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Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence : "Face à la mère" d’Alexandra Tobelaim chant d’amour d’un fils à sa mère

samedi 27 octobre 2018

« Je reviens chanter doucement,
Sans bruit, sans applaudissements
Dans ton oreille doucement
Maman,
Juste dix mots, juste un moment
Ma mirabelle au bois dormant
Je sais que tu dors pas vraiment
Maman (…)
Je reviens chanter doucement
Sans bravos et sans boniments
Dans ton oreille doucement
Maman,
Paisiblement, furtivement
Ma mémoire comme un aimant
Remonte ta source en ramant
Maman
Que la terre jalousement
Garde tes larmes et tes serments
Le nom de ton plus bel amant
Maman,
Sous tes yeux clos brûle un diamant
Je suis sûre que le firmament
T’a couchée sur son testament
Maman
 ».

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"Face à la Mère" d’Alexandra Tobelaim © Gabrielle Voinot

Y a-t-il plus beau chant d’amour d’un fils à sa mère que ce « Sarment » qu’Allain Leprest écrivit pour Francesca Solleville et qu’Anne Sylvestre reprit plus tard ? Un chef d’œuvre en vérité où les paroles prononcées sur le ton de la confidence et la musique les habillant explorent en filigrane les terres sudistes sur lesquelles vécut la femme défunte. On peut dire de la pièce « Face à la mère » créée par Alexandra Taubelaim au Jeu de Paume d’Aix-en-Provence -la structure en assure aussi la coproduction- qu’elle n’est pas très éloignée de l’ambiance du texte d’Allain Leprest. On y sent la douleur d’un fils qui n’a pas pu retenir la vie chez celle qui lui donna le jour -et dont on apprendra ici qu’elle fut assassinée- et on y célèbre également le Sud comme terre nourricière -ici l’Afrique- ou la musique, comme moyen d’expression de soi, et de recréation du réel. Grâce et félicité dans ce texte signé Jean-René Lemoine qui, nous plongeant dans la douleur de l’absence, nous fait entendre « le vertige de la perte, la complexité de raccommoder le présent à un passé à jamais révolu » comme aime le préciser Alexandra Tobelaim, un passé nourri de non-dits et de silences respectueux. Partager les émotions autour de la mort, voilà le travail de la metteure en scène qui dispose de six jeunes hommes se partageant l’histoire, et où trois comédiens Stéphane Brouleaux, Geoffrey Mandon, et Olivier Veillon, se partagent le rôle du fils. Trois acteurs pour dire d’une seule voix et surtout la seule vision du monde du fils. Mère dévastatrice, généreuse, monstrueuse, et admirable, -une mère à la Proust, ou Gary-, qui renaît ici par les seuls propos que l’on tient sur elle. Kinshasa, la Belgique, l’Europe autant de lieux traversés au son de la contrebasse, de la batterie, et de la guitare présentes sur scène. Et puis la poésie de Jean-René Lemoine contrebalancée par le rythme effréné de la mise en scène. On notera que l’on demande aux comédiens de se déplacer continuellement (parfois en courant) et on rappellera à Alexandra Tobelaim qu’il faut pour ces habillages des raisons valables, et un sens profond. Ici les acteurs vont dans tous le sens et parfois on en cherche les raisons profondes. Autres parti-pris discutables celui de faire interpréter le texte sur le même ton par les trois comédiens. Quel intérêt de donner une seule tessiture au texte ? Quand l’un crie, l’autre en fait de même, quand ce dernier murmure, ses compagnons de jeu lui emboîtent le pas -la voix serait-on tentés de dire-, ce qui paraît réduire considérablement la force du propos. Il n’en demeure pas moins une prose incandescente servie de belle manière, et une humilité de mise en scène louable. Une intelligence, des prises de risques, et un enthousiasme à créer. Si bien que « Face à la mère » qui réserve bien des surprises narratives, et qui signale combien le regard sur sa propre mère diverge de celui porté sur elle par ses propres amis, laisse sur le spectateur des traces profondes. Un spectacle envoûtant et magique en fait !
Jean-Rémi BARLAND

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