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Tribune libre de Marc La Mola : Cannabis… Canebière !

lundi 16 janvier 2017

« Elle finit au bout de la terre notre, Cane, Cane, Cane, Canebière … ! ». Chaque Marseillais connaît ce refrain et l’a entonné au moins une fois en empruntant cette artère que le monde entier semble connaître tant elle est le symbole, avec Notre-Dame-de-la-Garde, de notre ville bien aimée.
Même si l’origine de son patronyme fait référence au cannabis ou plutôt au chanvre qui était placé là à des fins industrielles de fabrication de cordage pour la marine, je doute que la motivation des cent cinquante personnes ayant signé une tribune pour la légalisation du cannabis soit basée sur cette étymologie. Il serait préférable que les desseins de ces signataires aient l’intention de mettre un terme à ce massacre qui ensanglante les quartiers Nord de notre ville sans laisser entrevoir à l’ancien policier que je suis une réalité bien moins glorieuse : celle de l’échec d’une politique ayant démontré très vite les limites d’une répression massive faisant du petit consommateur l’unique cible des assauts policiers et laissant, par manque de moyen et de courage, les dealers asseoir leur autorité et leur business juteux.
Mais force est de constater que le trafic dans la ville de Marseille est source de tueries sanguinaires de jeunes gens et de polémiques sur lesquelles les opportunistes semblent vouloir surfer notamment en cette période pré-électorale. Il est évident que ce manifeste diligenté par deux députés socialistes marseillais n’a pas d’autre but que celui de relancer un débat que personne, hormis quelques édiles en mal de notoriété, ne veut soutenir.
Mais le quotidien de la dauphine Française est bien triste. Entre règlements de compte rarement élucidés et une économie parallèle que personne ne daigne dénoncer par peur de faire vaciller les paiements des loyers des appartements HLM de quelques cités, nous sommes en droit de nous interroger : la légalisation n’est-elle pas la solution à cette litanie ?

Sans se focaliser sur notre ville, il est important de mesurer l’ampleur du phénomène au niveau national. Il ne faut encore pas négliger ce qui me semble être le point essentiel à savoir le problème de santé publique que peut représenter une vente libre, même réglementée. Mais, ce qui me fait m’interroger à la lecture de la tribune à laquelle seraient associés des magistrats et des policiers c’est évidemment qu’elle ne sert à rien et même qu’elle m’apparaît grotesque surtout lorsqu’elle est érigée comme solution radicale aux assassinats programmés de jeunes dealers.
C’est indéniablement un triste aveux d’échec d’un État déliquescent incapable d’admettre que la politique du chiffre est à l’origine de la fin de la police efficace et a permis même le développement de véritables PME aux chiffres d’affaires exponentiels, aidé bien sûr par une politique locale d’abandon de tout un pan de la ville, celui du Nord !
Après tout pourquoi pas puisque dans ce bas monde ou du moins dans ce bas pays tout se paupérise. Les centres-villes, l’orthographe, l’enseignement, la fonction présidentielle, les services de santé, la police, la justice, etc., etc. mais, visiblement pas la démagogie !
Après tout n’acceptons nous pas une orthographe approximative en légiférant pour le mettre au niveau quasi nul de toute une génération ? Pourquoi ne pas rendre le joint légal pour abrutir un peu plus nos jeunes gens, pour aggraver le nombre d’accident de la circulation ou pour enfin les conduire vers une consommation d’autres substances bien plus nocives, bien moins légales ? Alors puisqu’il faut légaliser et bien légalisons !
Je ne vois pas pourquoi d’ailleurs ce n’est pas déjà fait puisque d’après les signataires la légalisation, et non pas la dépénalisation, serait la solution aux problèmes de délinquance, de règlements de compte et pourrait même être salvatrice puisque certains hurluberlus vantent les vertus thérapeutiques du Tétrahydrocannabinol, le principe actif du cannabis.
J’ai souvenir d’interrogatoires durant lesquels je devais poser une question simple une demi-douzaine de fois afin que l’information puisse arriver au cerveau de gros consommateurs. Je revois encore leurs yeux de poisson rouge et n’ai aucune difficulté à me rappeler leur QI de moule marinière. Je n’y ai vu aucune vertu thérapeutique mais il est vrai que je ne suis pas médecin !
Oublient-ils volontairement les dégâts qu’entraîne la consommation de résine de cannabis pour signer une telle missive ? Le THC est sept fois plus nocif que le tabac, il entraîne de nombreux cas de schizophrénie et une désocialisation importante. Sans doute pensent-ils à une consommation raisonnée comme nous le pensions jadis en ce qui concerne l’alcool et le tabac, sans doute espèrent-ils que les jeunes sauront fumer de manière ludique sans tomber dans l’addiction. Mais l’être humain est ainsi fait, il consomme sans modération !
Si on poursuit notre raisonnement, il est aisé de constater que des drogues légales nous en avons déjà deux et elles sont si bien contrôlées pas des lobbys si puissants qu’ils parviennent même à faire oublier que le tabac et l’alcool tuent chaque année environ 120 000 personnes.
Après tout pourquoi pas ? … Une de plus ou une de moins ! Demain la Canebière sera la capitale du cannabis comme elle est déjà la capitale de la kalachnikov. Je préférais lorsqu’elle évoquait Marcel Pagnol, Fernandel, le Four des Navettes ou feu la SNCM…

