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Tribune de Marc La Mola : A propos de Chiffres …

samedi 4 février 2017

A l’instar de l’affaire Fillon et des déclarations de ce dernier, il n’existe aucune raison de mettre en doute la publication, par le Service Statistiques Ministériel de la Sécurité Intérieure(SSMSI), des chiffres de la délinquance dans notre département. Pourquoi douter de la probité d’un ancien Premier ministre et pourquoi émettre des suppositions infondées à l’énoncé de chiffres émanant d’un organisme affichant sa neutralité et sa fiabilité ? Allons restons sérieux !


Ces chiffres ont été rendus publics récemment et même si les autorités s’en félicitent il me paraît nécessaire de savoir raison garder et de mettre un bémol à la joie du préfet Laurent Nuñez s’étant fait le porte parole du SSMSI. Certes une baisse significative est à noter en ce qui concerne les infractions de vols à main armée et ceux commis avec violences. Ces atteintes aux commerces et aux personnes avaient atteint des chiffres terrifiants contribuant à ternir considérablement l’image de notre ville, la tendance semble s’inverser enfin. C’est dans les cambriolages et les violences volontaires que le bât blesse en affichant des hausses importantes voire inquiétantes.

L’analyse de ces chiffres doit se faire de manière transversale en prenant en considération tous les paramètres à savoir : augmentation des effectifs de police nationale, prise de conscience (tardive) de monsieur le maire de Marseille de la nécessité de créer une véritable police municipale et enfin quelques appels désespérés d’élus locaux ayant fait réagir les autorités nationales de la situation catastrophique dans laquelle se trouvait Marseille. Il fallut qu’une édile Marseillaise réclame l’armée pour que monsieur Valls parviennent à poser un regard attentif sur la deuxième ville de France et commence à s’interroger sur l’impérieuse nécessité de s’attarder sur le problème. C’était en 2012 !

Le visage des forces de l’ordre a bien changé. Le pouvoir régalien s’est aujourd’hui décentralisé pour être en partie confié aux maires de nos communes notamment en ce qui concerne la sécurité. Il est devenu impératif pour chaque premier magistrat de nos villes et villages de devenir un acteur essentiel dans la prévention et même la lutte contre la délinquance. C’est tardivement que M. Gaudin a cessé de clamer que la sécurité était l’affaire de l’état en prenant, sans doute malgré lui, les décisions qui s’imposaient et accepte d’étoffer ses effectifs et les dote de matériels adaptés.
En ce qui concerne leur professionnalisation c’est autre chose …

Manuel Valls comprit que Marseille pourrait être une vitrine, un laboratoire même pour prouver à une France entière abreuvée de flashs infos de règlements de comptes sanglants qu’il était capable d’enrayer ces phénomènes de délinquance. Il nomma, comme à Paris, un préfet de police et saupoudra le gâteau de quelques ZSP (Zone de sécurité prioritaire) à l’intérêt limité et à l’efficacité restreinte. Mais bon, il y eut au moins quelques initiatives Socialistes dans une ville dirigée par les Républicains.

L’impact de ces mesures sur la baisse des chiffres de la délinquance est évident et même si elles ne portent leurs fruits que quatre années plus tard il faut reconnaître les efforts faits et cesser de dénigrer gratuitement et en permanence les décideurs et ce qu’ils soient de droite ou de gauche. Les chiffres ont donc baissé et c’est tant mieux !

Mais il est encore important de s’interroger sur les moyens et les techniques de calcul pour comprendre ce que disent réellement ces chiffres que chacun attend avec beaucoup d’impatience chaque année.

Ces statistiques émanent d’un organisme ministériel se disant indépendant ! Comment l’être alors qu’il dépend du ministère de l’intérieur et qu’il est placé sous l’autorité de deux hauts fonctionnaires de la police et de la gendarmerie ?
Mais j’ai promis de ne pas juger hâtivement et, en cette période faste en scandales politiques où les candidats à la présidence éclatent en plein vol à deux doigts d’atteindre le bol de sangria, je m’interdis de me ranger dans le camp des donneurs de leçons et de mettre en doute ce que les organismes indépendants nous délivrent. Ce n’est pas comme si nous avions vécu ces derniers temps une cascade de mensonges, ou plutôt de contres-vérités pour reprendre le langage politiquement correct, et que je ne croyais plus en rien et surtout si cela provient des gens qui nous gouvernent.

Je me suis égaré et dois revenir au moyen de calcul afin d’accoucher de ces chiffres tant attendus. Qui s’est demandé d’où proviennent ces chiffres avant qu’ils ne soient passer dans l’entonnoir du SSMSI et soient modeler par les ordinateurs experts dudit service ? Hé bien ils émanent des différentes directions de la police et de la gendarmerie et c’est bien pour cela que je mets en doute leur exactitude. Ça y est, je recommence à douter, c‘est plus fort que moi !

