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Tribune libre de Marc La Mola : L’amitié et la politique.

mercredi 31 mai 2017

Tout comme moi vous devez avoir dans votre entourage des amis ou des connaissances qui n’ont rien d’autre à vous dire que : « Tu as grossi » ou « Qu’est-ce-que tu as comme cheveux blancs ! » en oubliant évidemment de rentrer leur bedaine énorme exerçant une pression terrible sur un dérisoire bouton de chemise qui pourrait devenir un projectile létal à la moindre expiration incontrôlée tout comme ils omettent de parler de leur dernière mèche rebelle tentant vainement de dissimuler une calvitie naissante non assumée.
Toujours est-il qu’en ce qui me concerne et en cette période pré-électorale j’en viens à appréhender certaines soirées de beuverie qui même si au départ s’annoncent joviales peuvent se terminer en pugilats dans lesquels nous nous déchirerions à coup de petits fours et de pizzas surgelées imprégnés de champagne Ruinart. Bref l’amitié peut tenir à peu de choses surtout si l’on attaque le physique, la religion et encore plus si on oppose ses idées politiques.

Dernièrement ce sont des personnes, que je ne parviens pas à nommer amis puisque cette relation n’est que virtuelle et qu’elle se déroule via ma page Facebook, qui m’ont balancé leurs reproches et leur stupeur de me voir m’insurger contre une potentielle élection d’un assemblée Nationale où se mêleraient des députés de la République en Marche, de ceux de la France insoumise, de quelques Républicains côtoyant une demi-douzaine de socialistes, le tout ne donnant évidemment pas la majorité à celui qui a été élu Président de la République.
J’ai connu deux périodes de cohabitation alors NON MERCI !

Évidemment la perte de ces relations ne m’a pas impacté aussi lourdement que la récente disparition encore inexpliquée d’un ami de vingt ans mais je dois avouer que j’ai eu du mal à avaler leurs jérémiades comme leur véhémence voire même leurs idées préconçues sur le devenir du pays qui, d’après eux, j’abandonnais après m’avoir nourri pendant presque trente ans.
Hé oui c’est ainsi. Je le disais plus haut l’amitié, même virtuelle, ne dure pas, elle s’étiole à la moindre incartade comme fane la fleur coupée après avoir séjourné dans un minable tube de verre sur une table bancale avant d’être jetée dans une poubelle malodorante.
Mais ce qui m’interpelle encore c’est ce regard que peuvent poser sur vous une quantité de personnes, c’est ce jugement qu’ils peuvent avoir et cette attitude qu’ils adoptent à l’écoute ou à la lecture de vos propos. Comment peut-on juger ainsi son prochain, comment peut-on le classer dans une rubrique ou une catégorie proche du moins que rien en étant évidemment persuadé de détenir la science infuse et en se positionnant comme le sauveur d’une humanité en proie à une orientation politique décadente surtout si elle est démocrate et je ne vous en parle pas si elle est de gauche ?

