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Théâtre de La Criée en partenariat avec Marseille Concerts : Olivier Py chante "Les premiers adieux de Miss Knife "

dimanche 3 février 2019

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Le directeur du Festival d’Avignon Olivier Py : « Miss Knife, c’est une créature de rêve dans tous les sens du terme. Je l’aime parce qu’elle représente tous les vécus de toutes les figures de femmes que j’ai rencontrées, admirées, ou imaginées." (Photo DR)

Voilà que Miss Knife entame une tournée d’adieux. Cela devait arriver depuis que cette chanteuse excentrique arpente les scènes d’un music-hall souvent plus luxuriant dans sa tête que dans la réalité. « J’ai bien roulé ma bosse  », rappelle-t-elle. Elle a aussi porté sa croix « quelquefois en carrosse ou en cheval de Troie », de tournées plutôt modestes l’ayant conduite à Montluçon ou dans d’autres villes de province, croisant des perdants qui lui ressemblent, dans un théâtre noir où il est rappelé que « la vie est brève » et « le rôle est trop court  ». Elle qui prendrait volontiers « la lune pour un fruit rouge prisonnier », « Dans les jardins de Pampelune », où elle irait larguer les amarres  », elle s’est contentée de voir Vesoul, comme le chantait Brel s’est arrêtée aussi à Vierzon, précisant dans « L’éternité : " j’ai nagé dans les eaux où pleure la sirène. J’ai posé sur mon front les bijoux de la reine, modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée les soupirs de la sainte et les cris de la fée." » Témoignage d’une épopée à elle toute seule, ou d’un paradis de tristesse cela dépend des soirs, tant il est vrai que se succédèrent en cortège des amours sans promesse, elle qui partagea la douleur « d’un vagabond qui passe. » Elle apparaît devant nous cette Miss Knife luxuriante, aux costumes clinquants et au jeu de jambes quasi ininterrompu, art dont elle est friande au point d’en abuser sans vergogne. Miss Knife chante, entourée de ses quatre musiciens virtuoses que sont Stéphane Leach au piano (qui a également troussé la quasi-totalité des musiques de son spectacle), Olivier Bernard au saxophone et à la flûte, Julien Jolly à la batterie, et Sébastien Maire à la contrebasse qui, instrumentistes autant que complices l’ont accompagnée déjà en 2012 au disque.

Miss Knife, c’est Olivier Py avec paillettes, faux cils et vraie voix

Voilà donc Miss Knife nous racontant que la fête va bientôt s’achever. Et de mettre en scène ses émois dans un théâtre de La Criée de Marseille copieusement garni, où était venue l’applaudir Macha Makeïeff qui dirige ce lieu avec enthousiasme et talent. Un concert dans l’esprit de celui quasi mythique qu’elle réalisa à « La Manufacture » lors du Festival d’Avignon le 16 juillet 2011, où elle s’exprimait déjà avec une nostalgie identique. Miss Knife, c’est Olivier Py. Avec paillettes, faux cils, et vraie voix, offrant un tour d’horizon de la chanson réaliste telle que la pratiquait Damia par exemple. Un brin de Dietrich, pas mal de glamour, un hommage à Richard Wagner avec l’interprétation de la « Romance de l’étoile », dont le créateur de « La Walkyrie », signa texte et musique, Olivier Py, s’amuse, nous divertit, et nous émeut parfois. Et puisque les adieux de Miss Knife à la scène (auxquels d’ailleurs personne ne croit), furent donnés à La Criée dans le cadre de la manifestation « Transgenre » lisons les notes d’intention d’Olivier Py au sujet de son personnage et de son travestissement que l’on trouve dans le Manifeste féministe de Laure Adler publié en 2011 : « C’est parce que je suis en phase avec moi-même depuis mon plus jeune âge que j’ai pu me travestir. Quand vous avez perdu beaucoup de plumes dans vos combats, il vous reste une solution : mettre ces plumes sur vos fesses ! Toute cette souffrance d’être un homme, j’ai voulu en faire quelque chose. Sans tomber dans la singerie de la castration, je voulais me débarrasser de cette créance du désir masculin qui crée du désir. Je me suis donc transformé en femme, en Miss Knife. C’est une créature de rêve dans tous les sens du terme. Je l’aime parce qu’elle représente tous les vécus de toutes les figures de femmes que j’ai rencontrées, admirées, ou imaginées. J’ai été élevé dans une boutique de mode, avec ma mère qui cousait et coupait des tissus ; elle appréciait beaucoup les bijoux. Miss Knife en a hérité : elle change de costumes, elle est couverte de bijoux. Il me semble aujourd’hui que les actrices ont du mal à assumer leur féminité. Elles sont plutôt garçons manqués, sans doute parce que l’écrasante majorité des metteurs en scène de théâtre est constituée d’hommes. Et qu’ils ne savent pas aller vers le désir féminin : ils formatent les filles comme les garçons. En tous cas, pour moi, c’était une évidence que d’inventer et d’incarner ce personnage de chanteuse de cabaret. J’avais cela au plus profond de moi-même. Je ne jouais pas Miss Knife, elle faisait partie de moi. Elle, c’était moi. Quand je me travestissais, je ne faisais pas cas de mon identité sexuelle. On n’est pas assigné à son identité sexuelle lorsque l’on fait le travesti. » On ne saurait mieux résumer la détermination de cet homme de paix à remettre de la dignité et de la liberté là où elle se trouve menacée et bafouée. En tant qu’artiste et citoyen, Olivier Py prend régulièrement position et s’engage dans de nombreux combats politiques ou sociétaux : la guerre en ex-Yougoslavie, les sans-papiers ou encore les exactions russes en Tchétchénie. Il dénonce le projet de loi Sarkozy sur l’immigration, « l’intolérable intolérance sexuelle de l’Église », soutient dans leurs combats des personnalités comme José Bové, Jovan Divjak, Mahmoud Darwich, Denis Robert ou Florence Hartmann, offre une tribune aux Roms, au syndicat de la prostitution, aux altermondialistes, à la résistance syrienne...il est un artiste épris de métaphysique, et à l’esprit universaliste. Ainsi on regarde sa Miss Knife dont il a écrit toutes les paroles des ses chansons et qu’il sert génialement, avec une certaine forme de gravité, et l’assurance d’avoir croisé un être de scène qui est également un authentique écrivain-poète.
Jean-Rémi BARLAND
« Les ballades de Miss Knife » et « Miss Knife chante Olivier Py » sont disponibles en CD-Livret de 32 pages chez Actes Sud.

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