terre-1, celui que nous connaissons depuis l’âge d’argent. Il deviendra un pilier de la Ligue de Justice d’Amérique (JLA) – il en est même le leader même si son autorité ne s’impose pas de façon directe, mais davantage comme un magistère moral. Notons par ailleurs l’existence d’un Superboy. À l’origine, il constituait simplement une version junior de Superman, un Kal-El enfant, ou plutôt adolescent. Superboy portait le même costume que Superman et son alter ego, Clark Kent, portait des lunettes afin de dissimuler sa véritable identité. Superboy fit sa première apparition dans le n° 101 de More Fun Comics (1944), puis poursuivit ses aventures dans Adventure Comics avant d’avoir droit à son propre comic book en 1949. Une autre version de Superboy apparut en 1993 : c’était désormais un clone adolescent de Superman et Lex Luthor, connu aussi sous son nom kryptonien de Kon-El (son identité secrète est Conner Kent, cousin de Clark).

Alors que les comics de super-héros sombrèrent entre 1945 et 1955, ceux de Superman, comme ceux de Batman ou Wonder Woman, résistèrent et continuèrent à être publiés.
Dans les années 1950, Mort Weisinger, le directeur de la publication des comics mettant en scène Superman, proposa au scénariste Otto Binder, qui écrivait les aventures de Captain Marvel -le plus important concurrent de Superman, pour Fawcett Comics -dans les années 1940, de prendre en mains le héros à la cape rouge et au collant bleu. Passionné par la science-fiction, Binder développa cette approche dans les aventures du Kryptonien. Binder et les artistes qui travaillent à ses côtés inventèrent donc plusieurs éléments allant dans cette direction : la forteresse de la solitude, la kryptonite rouge, des super-vilains comme Brainiac, ou l’idée d’aventures imaginaires. Binder, le créateur du personnage de Mary Marvel, version féminine de Captain Marvel, créa également le personnage de Supergirl et scénarisa l’arrivée de cette cousine de Superman dans Action Comics n° 252 (mai 1959).

En 1985, le cross-over Crisis on Infinite Earths, de Marv Wolfman (scénariste) et George Pérez (dessinateur), apporta de grands bouleversements : toutes les réalités parallèles de l’univers DC fusionnèrent en une seule. Certains héros n’avaient plus de passé, tandis que celui de certains autres se trouvait modifié. Terre-2 disparut, au grand désespoir de Kal-L. Après la bataille finale contre l’Anti-Monitor, Alexander Luthor Jr, le seul survivant de Terre-2, révéla à Kal-L que sa femme était vivante. Il les transporta avec Superboy-Prime dans une dimension paradisiaque censée accueillir Kal-L pour l’éternité. Cependant, Alex Luthor considéra rapidement cette dimension comme une prison et ne supportait pas cet exil après avoir sauvé l’univers. Il finit par convaincre un Superboy-Prime frustré de s’échapper de cette impasse dimensionnelle en rompant la barrière de la réalité, déclenchant ainsi la chaîne d’événements aboutissant à Infinite Crisis (2005). L’altération de la réalité par Superboy-Prime dégrada lourdement la santé de Loïs.

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Superman par John Byrne

En 1986, après la publication de Crisis on Infinite Earths, DC Comics souhaita rafraîchir le personnage de Superman. Ils embauchèrent donc le talentueux John Byrne, célèbre pour son travail sur les X-Men et Fantastic Four. Dans la minisérie Man of Steel, Byrne redéfinit Superman (qui ne fut jamais Superboy et dont les pouvoirs sont plus limités), mais aussi ses adversaires (Lex Luthor n’est plus un savant fou, mais un influent et riche industriel et financier, Bizarro, etc.) et ses amis (Loïs Lane, Perry White, Jimmy Olsen). Puis Byrne dessina la nouvelle série Superman, ainsi qu’Action Comics, qui associait Superman, tous les mois, à un autre personnage de l’univers DC. Ce nouveau départ offrit l’occasion de réinventer en partie la genèse du personnage et de renverser le couple Superman-Clark Kent : dorénavant, c’est Superman qui s’affirme comme l’identité secrète de Clark Kent, ce qui autorise le développement de l’« humanité » de Superman, en particulier ses relations sentimentales avec Loïs Lane -ce dont des séries télévisées sauront tirer parti- qu’il finira par épouser.

Superman est mort en 1993, en combattant Doomsday, une créature qui ravageait les États-Unis ; cet événement éditorial eut un grand retentissement. Néanmoins, il ne tarda pas à ressusciter, à l’occasion d’une saga qui fit entrer en scène la version actuelle de Superboy. À la suite de ce récit, Superman connut diverses apparences, adoptant un temps les cheveux longs, puis un costume bleu, correspondant à une modification de ses pouvoirs, avant de revenir à la version classique. En 1996, il finit par se marier avec Loïs (cette dernière ayant appris son secret).

En 2003, le scénariste Jeph Loeb réunit l’Homme d’acier avec son collègue de Gotham City dans Superman/Batman : Au service du monde. La série débute quand les deux héros sont confrontés à Lex Luthor, élu président des États-Unis. Ce dernier tente de les éliminer définitivement en jetant le discrédit sur eux, et en lançant à leurs trousses d’autres super-héros. La série se poursuivit, notamment à l’occasion de l’arrivée d’une nouvelle Supergirl. En 2005, dans le cadre du label All-Star de DC, Grant Morrison et Frank Quitely donnèrent le coup d’envoi d’All-Star Superman, une série narrant des aventures « iconiques » de Superman, et s’adossant aux éléments les plus connus du personnage, tout en se libérant de toute continuité éditoriale. La série emprunte donc des références à toutes les époques traversées par le héros, de l’idéalisme de l’âge d’or au merveilleux teinté de science-fiction de l’âge d’argent, sans oublier de porter des réflexions plus profondes et parfois sombres, dans l’esprit de la production contemporaine et de celles de l’âge de bronze et moderne. En effet, la perspective de la mort de Superman autorise les auteurs à faire référence aux nombreuses aventures du héros, vieux alors de presque 70 ans, tant sur le plan de la continuité officielle que concernant des épisodes plus anecdotiques relatifs aux personnages secondaires. Depuis 2011, DC Comics a réinitialisé toutes ses séries : elles recommencent leur numérotation au n° 1 puisque les événements de Flashpoint ont intégralement recréé l’univers DC. Action Comics raconte les exploits d’un jeune Superman, tandis que Superman se passe cinq ans plus tard. Dans ce « reboot », Superman vit une histoire d’amour passionnel avec Wonder Woman.

