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Tribune du Pr. Hagay Sobol : Nous ne pouvons tourner le dos à nos alliés kurdes d’Afrin !

lundi 19 mars 2018

Après deux mois d’âpres combats, l’armée turque et ses supplétifs djihadistes sont entrés dans la ville d’Afrin en Syrie. Le président Erdogan peut désormais mettre à exécution sa promesse de chasser la population Kurde pour la remplacer par une autre. Si la communauté internationale n’agit pas avec fermeté, la campagne « rameau d’olivier » ne sera pas seulement le tombeau de nombreux civils innocents mais également celui de nos valeurs, celles qui fondent la distinction entre « civilisation et barbarie ».

« Les loups sont entrés dans Afrin »

Après deux mois d’une résistance farouche, les escadrons turcs sont entrés dans Afrin. Mais que pouvaient faire les Kurdes, seuls et sous-équipés, face à la deuxième armée de l’Otan, appuyée par des hordes djihadistes, ceux-là-mêmes que la coalition internationale a combattu ? A cette époque, les qualificatifs ne manquaient pas pour encenser les Peshmergas kurdes, nos alliés qui, avec leur seul courage et un armement dérisoire étaient en première ligne. C’est à eux que nous devons en grande partie l’effondrement de Daesh. Les pires menaces pèsent désormais sur la population civile face à des islamistes ivres de vengeance et l’armée régulière turque qui prétexte lutter contre des terroristes.

L’inaction « du monde libre »

Mais « le monde libre » semble aveugle et sourd au drame qui touche un million de personnes. Ce n’est pas seulement le manque d’images ou encore l’éloignement géographique qui étouffent le cri des victimes mais notre indifférence, une fois la tâche contre l’État Islamique accomplie, et des intérêts politiques contradictoires. Pourtant, mettre deux mois pour venir à bout d’un si petit territoire est la démonstration flagrante de l’insigne faiblesse de celui qui se prétend notre allié, tout en étant également celui de la Russie, de l’Iran, du Hezbollah mais également des djihadistes !

Si les États sont embarrassés, alors les intellectuels ou les élus ne pourraient-ils pas agir ? Il en est qui ne manquent pas de courage. Il faut les saluer. Mais sans décision politique forte et relais populaire, il est à craindre que nous assistions impuissants à un nouveau génocide, un siècle après celui des Arméniens. Cela ne sera pas sans conséquence. Car pour venir au secours de leurs frères, d’autres Kurdes ont cessé le combat contre Daesh qui se ressaisit. Il est certain que nous en payerons le prix là-bas, mais également chez-nous ;

Quel contraste avec le soutien à Gaza en 2014 !

En d’autres occasions, le monde politique et la société civile savent faire porter leur voix. Prenons l’exemple du conflit qui a opposé le Hamas islamiste de Gaza à Israël en 2014. On vu des rues noires de monde condamnant unanimement l’État Hébreu pour usage disproportionné de la force. Ce dernier, comme l’a dit à l’époque le Président François Hollande, était pourtant dans son droit de répondre à une agression et défendre sa population civile. Où sont ces élus, ces syndicalistes, le monde associatif, les anonymes, tous ces manifestants aujourd’hui ? Les civils d’Afrin en auraient le plus grand besoin. Leur survie est suspendue à leur mobilisation. Régulièrement, dans les rues des plus grandes villes d’Europe, la diaspora kurde bat le pavé. Ils sont bien seuls. La moindre des choses serait de les rejoindre, pour les soutenir et dire non aux exactions et non au nettoyage ethnique.

Afrin sera-t-il le tombeau de nos valeurs ?

Après chaque génocide, de belles âmes entonnent la même litanie : « Nous ne savions pas  ». Il y a cependant une différence entre ne pas savoir et ne pas agir. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, s’est exprimé sur le sujet et a affirmé que « rien ne justifie l’action en profondeur turque à Afrin ». Aujourd’hui nous savons. Aussi, une responsabilité immense pèse sur le pays des droits de l’Homme. Si nous choisissons de ne pas agir, quelle qu’en soit la forme, Afrin ne sera pas seulement le tombeau de centaines de milliers de civils, hommes, femmes et enfants, mais également celui des valeurs qui nous fondent. Et à l’avenir, nous n’aurons plus aucune légitimité pour nous élever contre les injustices de ce monde. Nous serons condamnés à voir progresser impuissants et silencieux le règne de la barbarie.

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