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Pourquoi la coupe du monde 2022 au Qatar sera exemplaire ! par Pierre Distinguin

samedi 2 février 2019

Le Qatar n’eut guère le temps de célébrer l’obtention de la Coupe du monde de football 2022, que des flots de critiques s’abattirent de nombreux pays, troublés dans leurs certitudes de n’avoir su anticiper la victoire d’un petit poucet international.

Ces pays, concurrents ou soutiens des perdants pour la plupart, voulurent faire croire au monde, que le lobbying était une science juste, équitable, une forme d’engrais bio éthique qui ferait émerger des processus de pensées identiques et prévisibles. En la matière, les experts en sciences économiques et sociales vous diront que tous les coups diplomatiques sont permis (ou presque) depuis l’invention des coupes du monde comme des jeux olympiques pour justifier ses fins, cf les récentes révélations de l’obtention des JO de Tokyo, des derniers championnats du monde d’athlétisme, du mondial de football en Russie, y compris l’obtention surprise par la France, de la coupe du monde de rugby 2023. Ne grattons pas non plus les autres grands événements sportifs antérieurs des années 80 et 90, au risque de rendre pour le coup, le sport réellement indigeste à tous ceux qui en pratique et en consomme. Le lobbying fut inventé, dit-on, en 1791 par la jeune république américaine pour permettre aux citoyens de faire pression sur leurs dirigeants et faire valoir leurs idées. Ce mode devenant très vite un levier d’influence, il fut investit rapidement par les grands patrons d’entreprises avant que son champ ne s’élargisse aux activistes de tout poil. Reconnaissons aux Américains une maîtrise toujours sans égale de cette science aujourd’hui ! Que le Qatar ait activé une stratégie de lobbying à l’instar de ses concurrents n’est plus un sujet, le Qatar a gagné cette partie de billard en incorporant tous les ingrédients nécessaires à défaut d’être suffisant en d’autres circonstances : Un très bon dossier technique, une vision partagée, un projet d’héritage, les moyens de son ambition. Le lobbying est une force d’influence qui ne prend de la vitesse et de la puissance qu’en présence de reliefs et de courants porteurs or, cette victoire pour organiser la coupe du monde en 2022, est la récompense logique d’une entreprise de conquête de crédibilité internationale menée de longue haleine, démontrant un vrai savoir-faire dans l’art de gérer le Soft Power, prenant de court ceux qui ne jurèrent qu’à l’aune des rapports de force physiques et moraux. L’agilité diplomatique n’est pas donnée à tout le monde quand bien même on dispose d’un sous-sol fertile en métaux rare ou en l’occurrence d’un combustible extrêmement demandé.

Vision 2030

Que l’on souhaite clouer au pilori, ceux qui influencent aujourd’hui des votes de façon frauduleuse est une intention louable et nécessaire, qui ne peut cependant se satisfaire de bruits médiatiques ciblés a mauvaise escient. Pour l’instant, ce petit pays de moins de 2 millions d’habitants, inconnu aux yeux des observateurs grands publics, avant les années 2000, a réussi une prouesse exceptionnelle, encline à créer un effet papillon au Moyen-Orient cf. les surenchères de l’Arabie Saoudite, d’Oman et des Émirats Arabes Unis. Cette obtention de la coupe du monde 2022 fut tout sauf une surprise pour ceux qui ont lu la feuille de route « Vision 2030 » écrite au début des années 2010 par Sheikh Bin Hamad Khalifa Al Thani, avant que celui ci ne céda son trône à son fils quelques années plus tard et à la surprise générale. La diplomatie par le sport y étant gravée dans le marbre, que peut-on leur reprocher aujourd’hui sinon de maîtriser parfaitement les rapports de force internationaux et de savoir se rendre indispensable dans la région ? Disposer d’un sous-sol aussi précieux, ne confère en soi qu’un avantage relatif, que d’autres puissances cf. Algérie, Venezuela... ne surent jamais réellement valoriser en pareille circonstance. Reprenons les fondamentaux géopolitiques : Ce pays devenu indépendant en 1971 est cerné de foyers de tension aux quatre coins cardinaux de ses frontières, il détient en substance l’un des ratios de migrants les plus importants au monde de l’ordre de 80 % du total de sa population, imaginons un instant la France avec 50 millions de travailleurs étrangers, impensable ! Le désert omniprésent, fait le lit d’une spiritualité singulière depuis des millénaires, une température excessive et une nature minimaliste qui biaisent forcément toute comparaison avec les standards de vie qui sont les nôtres. Dans ce contexte, pourquoi faudrait-il juger ce pays à la lumière de notre grille de lecture et de valeur ?