Pour mémoire, les pouvoirs de Superman – venant du Soleil jaune de la Terre – sont variés :
- Il peut voler et il a une force prodigieuse (dont on ne connaît pas vraiment les limites)
- Il est devenu maître de différentes formes de combat en s’entraînant avec les plus grands guerriers du monde
- Il dispose d’une thermovision et d’un souffle réfrigérant
- Il a une vision à rayon X, qui traverse toutes les matières sauf le plomb
- Sur Terre, il est quasiment invulnérable
- Sa vitesse rivalise avec celle de Flash
- Il se souvient de tout ce qu’il lit, et ses capacités intellectuelles dépassent de très loin la moyenne (il a accès en outre au savoir scientifique et technologique de Krypton)
Superman a été incarné par de nombreux acteurs, sur le grand et le petit écran : Kirk Alyn, George Reeves, Brandon Routh, Dean Cain, Tom Welling. Deux noms s’imposent néanmoins : l’inoubliable Christopher Reeve, qui endossa le rôle au cours de quatre films, et Henry Cavill, qui revêtit le costume pour la première fois en 2013 dans Man of Steel, puis dans Batman v Superman : l’Aube de la justice. Celui-ci, injustement critiqué, en offre une interprétation parfaitement crédible, soutenue par des effets spéciaux impressionnants.

S comme symbole !

Superman est davantage qu’un personnage de fiction : c’est un concept ! Le plus vieux des super-héros en exprime d’une certaine façon la quintessence. Symbole de l’homme prométhéen, incarne à la fois le rêve de progrès des hommes et son rapport à la transcendance. Au croisement de l’humain et du divin, il connaît la tentation de la démesure tout en comprenant qu’il faut absolument s’en préserver. Il en fait notamment l’expérience dans Superman : pour demain : dans ce récit, il crée un monde dans une autre dimension (la « zone fantôme »), nommé « Metropia », et finit par se rendre compte qu’il se prend pour Dieu. On y voit d’ailleurs un dessin étonnant de Kal-El, tel Dieu touchant du doigt la main du général Zod, qui fait penser peu ou prou à la célèbre fresque de Michel-Ange, « La création d’Adam », sur la voûte de la chapelle Sixtine. Surhomme à la manière de Nietzsche, c’est-à-dire non pas en raison de sa puissance physique mais parce qu’il se surmonte lui-même à tout instant, il s’impose néanmoins de respecter des valeurs fondamentales : la liberté, la vérité et la justice. Il représente en lui-même une forme de transcendance puisqu’on peut légitimer penser qu’il évoque la figure du Christ, et pas uniquement celle de Moïse. Au final, Superman est l’archétype du héros, modernisé à travers les décennies sans perdre aucun de ses éléments cardinaux, et, par conséquent, représente sans doute un idéal de l’être humain – ce n’est pas sans raison qu’on l’appelle aussi « l’Homme de demain ». Il symbolise la face lumineuse de la puissance, à l’opposé de Lex Luthor ou Darkseid.

Au bout du compte, Superman est à la fois une image positive du divin, toujours bienveillant (sauf dans les récits qui explorent les aspects sombres de l’Homme d’acier, mais qui demeurent périphériques par rapport au « mythe » central de Superman), et une exaltation de l’individualisme et de la volonté de puissance prométhéenne (constructive, non nihiliste). Il est assimilé simultanément à un dieu antique (Prométhée, Atlas, Zeus, etc.), à un héros (c’est-à-dire à un demi-dieu comme Héraklès), et aussi à un simple être humain en quête de son identité et pétri de doutes (notamment quand il est dans la peau de Clark). On le voit aussi, bien entendu, comme une figure christique, ou pour le dire autrement, le point où se rencontrent Dieu et l’homme (le mystère même de l’Incarnation). Superman appartient donc à la tradition judéo-chrétienne classique (avec ses ambiguïtés : Dieu est le Tout-Puissant mais aussi celui qui se fait homme et à l’image duquel nous avons été faits), à l’humanisme prométhéen, à la doctrine (bien comprise) du surhomme nietzschéen, voir dorénavant au transhumanisme (cf. Luc Ferry, La révolution transhumaniste, Plon, 2016) !
En réalité, Superman s’impose comme un soldat de l’Idéal, comme l’illustration de l’humanité réalisant la fusion d’elle-même et du divin, et comme l’allégorie de cinq valeurs cardinales : le courage, la volonté, le désir de justice, l’espérance et l’amour de son prochain. La « Trinité » que forment Superman, Wonder Woman et Batman, reprend la tripartition chère à Georges Dumézil entre le détenteur de la souveraineté (Superman), le détenteur du droit à la violence (Wonder Woman), et le détenteur de la capacité matérielle et économique (Btaman). Tout un univers à découvrir…

Eric Delbecque Président de ACSE et membre du Comité Orwell 6 Auteur de : Les super-héros pour les nuls (First)

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