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Tribune de Jean-Marc Coppola : "Marseille n’est plus à vendre, ni à prendre"

dimanche 30 juin 2019

Se réapproprier les clés pour une ville solidaire et généreuse

Après les résultats des européennes et à 9 mois des municipales de mars 2020, Marseille est l’objet de convoitises de la part de celles et ceux qui veulent garder ou récupérer le pouvoir au service la finance, des grands groupes privés et des intérêts particuliers des hyper riches. Ces dernières décennies ont montré les dégâts d’un système affairiste et clientéliste qui tourne le dos à l’intérêt général et aux besoins des Marseillaises et des Marseillais. La 2e ville de France est marquée par des inégalités croissantes dans tous les domaines, des souffrances terribles que l’on peine parfois à imaginer, des discriminations particulièrement chez les plus jeunes et un recul de l’action publique qui alimente l’abstention et une montée dangereuse des idées de haine, d’exclusion, fascisantes, xénophobes et racistes.

Pourtant Marseille vit une situation singulière qui peut déjouer les manœuvres et recompositions à l’œuvre. Singulière parce que Marseille regorge d’atouts, de son histoire aux énergies de ses habitants, aux valeurs de solidarité, de fraternité, d’humanisme, d’égalité, qui restent prégnantes. En témoignent les mobilisations citoyennes nombreuses, responsables et vivaces. Le drame de la rue d’Aubagne a fait prendre conscience qu’il était temps de tourner la page de la spirale du déclin. Les collectifs, associations, syndicats qui agissent au quotidien à panser les blessures des armes libérales, montrent de ce point de vue la construction possible de propositions alternatives à la politique libérale, autoritaire et austéritaire de la majorité municipale à l’instar de la Charte de relogement imposée à la ville comme à l’État.

La recherche d’une réappropriation citoyenne pour bâtir son propre avenir est au cœur des débats organisés par des collectifs comme Mad Mars le 7 juin et par la soixantaine d’organisations à l’initiative des États généraux des 22 et 23 juin pour une Marseille solidaire, vivante, accueillante et populaire. Initiatives qui ont réussi la convergence des mobilisations citoyennes, qui n’avait pas été possible pendant des années. Aujourd’hui il reste la question de leur traduction politique dans le sens gestion de la cité et place du citoyen dans l’action publique.

Présent aux deux initiatives, j’ai pu me rendre compte combien cette question taraude, directement ou pas. Des questions fusent. Comment peser sur les choix politiques ? Comment ensemble construire des réponses de dignité humaine pour l’habitat, l’éducation, la mobilité, la santé, la culture, le sport… ? Faut-il construire une liste citoyenne pour les prochaines élections ? Faut-il soutenir des partis politiques ou s’y associer ? Comment travailler ensemble collectifs citoyens et partis qui partageraient les mêmes valeurs et les mêmes ambitions ? Certaines sont repoussées clairement, d’autres continuent de faire réfléchir pour trouver les réponses les mieux appropriées.
Mais une chose est sûre, la volonté et la possibilité de gagner les moyens de vivre dignement à Marseille sont bien dans les esprits des « sans-culottes » marseillais.
Il n’y a pas de recherche d’un modèle -même si des constructions en cours dans d’autres grandes villes intéressent- ni d’instrumentalisation, ni de séduction. Des rencontres se multiplient pour se connaître, dans un respect mutuel et avec la volonté commune d’être les plus efficaces et les plus utiles aux Marseillaises et aux Marseillais.
Certes la méfiance vis-à-vis des « politiques » est encore présente dans les collectifs citoyens, du fait des expériences vécues, des engagements non tenus, du clientélisme et des politiques libérales mises en œuvre qui nourrissent le fatalisme et la résignation, laissant le champ libre aux populistes qui pourraient séduire.

