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Tribune d’Eric Delbecque - La Mondialisation-Destin ou la mort du volontarisme politique (2/2) : l’impuissance française n’est pas le déclin…

samedi 21 janvier 2017

Face à la guerre économique et au chaos géopolitique, les élites de notre pays ont renoncé. Par peur et par intérêt. Car il est possible de « collaborer » et d’en tirer quelques bénéfices… L’esprit de résistance peut en revanche coûter cher.


Au final, on comprend donc que construire la Renaissance française est une affaire de volonté, car l’Hexagone n’est pas en déclin : on organise cependant avec entêtement l’impuissance française, la mort du volontarisme politique. C’est radicalement différent. On peut les distinguer ainsi :
- Le déclin est une fatalité, une dynamique objective, fondée sur des faits. La France ne se trouve pas dans une spirale de déclin : elle n’est pas une gloire passée sans emploi.
- L’impuissance est réversible, peut se transformer en puissance, c’est-à-dire en capacité d’agir. Elle n’implique pas que nous sommes « finis » mais que nous devons surmonter des blocages, des corporatismes, des aveuglements idéologiques, des mauvaises habitudes et des divisions paralysantes. Ce qu’il importe de bâtir, ce sont les chemins de la Renaissance hexagonale.

Constater l’impuissance française, c’est faire preuve de lucidité, tout en pointant du doigt l’espérance. C’est aborder l’avenir avec l’optimisme de la volonté : tout le contraire du déclinisme. Le déclinisme, ce french bashing en vogue aujourd’hui, ne repose pas sur une analyse rigoureuse des forces et des faiblesses de notre pays, des opportunités et des menaces qui se présentent à lui, mais sur un parti-pris qui ressemble furieusement à une posture idéologique. Car il n’y aucun élément objectif qui permet d’affirmer le déclin français. Toutefois, nous sommes victimes de classements internationaux qui nous desservent, dont nous ne savons pas dénoncer les critères biaisés et qui ne rendent donc pas compte de la réalité. Deux exemples permettent d’illustrer cette situation ; premièrement, le classement académique des universités mondiales de Shanghai ne prend pas en compte le CNRS, pourtant au premier rang mondial pour les publications scientifiques ; deuxièmement, dans le classement du World Economic Forum, la compétitivité de la France pâtit du résultat… d’enquêtes d’opinion… Ces dernières représentent la moitié de la note finale. Ce ne sont donc pas des données qui fondent les constats, mais des impressions de quelques individus !

Il ne s’agit pas de nier les multiples problèmes auxquels nous faisons face, mais de regarder avec la même lucidité nos avantages comparés, et de déceler les signaux faibles et les réussites qui permettent de reconstruire une société de confiance. Le rassemblement consiste désormais à dépasser des clivages sans substance pour en finir avec cette impuissance, et créer ainsi une véritable union nationale autour de valeurs clefs qui n’appartiennent à aucune idéologie. Le clivage droite/gauche actuel montre chaque jour davantage qu’il tourne à vide… Cela n’empêche pas que de nouveaux clivages émergent : ils doivent en revanche traduire des césures réelles et ne pas constituer une dialectique hystérique mais productive. D’une certaine façon, on peut définir l’impuissance française comme le refus de dépasser les oppositions idéologiques factices. Le politiquement correct ne vise que cela : ressusciter une approche idéologique du réel, celle-là même qui n’en finit pas de mourir depuis les années 80 (avec la fin des « grands récits », notamment marxiste). Les pseudo débats d’arrière-garde dont nous sommes capables font froid dans le dos, notamment dans le domaine socio-économique.

Le déclinisme est une idéologie mortifère qui veut passer pour une vérité (un constat de la raison). Le plus terrible, c’est que tous ceux qui se lamentent sur le déclin français du haut de leur supposé réalisme sous-évaluent toutes les opportunités qui s’offrent à notre pays. Les déclinistes, comme les chantres béats de la mondialisation heureuse, lisent le réel avec des lunettes d’idéologues : de ce fait, ils échouent à comprendre le monde contemporain et à discerner les chemins que nous pouvons emprunter pour faire partie des gagnants de la mondialisation (à titre d’exemple, nous considérons toujours les pays émergents comme un danger sans jamais voir l’expertise que nous pouvons y projeter, en plus de nos produits). Nous avons en fait toutes les armes nécessaires pour réussir dans le siècle qui s’ouvre (des cadres performants, une forte aptitude à l’innovation, des territoires et des infrastructures de qualité, des entreprises agiles et résilientes, une influence internationale qui demeure insigne malgré des difficultés incontestables, etc.). Dès lors, plusieurs questions sont essentielles à soulever. Pourquoi le déclinisme progresse-t-il et que signifie-t-il ? Comment s’organise cette impuissance française ? Comment se manifeste-t-elle ?

Le déclinisme progresse parce qu’il s’enracine au bout du compte dans l’angoisse de plus en plus forte d’un nombre croissant de Français : celle de la perte d’identité, du délitement du sentiment d’appartenance nationale. L’insécurité culturelle globale (pour reprendre la formule de Laurent Bouvet ) que vivent une insigne partie de nos concitoyens n’est pas véritablement perçue par ceux qui prétendent être des décideurs… « Refaire nation » est un objectif prioritaire parce que nos compatriotes craignent pour la survie de la France en tant qu’Histoire, mémoire et destin partagés. Au-delà du risque sécuritaire immédiat, c’est cela même qui préoccupe le plus dans la menace terroriste islamiste : le communautarisme agressif qui la favorise va-t-il emporter le vivre-ensemble ? N’est-il qu’une passion anecdotique ou une tendance inquiétante ? Crainte largement alimentée par une intelligentsia (ultra-libéraux, académiques, journalistes, partis politiques de gauche ou d’extrême gauche) annonçant avec enthousiasme la mort de la nation depuis quarante ans…

Lire aussi

Tribune d’Eric Delbecque : La Mondialisation-Destin ou la mort du volontarisme politique (1/2)

Eric DELBECQUE, Président de l’ACSE, coauteur avec Christian Harbulot de : L’impuissance française : une idéologie ? (Uppr)

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