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Sylvie Goulard au centre diocésain le Mistral-Marseille : "En Europe les rapports de force se changent en rapports de Droit"

dimanche 3 février 2019

Sylvie Goulard a répondu positivement à l’invitation de Mgr Georges Pontier, Archevêque de Marseille et Président des évêques de France pour une soirée-débat, sur « L’avenir de l’Europe : quels enjeux en 2019 ? », au Centre Mistral, en préambule des élections de mai 2019.

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Sylvie Goulard entourée de Mgr. Georges Pontier et du Père Pierre de Charentenay (Photo D.P.-G.)

C’est avec une « pointe de nostalgie » que Sylvie Goulard prend la parole. Native de Marseille, dans ce quartier Flammarion, qui a été le sien, avant sa carrière européenne qui a fait d’elle la conseillère de Romano Prodi, président de la Commission européenne de 2001 à 2004 et eurodéputée, pour deux mandats, de 2009 à 2017. Européenne « résolument positive », car il y a assez de « voix négatives », elle s’adresse aux « Chrétiens, porteurs d’espérance qui croient à l’ouverture, pas aux frontières et aux murs », contre « les souverainistes qui ne correspondent pas au monde actuel ». Un discours qu’elle veut nuancé, évoquant les réussites mais aussi les échecs de l’Europe. Elle se présente ainsi comme critique mais en proposant des solutions. Utilise le Brexit pour démontrer « les réalisations invisibles » de l’Europe. « On a sous-estimé ce que l’on avait réussi », par exemple, la paix. L’accord de paix du Vendredi Saint, en Irlande, de 98, est négocié en utilisant l’appartenance des 2 ennemis à l’Union européenne. La frontière est effacée et on circule librement, sans contrôle. De même, dans les zones frontalières, l’abolition des frontières est un bien. C’est d’ailleurs un point du récent Traité Franco-Allemand d’Aix-la-Chapelle. Sylvie Goulard y était et trouve scandaleux de jouer avec l’Alsace et la Lorraine comme cela a été fait. Puis cite d’autres exemples, sur le plan économique. L’appartenance européenne donne des règles, « manger plus sain, polluer moins ou protéger les travailleurs ». Or comment s’assurer que les produits alimentaires qui entrent sont sains, « si on ne discute pas entre nous. Et ceux qui trouvent ces normes "idiotes" ont-ils plus de moyens de pression, pour contrôler ? ».

« Les jeunes gens qui sont morts à Verdun n’auraient-ils pas préférer mesurer la taille d’un concombre ? »

Dans une Europe « où nos usines fabriquent en "chaîne de valeur intégrée", par exemple Airbus, la sortie sèche du Royaume Uni avec le "no deal" c’est la fermeture de l’usine britannique qui fabrique des ailes et 10 000 emplois en moins » Elle s’insurge des critiques portées contre « la bureaucratie européenne ». Précisant à ce propos que « les fonctionnaires sont moins nombreux à Bruxelles qu’à la mairie de Paris. Et les Britanniques de leur côté sont obligés de recruter des fonctionnaires pour négocier leurs futurs accords commerciaux ou contrôler leurs frontières... ». Et de lancer : « Les jeunes gens qui sont morts à Verdun n’auraient-ils pas préférer mesurer la taille d’un concombre ? ». En Europe, se félicite-t-elle : « Les rapports de force se changent en rapports de Droit » elle n’en pointe pas moins cinq « insuffisances ». Sur les valeurs. « Il reste des choses à faire » pour la Charte européenne des droits fondamentaux. Elle y voit une inspiration chrétienne, avec un apport des Lumières, « l’égalité homme, femme, n’est pas encore dans l’Église », dit-elle en se tournant vers son modérateur jésuite. Déplore que des valeurs réelles, restent abstraites « le refus que des gens armés se fassent justice eux-mêmes, l’égalité homme, femme et la liberté sexuelle ».
Même insuffisance, dans le domaine social « qui vient du partage des compétences entre l’Europe et les États ». Ces derniers « distribuent le social » au plus près des bénéficiaires, suivant le principe de subsidiarité, ce qu’elle montre par des taux différents de chômage entre États Membres. En revanche, l’Europe est un vrai « père fouettard », avec son taux de déficit à ne pas dépasser. Ainsi, en France, on entend que c’est « à cause de l’austérité que ça va mal », que « si ça rate, c’est la faute de l’Europe ». Alors peut-on dire que l’Europe ne protège pas assez ? « En France, il faudrait avoir des jeunes et des chômeurs mieux formés, des entreprises plus compétitives, innovantes », préconise-t-elle. Et elle lance à ce public de Chrétiens, reprenant le mot de Jean-Paul II, face à la mondialisation « N’ayez pas peur. Ne baissez pas les bras ».

