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Théâtre et cinéma à Aix-en-Provence : de Cassandre à Staline le talent de Fanny Ardant frappe deux fois

samedi 21 janvier 2017

Une actualité aixoise chargée et multiple pour Fanny Ardant qui, sur tous les fronts a enthousiasmé les différents publics venus l’applaudir d’abord au Grand Théâtre de Provence (GTP) où elle interprétait « Cassandre » de Christa Woolf et ensuite au Cinéma Le Renoir où elle présentait son film « Le divan de Staline » tiré du roman de Jean-Daniel Baltassat, qui fut dans sa jeunesse étudiant aixois. Même rigueur, même fantaisie, exigence égale, Fanny Ardant est une artiste qui secoue les consciences, séduit les cœurs et envoûte les âmes.

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Fanny Ardant dans Cassandre (Photo Marc Vanappelghem)

Fanny Ardent au GTP d’abord avec cette « Cassandre » donnée deux soirs où Pierre Bleuse à la tête du Lemanic Modern Ensemble offre une direction d’orchestre d’une grande précision qui accompagne les mots du texte sur une musique originale signée Michael Jarrell. La scène se déroule en Grèce, à Mycènes. La Guerre de Troie vient de s’achever. Agamemnon rentre en triomphateur. À ses côtés, sa captive et sa concubine : Cassandre. Agamemnon ne le sait pas mais, il n’a plus que quelques minutes à vivre. Cassandre, elle, le sait. Elle sait tout, depuis toujours. Et la prophétesse, la bien-aimée d’Apollon qui trahit le dieu des oracles, porte ce savoir comme le plus cruel des châtiments. Dix ans durant, sans que nul ne puisse la comprendre ou la croire, il lui fallut voir approcher la destruction de sa cité. Et maintenant, voici venu l’instant de sa propre mort. « Maintenant je peux mettre à l’épreuve ce à quoi je me suis entraînée toute ma vie : vaincre mes sentiments par le moyen de la pensée. » Vaste programme pour une Fanny Ardent qui affirme : « Être adulte, c’est choisir de se perdre soi-même. » Jeu de grande ampleur, voix grave mais pas trop, plutôt celle d’un alto, la comédienne défend ici la cause de toutes les femmes brisées par la guerre. Et rend son personnage de la Grèce antique si vivant, si proche de nous, que la pièce touche à l’universalité des consciences.

Un film sur la peur

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Fanny Ardant au Renoir d’Aix avec Franck Roulet. (Photo Pierre-Alex Lagrange)

« Pour faire le portrait d’un homme, est-ce qu’il faut l’aimer ? » Cette question est au centre même du film « Le divan de Staline » que Fanny Ardant a réalisé en amoureuse de la peinture, de la musique (on y entend entre autres un magnifique concerto pour violoncelle de Chostakovitch), de la mise en scène et du cinéma. Question que se posera autant la réalisatrice avant d’entamer le tournage, et sur laquelle un certain Danilov (formidable Paul Hamy) pressenti pour réaliser un monument à la gloire du dictateur soviétique apportera une réponse négative. Nous sommes aux pires heures d’un régime de terreur. Staline vient se reposer trois jours dans un château au milieu de la forêt. Il est accompagné de sa maîtresse de longue date, Lidia. Dans le bureau où il dort, il y a un divan qui ressemble à celui de Freud à Londres. Il propose à Lidia de jouer au jeu de la psychanalyse, la nuit. Durant le jour, un jeune peintre, Danilov attend d’être reçu par Staline pour lui présenter le monument d’éternité qu’il a conçu à sa gloire. Un rapport trouble, dangereux et pervers se lie entre les trois. L’enjeu est de survivre à la peur et à la trahison. La peur le mot est lâché. C’est bien de cela qu’il s’agit tout au long du film. « J’ai voulu décrire en détails ce sentiment », précise Fanny Ardant très émue par l’accueil chaleureux du public aixois lors de la soirée en avant-première animée par Franck Roulet, directeur du Mazarin. Et de fait, tout le monde a peur ici. Les gardes, dont un, projectionniste finira en Sibérie pour avoir montré à Staline des films jugés par lui de piètre qualité. Lidia (émouvante Emmanuelle Seigner) à qui Staline réservera un sort terrible, Danilov, le créateur maudit et, Staline en personne, qui paranoïaque à l’extrême se montrera méfiant à l’encontre de tous. En cinéaste virtuose cadrant au plus près les visages, offrant des vues d’une beauté rappelant les tableaux de Rembrandt et Vermeer, Fanny Ardant qui a tourné son film au…Portugal raconte une histoire terrifiante d’autant plus impressionnante que personne ici ne lève la voix, les choses les plus abominables étant prononcées sur le ton de la confidence.

Un géant nommé Depardieu

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Gérard Depardieu et Emmanuelle Seigner dans "Le divan de Staline", le film de Fanny Ardant

Adaptant à sa manière le roman de Baltassat, en gommant l’aspect ironique de la narration de l’écrivain « J’aime le tragique », confie-t-elle à ce sujet, Fanny Ardant offre à Gérard Depardieu un rôle à sa démesure. Surprise cependant elle le tire vers la sobriété, puisque ici pas d’effets de manche du géant comédien, pas de hurlements, d’envolées lyriques, ni d’effets faciles, et si l’ensemble rappelle les films de Bergman nous dirons que nous sommes dans les Chuchotements sans les Cris dans l’effroi sans le décorum démonstratif. Prestation impressionnante à l’égale de celle de tous les autres comédiens si bien que l’on ressort de ce « Divan de Staline » éblouis, frappés par l’ampleur du propos, tout comme subjugués par la forme minimaliste du contenu. Un film sur le passé qui prend des résonances modernes, et qui, faisant le procès d’un dictateur particulier dénonce en fait tous les tyrans de la planète et les systèmes totalitaires qu’ils véhiculent. Un grand film citoyen donc !
Jean-Rémi BARLAND

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