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Tribune de Pierre Distinguin : le souffle d’une candidature olympique peut-il faire bouger les lignes à Marseille ?

lundi 19 septembre 2016

La course à la candidature aux JO 2024 est bel et bien engagée, avec Paris qui associe Marseille pour les épreuves de voiles. Marseille doit-elle remercier Paris ou Paris remercier Marseille ? On ne peut que se réjouir qu’une aussi improbable union nationale ait lieu grâce au sport et autour des deux meilleures villes ennemies. Quand le signe de ralliement autour de la candidature se fige autour d’un jeu de doigts en forme de tour Eiffel, on peut se dire effectivement que les Marseillais (du moins les officiels) ont franchi un sacré espace temps entre leur perception et la vision de leur avenir.

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Quand le signe de ralliement autour de la candidature se fige autour d’un jeu de doigts en forme de tour Eiffel (Photo P.D.)

On aimerait si la gagne est au bout que les Parisiens rendent aux Marseillais autant que possible la monnaie de leur pièce, sauf à laisser libre l’interprétation que Marseille a tout à gagner à s’aligner avec Paris, plus que l’inverse sans doute.
Sortons du flou et tentons d’y voir un peu plus clair dans cet acte de candidature ! En dépit des apparences et des raccourcis hashtags, les JO ont du plomb dans l’aile et ne sont plus la priorité des pays majeurs pour deux raisons :
- L’attractivité des pays est devenue un enjeu global
- Le sport pris isolement ne fait pas un agenda
Ce n’est un hasard si les villes candidates s’étiolent comme neige au soleil et pas des moindres, San Francisco, Boston, Rome, pour des raisons qui sont aussi surprenantes qu’inattendues. San Francisco et sa réputation exceptionnelle liée a l’image de la Silicon Valley est en surchauffe économique et touristique, disposant, « cerise sur le gâteau », de la meilleure franchise NBA, pourquoi se lancerait-elle dans une bataille non dénuée de chausse-trappes ? Boston un temps séduit pour hisser la recherche de la côte Est à la pointe de la candidature olympique, n’a pas convaincu ses intellectuels et ses chercheurs de croiser le fer avec les forts en jambes.
Du côté des villes candidates maintenant, la prise de risque de Los Angeles est moindre car confiante de faire mieux que l’édition de 1984. L’Europe à défaut d’être unie sur une ambition commune, l’est sur l’esprit d’opportunité qui la traverse de toute part car Paris, Hambourg, Madrid et Budapest filent bien des objectifs singuliers, du moins cette ligne de départ n’a pas tenu très longtemps car de 4 villes candidates, l’Europe s’est réduite à deux : Paris et Budapest. La première veut se replacer au cœur du rayonnement des idées en Europe quand la seconde espère rallumée la flamme de l’empire Austro-Hongrois. Dommage pour Hambourg jetant l’éponge alors qu’elle se titrait "la Barcelone du Nord". La candidature allemande était solide car incarnant l’Europe bien dans sa tête et mobile sur ses deux jambes. Rassurer tout en modernisant, partager tout en gagnant, entre qualité de travail et qualité de vie, la Smart City de Hambourg semblait bien au-dessus du lot. Peu inspirées, Madrid et Rome n’ont fait qu’un feu, Rome l’inspiratrice des jeux du cirque, risquait de se tromper d’époque, quand Madrid dût rapidement baissait le pavillon de la rébellion des pays du sud.
Le « backbone » Marseille-Paris est-il de nature à renforcer la candidature française dans ce contexte ? Je doute que Paris n’éclaire le monde de ses lumières de même que Marseille ne redevienne le phare de la Méditerranée. Les leçons de l’échec cuisant de Paris 2012 ne semblent pas probantes en ce sens qu’il ne suffit pas de changer d’angle marketing pour modifier le produit et les services associés. Paris n’est pas Londres et Tony Estanguet n’est pas Sébastien Coe. Dire que Paris ne gagnera pas sans Marseille est une invitation sympathique et bienveillante dans un contexte passionnel franco français. Paris 2012 était dit-on, trop politique et pas assez sportive soit, mais Paris 2024 risquerait pour le coup d’être trop sportive et pas assez politique.
Quelques semaines après son arrivée à la mairie de Paris, Anne Hidalgo avait bien dit que les JO 2024 n’étaient pas son « truc », entretenant un faux suspens sur ses intentions car cherchant au préalable une adhésion des Parisiens. Le consensus autour de Paris 2024 est encore juste aujourd’hui et ce malgré les sondages d’opinion qui sont formulés de telle façon qu’ils enclenchent un processus vertueux. En compétition avec Londres dans un grand nombre d’indicateurs : touristique, mode, financiers, services, levées de fonds, start-up numériques (cf. la French Tech), la notoriété d’un pays ne se mesure heureusement plus à l’organisation de grands événements fussent-ils majeurs.
Demandons aux Grecs et aux Brésiliens ce qu’ils pensent des JO d’Athènes et de Rio, mais demandons aussi à une autre échelle ce que pensent les Français du dernier Euro de football, ou les Marseillais de Marseille Capitale européenne de la culture 2013. Communiquer hier aux marseillais que l’Euro 2016 sera un casino a ciel ouvert, et aujourd’hui que Marseille 2024 serait l’expression d’un changement de paradigme pour la Ville est déraisonnable et contre-productif sur le seul levier de l’épreuve de voile.
Des épreuves de voile le temps des Jeux Olympiques ne sont pas de nature à retourner la table d’orientation des priorités à Marseille. La médiatisation grand public d’événements n’a de sens que s’il se crée une dynamique de fond qui permette au plus grand nombre de vivre le même épisode. La voile aux JO reste un sport confidentiel, peu accessible et d’impact médiatique faible, c’est pourquoi il serait nécessaire pour la métropole marseillaise d’apprivoiser les champs encore vacants du bien-être au travail et du rapport vie pro et vie perso. La médiatisation de la voile à l’occasion de la candidature aux JO de 2024 ne sera bénéfique seulement si les acteurs publics impulsent un grand plan à 20 ans autour du mieux vivre ensemble, dont la pratique sportive saura être un accélérateur. Le programme d’actions de Marseille Capitale européenne du Sport 2017, sera tout sauf une réplique de Marseille 2013, Capitale européenne de la culture, privilégiant le temps long et l’état d’esprit fondateur et rassembleur. La question n’est plus de savoir s’il est préférable d’occuper un strapontin sur un événement exceptionnel, versus une vraie place assise sur des événements secondaires mais de fournir un plan d’action global sur des sujets impactant le mieux vivre ensemble.

Pierre Distinguin Expert en Attractivité

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