Certes les responsables des formations politiques de gauche et écologistes se cherchent pour répondre aux urgences et participer à la construction d’une alternative.
Pour ma part je suis convaincu que la construction d’un modèle d’union au sommet comme par le passé - avec des listes ouvertes à la « société civile » au mouvement associatif et aux forces syndicales - est dépassée et insuffisamment efficace. Tout comme est vouée à l’échec, la recherche d’un rassemblement autour d’une personnalité ou d’un ou plusieurs partis en s’appuyant sur des résultats électoraux ou des sondages. Je suis partisan de la co-construction d’un projet rassembleur de progrès social, d’intérêt général, de renouveau démocratique et de développement économique préservant l’humain et l’environnement, qui soit porteur d’espoir et d’avenir pour Marseille, les Marseillaises et les Marseillais. Pour ce faire, les responsables des partis de gauche et écologiste doivent maintenant déclarer leur disponibilité à participer à cette co-construction sans hégémonie, ni condescendance et les collectifs citoyens doivent poursuivre leur travail en élargissant le champ des convergences à des sujets et des territoires encore délaissés. Ensemble, nous devons viser une dynamique populaire qui élabore de A à Z ce projet d’intérêt général et détermine les conditions de la prise du pouvoir pour le restituer à travers une gestion démocratique de la municipalité.

La responsabilité des militantes et militants de gauche et écologistes est grande et imminente de donner du sens et des perspectives aux mobilisations et ainsi faire s’engager les abstentionnistes à l’instar du 1er tour de la présidentielle en 2017 qui a vu une forte participation, y compris dans les cités populaires. Viendra après le projet, la constitution d’un programme et de listes capables de porter ce changement profond auquel aspire une majorité de Marseillaises et de Marseillais. Je rêve ainsi d’une assemblée municipale élue, composée de femmes et d’hommes reconnus pour la clarté de leur engagement, de leurs valeurs humaines, de leurs convictions, de leur fraîcheur de vue comme de leur expérience, riches de leur diversité, honnêtes, dévoués à la cause commune, engagés pour le bien-être des habitantes et des habitants, en les associant les dans les arrondissements jusqu’au niveau central. Je rêve d’un Conseil municipal alternatif, émergence des mobilisations citoyennes, associatives, syndicales qui, quelque soit l’équipe en gestion, agirait en amont dans la construction des politiques municipales et non pas dans une démarche consultative de parodie de la démocratie aussi inutiles qu’inefficaces que sont les conseils en place à la Métropole, à la Région et ailleurs.

Il y a urgence à prendre conscience de cette possibilité au regard des tentatives de recomposition politiciennes médiatisées de la part des ténors de la droite, d’« En Marche » et de l’extrême droite. Le spectacle affligeant du dernier Conseil municipal du 17 juin a montré ouvertement sans vergogne, voire avec cynisme, les actuels détenteurs du pouvoir cherchent à le garder ou à le conquérir par tous les moyens et les pires compromissions. Appel aux dirigeants de la formation du président de la République, qui envoie sa femme en éclaireuse, puis participe à un Sommet à Marseille pour négocier en coulisses. Appel aux élus d’extrême-droite avec lesquels l’actuel maire de Marseille s’était uni de 1986 à 1992 à la Région.

Marseille n’est plus à vendre, ni à prendre.

Quand nous voyons les méfaits des politiques à l’œuvre au niveau national, comme au plan local, il est temps de faire de la politique autrement pour gérer la ville avec comme seule boussole de répondre aux préoccupations des Marseillaises et des Marseillais et servir l’intérêt général pour une dignité de vie trouvée ou retrouvée pour toutes et tous.
Une telle possibilité de changement ne s’est peut-être jamais présentée à Marseille et c’est ce qui rend l’action politique noble et passionnante. Rien n’est écrit d’avance, si le peuple marseillais s’en mêle pour s’engager dans cette construction inédite.
Alors ensemble, tentons-la pour se réapproprier notre devenir et celui de Marseille.

Jean-Marc Coppola est conseiller municipal PCF

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