De nouveaux sédiments sociétaux

Le gain de la Coupe du monde de football 2024 a bon dos, d’autoriser certains pays a vilipender, critiquer, attaquer parfois, le Qatar sur tous les fronts. Ceux qui ont pu voyager et séjourner au Qatar, se rendent bien compte de l’évolution vertueuse de la société Qatari ; en seulement dix années, des progrès considérables ont été réalisés comme nulle part ailleurs au Moyen-Orient. Au-delà de faits surmédiatisés, propagés par certains donneurs d’ordres, trop peu d’observateurs font l’effort de relever les formations de nouveaux sédiments sociétaux qui structurent peu à peu la société civile Qatari. La faiblesse des pays occidentaux est globalement d’avoir dans la région, un comportement élastique visant d’abord à préserver ses intérêts économiques avant de défendre ses vrais amis. La France n’est pas toujours irréprochable, s’affichant tantôt avec un pays, tantôt avec autre, sous-estimant dans la durée, la force démonstrative de la relation d’amitié Qatarie

Répondre aux contre-vérités déployées à charge

La complexité de la région ne pouvant seule justifier une telle prudence, peut-être y aurait-il au fond de nous une appréhension de voir notre vieille Europe, se faire bousculer sur ses valeurs socles qu’incarnent nos institutions & gouvernance, notre modèle social, notre replis identitaires, notre perte de confiance en l’Europe. Paradoxalement, la prochaine coupe du monde au Qatar ne rend pas aveugles les autorités du pays de faire de l’épreuve reine, un « case study » replicable ailleurs au Moyen-Orient ou en Afrique. Appuyé par des cabinets de conseils internationaux, le pays entend franchir un palier politique, économique et social et jouer son rôle de stabilisateur dans la région. La lumière franchira certes les enceintes sportives des 8 stades prévus, elle révèlera surtout les sous-couches structurantes du pays, culturelles, éducatives, touristiques, économiques et sociétales ; que d’exemples avec Qatara, Education city, Aspire, Pearls, et tant d’autres réalisations encore, autant de piliers qui deviendront bientôt les grands déterminants de son attractivité, et saisir cette opportunité pour répondre aux contre-vérités déployées à charge par certaines factions politiques régionales. Simultanément à l’annonce de sa candidature à la coupe du monde de football, 2024, une autorité de régulation Qatari autour de la sécurité dans le sport fut créée en 2011 : ICSS (International Consulting for Security on Sport). Majoritairement financé par l’État Qatari, cet organisme conseille des grandes instances internationales (fédérations sportives internationales, Nations Unies,) sur les bonnes pratiques de gouvernance dans le sport, la sécurité dans les grands événements, les questions de dopage, de corruption et de blanchiment et propose des enquêtes et expertises auprès des grands écosystèmes sportifs régionaux. En créant cet outil d’ingénierie d’aide à la transparence dans le sport, le Qatar pointe du doigt les grands dysfonctionnement dans le sport et promeut son expertise pour tenter de les résoudre. Parions que cette coupe du monde 2022 devienne un événement sportif mondial particulièrement vertueux. Enfin et au-delà de la considération sportive, souhaitons que la Coupe du Monde fasse progresser notre compréhension des subtilités du monde arabe, qu’elle ne nous enferme pas dans les cases de la seule compétition sportive et qu’elle délivre aux observateurs du monde entier, des nouvelles rassurantes d’un Moyen-Orient en plein bouleversement.

Pierre Distinguin, chroniqueur Destimed, est expert en Attractivité

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