Les chiffres transmis ne sont que ceux des procédures enregistrées par les services sus-cités et je dois préciser que, même si la qualification d’une infraction relève du ressort et de la compétence du parquet, les enquêteurs donnent une qualification « provisoire » de toutes les infractions portées à leur connaissance. Ainsi, puisque la baisse est constatée dans les vols à main armée, il est facile de qualifier cette dernière de vol simple dès lors que l’arme est factice et que la volonté délibérée de la hiérarchie est de faire chuter les VMA. Il est évidemment facile et laisser à la libre appréciation du procureur de la République de correctionnaliser une telle infraction relevant pourtant de la cour d’assises. Une minimisation des faits engendre un délai moins long pour être jugé et une sanction plus adaptée à un mineur ayant braqué une supérette en brandissant une matraque télescopique. De ce fait on enregistre un vol à main armée de moins …

La même alchimie peut encore s’appliquer sur les vols avec violences … Je me suis donc toujours demandé pourquoi les chiffres de la délinquance n’émanaient pas des services de la justice plutôt que de ceux de la police. La qualification finale de l’infraction étant décidée par les services du ministère de la justice, ne serait-il pas plus cohérent que ce soient ces derniers qui fournissent les sources ?
Je m’étais pourtant promis de ne pas critiquer … !

Je n’affirme pas là que tous les chiffres sont pipés et que les annonces du préfet relèvent du mensonge éhonté. Mais ayant connu ces pratiques et ayant refusé de les appliquer lorsqu’il était de bon ton de faire grossir les faits constatés pour faire croire à une suractivité policière afin de voir les carrières de certains flics s’envoler ou d’entendre tomber dans l’escarcelle d’autres policiers des deniers sonnants et trébuchants, je suis très suspicieux !

Pour les cambriolages et les violences volontaires les chiffres sont en hausse.
Commençons l’analyse par les violences volontaires qui, à Marseille, restent parfois la seule réponse que peuvent donner des abrutis à un conducteur ayant soustrait, frauduleusement, la place de parking qu’il convoitait. Jadis le coup de poing se réglait sans aucune suite. Aujourd’hui, il donne lieu à une plainte et une demande de dommages et intérêts quasi-systématique. Le tempérament sudiste se paye aujourd’hui au prix le plus fort, celui d’une condamnation. Pauvre Marseille même cela se perd, on ne peut plus se bomber le nez sans être convoqué chez les flics ! Quelle misère !

Pour les cambriolages il est extrêmement difficile de bricoler les infractions et parvenir à convaincre une victime qu’elle n’est victime que d’un vol simple alors que sa porte d’entrée a volé en éclats. A peine parviennent-ils à endormir le plaignant lorsque c’est sa cave ou des dépendances qui ont été visitées.

Si on évoque les règlements de comptes les chiffres vont sombrer dans la pénombre du désespoir et faire briller l’incompétence des autorités à dissimuler les cadavres sous les carpettes. Mais, c’est sans douter qu’ils affirment que les assassinats sont le résultat du travail de la police dérangeant les trafics en saisissant dix kilos alors que cent leur passent sous le nez. Rassurez-moi vous n’avez pas été dupes ?

Ainsi vont les courbes des tueries, des violences et des cambriolages, elles grimpent sans que les autorités n’aient encore trouvé des subterfuges et des enfumages pour les annoncer à la baisse. Rassurez-vous cela ne saurait tarder !
Vous l’aurez bien compris, je ne crois plus en rien !
Rendez-vous l’année prochaine pour écouter un nouveau préfet nous dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Lire aussi de Marc La Mola [1]

- Soufflet ...
- 29 …
- Mise à mort …
- Légitime déviance
- Cannabis… Canebière !


[1Marc La Mola a été flic durant vingt-sept années. Après des débuts à Paris il rejoint sa ville natale, Marseille et choisit les quartiers nord pour y exercer. C’est aussi là qu’il a grandi. Officier de Police Judiciaire à la tête d’un groupe d’enquête de voie publique il a traîné dans ces quartiers pour en mesurer les maux. Il a touché du doigt la misère et la violence de ces secteurs de la Ville. Marc La Mola a sans doute trop aimé son métier et c’est en 2013 qu’il décide de mettre un terme à sa carrière. Il retourne à la vie civile pour écrire. Il est aujourd’hui auteur, romancier et scénariste. Chez Michalon Éditions il a publié : « Le sale boulot, confessions d’un flic à la dérive », « Un mauvais flic, lettre ouverte à Manuel Valls », « Quand j’étais flic … ». Ces trois témoignages relatent les moments forts de sa carrière et ses différentes prises de position. C’est chez ce même éditeur qu’il publiera en mars 2017, « Police, Grandeur et Décadence » dans lequel il explique comment la police en est arrivée à descendre dans la rue pour manifester son mécontentement. Il est encore romancier. Il publie chez Sudarenes Éditions un polar à l’accent Marseillais, « Le sang des fauves ». En juin 2017 le personnage de ce premier polar revient dans « Vallis Clausa », deuxième volet des enquêtes de son personnage Randy Massolo, un flic torturé. Il est aussi scénariste et a signé l’écriture de plusieurs synopsis optionnés par des maisons de production. Il enseigne également l’écriture de scénarios à l’École supérieure du cinéma Cinemagis de Martigues (13)

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