Trêve de plaisanteries que je n’ai d’ailleurs pas envie de faire surtout en évoquant ce manifeste et ses signataires. J’y ai vu figurer des magistrats et des policiers … Comment un procureur ou un juge, comment un flic peut cautionner une telle tribune et y apposer sa signature sans être gêné par le reflet du miroir lorsqu’il se rase ou lorsqu’elle fait son make-up (car on ne dit plus maquillage) ?
Le lecteur n’est pas sans savoir que ces dernières années les services de police et à fortiori ceux de la justice se sont orientés vers une politique de répression massive sous le seul prétexte de faire du chiffre. Sans entrer dans des détails fastidieux je rappellerai, et il est facile de comprendre, qu’un consommateur de shit vaut, au moins sur un tableau de statistiques, un dealer et qu’il est moins onéreux d’interpeller un minot sortant de la cité de la Castellane, venu d’un département limitrophe chercher ses deux barrettes qui feront son week-end, qu’un réseau de vente depuis le rabatteur jusqu’au fournisseur. Satané chiffre !
Un équipage de policier en uniforme est donc capable de ramener, chaque jour, deux à trois consommateurs alors qu’un groupe de la brigade des stups aura besoin de plusieurs semaines d’investigations pour neutraliser quelques kilogrammes de résine et interpeller les membres d’un réseau. Réseau qui se reforme quasi-immédiatement d’ailleurs.
Sont-ce les mêmes qui il y a encore quelques mois réprimaient allégrement les consommateurs qui aujourd’hui veulent rendre le shit légal ? Je n’y comprends plus rien …
Mais, il faut savoir raison garder et tenter de comprendre le cheminement intellectuel des deux députés instigateurs de la dite tribune. Aucun d’eux n’est élu sur le Nord de la ville, dans ces quartiers où le shit est devenu la denrée la plus facile à trouver après le kebab, dans ces zones de non-droits, car il en existe oui, dans ces arrondissements où le cri d’alarme d’une élue fut interprété comme un propos stupide alors qu’elle ne souhaitait qu’interpeller un ministre de l’Intérieur obnubilé par son image et sa carrière. Non, eux sont élus dans le centre-ville, là où d’autres délits et crimes se commettent, là où d’autres mandats se gagnent et se perdent. Se perdent surtout ! Faire parler de soi, exister sur le plan politique et sautiller sur les pointes de ses pieds pour rappeler à une population exténuée de voir sa ville devenir un succédané de Medelin que l’on peut être à l’initiative de quelque chose, à l’origine d’une bien triste et ridicule tribune.

Il est préférable de siroter son pastis en tirant sur sa cigarette et penser que la légalisation du cannabis serait une vaste fumisterie, qu’elle serait une grave erreur car elle entraînerait inévitablement un énorme problème de santé publique. Le Français, derrière son halo de fumée de cigarette se cache, comme il se dissimule derrière son addiction dont il se persuade qu’il peut s’en débarrasser, dont il sait qu’il va y survivre malgré sa toux rauque et son râle matinal. Il a tout essayé ! Le patch, les réglisses, l’acupuncture et la cigarette électronique. Rien n’y a fait. Il s’envoie son pastaga et fume comme un pompier en blâmant le fumeur de joints, en pointant du doigt ce drogué qu’il ne saurait tolérer. D’autres ont cru bon de signer une tribune pour mettre en circulation une troisième drogue légale en se faisant passer pour les chevaliers blancs d’une société malade, un société qui n’a vraiment pas besoin de cela !

Mais après tout je suis Français et donc je m’insurge contre ce qui est établi, contre ce qui est interdit. Alors oui moi aussi, pour être dans le « move », je prône la légalisation du cannabis mais je préférerai que ce soit les enfants du voisin qui en consomment plutôt que les miens !
Comment fait la chanson déjà ? Ah oui c’est ça …« Elle part du Vieux- Port et sans effort, coquin de sort elle exagère ! Elle finit au bout de la terre notre Cane, Cane, Canebière ! »

A lire aussi de Marc La Mola [1]

- 29 …
- Mise à mort …
- Légitime déviance


[1Marc La Mola a été flic durant vingt-sept années. Après des débuts à Paris il rejoint sa ville natale, Marseille et choisit les quartiers nord pour y exercer. C’est aussi là qu’il a grandi. Officier de Police Judiciaire à la tête d’un groupe d’enquête de voie publique il a traîné dans ces quartiers pour en mesurer les maux. Il a touché du doigt la misère et la violence de ces secteurs de la Ville. Marc La Mola a sans doute trop aimé son métier et c’est en 2013 qu’il décide de mettre un terme à sa carrière. Il retourne à la vie civile pour écrire. Il est aujourd’hui auteur, romancier et scénariste. Chez Michalon Éditions il a publié : « Le sale boulot, confessions d’un flic à la dérive », « Un mauvais flic, lettre ouverte à Manuel Valls », « Quand j’étais flic … ». Ces trois témoignages relatent les moments forts de sa carrière et ses différentes prises de position. C’est chez ce même éditeur qu’il publiera en mars 2017, « Police, Grandeur et Décadence » dans lequel il explique comment la police en est arrivée à descendre dans la rue pour manifester son mécontentement. Il est encore romancier. Il publie chez Sudarenes Éditions un polar à l’accent Marseillais, « Le sang des fauves ». En juin 2017 le personnage de ce premier polar revient dans « Vallis Clausa », deuxième volet des enquêtes de son personnage Randy Massolo, un flic torturé. Il est aussi scénariste et a signé l’écriture de plusieurs synopsis optionnés par des maisons de production. Il enseigne également l’écriture de scénarios à l’École supérieure du cinéma Cinemagis de Martigues (13)

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