« Le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine de l’Autre »

Dans le domaine fiscal, dénonce le fait que les décisions soient toutes prises à l’unanimité et pas à la majorité, « donc rien n’avance, en particulier pour une imposition des Gafa, (Google, Amazon, Facebook et Apple), sur la base de leurs revenus dans les différents pays européens et non plus dans un pays où les taux sont avantageux, comme l’Irlande ». Sylvie Goulard se réjouit de l’amende de 13 milliards imposés à Apple, en Irlande, en août 2016, par Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence. Elle trouve utile l’échange d’information mis au point par l’OCDE contre l’optimisation fiscale et de discuter des paradis fiscaux, pays membres ou îles anglo-normandes. Se déclare favorable à une défense européenne : « Est-ce que les Américains ont mission de prendre en charge notre défense ? ». Enfin, aborde la question des migrants. En préambule, rappelle n’avoir pas trouvé une seule ligne dans les Évangiles sur « l’identité » ou « la Nation ». Et cite Romain Gary : « Le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine de l’autre ». Distingue trois politiques à ne pas confondre : la politique humanitaire de sauvetage en mer fondée sur le droit des gens de mer ; la politique de respect du statut du réfugié, qui vient de Conventions Internationales signées à la fin de la seconde guerre mondiale ; la politique d’accueil des migrants économiques. Constate qu’au niveau européen : « On n’a pas pris les moyens à la hauteur des enjeux : gardes côte insuffisants, règles de Dublin inapplicables, un migrant africain a peu de chance d’arriver en Europe par la Finlande, pour y demander l’asile. » Recommande de travailler sur ces trois politiques pour « stabiliser l’Afrique, investir dans les pays de départ... ». Y ajoute une action diplomatique sur les terrains de guerre de Libye, du Sahel ou sur le conflit au Moyen-Orient.

« Pourquoi a-t-on réussi des choses et pas d’autres ? »

« Pourquoi a-t-on réussi des choses et pas d’autres ? », avance Sylvie Goulard qui récapitule :« On a refusé l’Europe politique, on a commencé par l’économique en se donnant les moyens, la Banque Centrale européenne, la politique commerciale ».
Mais le monde actuel pose d’autres défis, quatre auxquels l’Europe doit faire face « en poursuivant et en approfondissant la coopération pour jouer à la bonne échelle ». Selon elle, il faut se mobiliser contre le règne de la force. Évoque une situation où la Chine augmente ses dépenses d’armement, le président Poutine se sert des réseaux sociaux pour augmenter son influence, tandis que Donald Trump veut détruire l’Europe. Elle signale que Steve Bannon, son ancien conseiller spécial s’investit dans les pays européens nationalistes, ceux-là même qui veulent détruire l’Europe. Derrière cette volonté de destruction, voit l’intérêt commercial des États-Unis qui entendent mettre à mal un concurrent. « C’est la première fois que l’Europe est ainsi attaquée », note-t-elle. Elle invite, deuxièmement, à ne pas laisser la Chine investir seule massivement dans l’intelligence artificielle (IA) ; souhaite que l’Europe traite des sujets que les États ne peuvent régler seuls, tels le changement climatique, le terrorisme ou le développement de l’Afrique ; plaide en faveur d’une prise en compte du vieillissement de nos sociétés, le coût de la dépendance... « Comment faire face à ces défis ? », interroge-t-elle. Conclut en appelant « au respect sur ce qu’on nous a laissé ; à rester attentif à ce qui se passe dans le monde et, à garder une part de rêve, d’utopie mais aussi de « choses bien concrètes, acquises et difficiles à détricoter ».
Entretien avec Sylvie Goulard

Mireille BIANCIOTTO

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