Je ne parviens pas à trouver une réponse à cette question sinon d’aller la chercher dans les méandres de mon cerveau tourmenté, de ma cervelle déjantée et engluée dans des écrits que je souhaite jacobins mais ne parvenant pas à émoustiller la moindre donzelle ou raisonner le moindre électeur frontiste. Alors malgré tout je poursuis pour deux raisons, la première c’est que j’ai une chance inouïe de pouvoir être lu et la seconde que je reste un révolté et surtout un citoyen engagé et inquiet par la banalisation d’idées politiques que je qualifie de dangereuses et pas seulement par crainte d’une déferlante raciste.
Non ce que je vois dans le front national est aussi chargé d’absurdités économiques et sociétales et je m’étonne encore que bon nombres d’électeurs se refusent à le voir et à le dénoncer. Évidemment la mode, si je peux m’exprimer ainsi, reste au tout sécuritaire et notamment dans des villages retirés où la moindre disparition frauduleuse d’un essuie-glace de voiture prend des proportions monstrueuses et placent les autochtones face à une bien triste réalité d’une société dans laquelle règne une anarchie et une dangerosité terribles, le tout relayé par Laurent Obertone et ses ouvrages racoleurs laissant imaginer aux ruraux qu’ils pourraient être contaminés par cette « vermine ».
Mais la mode n’est pas qu’à la sécurité elle est aussi centrée, à juste titre d’ailleurs, sur un bashing récurrent des femmes et hommes politiques et sur une politique conduite par un François Hollande, il y a encore peu, égaré dans un palais et porteur d’un costume bien trop grand pour lui.
D’ailleurs si l’on écoute les gens aujourd’hui on pourrait même croire que ce dernier s’était emparé du pouvoir par la force tant ils sont peu, voire même inexistants, ceux qui assument avoir voté pour lui. Mais ils oublient de se remémorer qu’ils avaient voté Hollande pour se débarrasser de l’autre qu’ils avaient également encensé cinq ans plus tôt. J’en perds la tête …
Si on analyse le quinquennat de monsieur Hollande de manière très objective on réalise qu’il n’est pas pire que celui de ses prédécesseurs mais que l’ancien Président de la République souffrait avant tout d’une image abominable et d’un charisme de flan aux courgettes.

Mais sont-ce des raisons suffisantes pour aller confier l’Assemblée Nationale à un parti dont l’histoire fait froid dans le dos et que la nouvelle patronne a refusé de rebaptiser pour ne plus trimbaler une image abjecte des trop nombreux dérapages de son père ?
En politique le baptême est aussi important que dans la religion, il présente le baptisé au tout puissant et lui donne son chemin de vie …

Mais c’est ainsi, de trop nombreux électeurs pensent que seul le FN peut les sortir de ce qu’ils jugent comme étant une situation désespérée et je pense malheureusement que rien ne les fera changer d’avis même pas mes articles. Je le déplore, je risque donc encore de perdre pas mal d’amis.

Mais revenons aux quelques-uns (amis) qui me restent et notamment à ceux qui ne savent pas m’écouter, ceux qui ne lisent rien de ce que j’écris mais qui affirment me connaître parfaitement. Cette dernière espèce est presque aussi répandue que la première que j’évoquais au début de mon texte, elle évolue aussi autour du champagne Ruinart et des pizzas surgelées et s’étonne des ennuis que je rencontre à chaque parution d’une tribune ou chaque édition d’un de mes livres.
Sans doute m’apprécient-ils pour les boutades dont je peux être l’auteur et pour les relations qui sont les miennes ou alors simplement pour se foutre de ma gueule en société en brocardant mes prises de position et mes combats que je remporte que rarement. Je l’ignore encore.
Car savoir écouter est un don, une qualité extraordinaire qui se fait rare tout comme celle de faire l’effort, parce que cela en devient un, de lire un article même s’il fait deux pages. Mais, ce qui prime aujourd’hui reste le « Parlez moi de moi, il n’y a vraiment que cela qui m’intéresse ! » et s’intéresser aux attentes et encore plus aux révoltes de celui que l’on classe dans ses amis est relégué au dernier rang des préoccupations de bon nombre de gens qui m’entourent. Suis-je le seul dans ce cas là ?

Tant pis si cette tribune grève un peu plus ma liste d’amis mais si elle peut permettre à un seul électeur de ne pas voter FN elle aura rempli sa mission. En ce qui concerne mes amis je suis rassuré puisqu’ils ne lisent rien de ce que j’écris.

Il est treize heures, je vais aller boire un café sur une terrasse ensoleillée en compagnie de quelques amis pour peut-être évoquer la couleur et le visage de la future Assemblée nationale. Je ne désespère donc pas …
Si ça continue il ne va me rester plus aucun ami. Avec qui vais-je me disputer ?
Tant pis mais au moins je reste droit dans mes bottes !

Marc La Mola [1]


[1Marc La Mola a été flic durant vingt-sept années. Après des débuts à Paris, il rejoint sa ville natale, Marseille et choisit les quartiers Nord pour y exercer. C’est aussi là qu’il a grandi. Officier de Police Judiciaire, à la tête d’un groupe d’enquête de voie publique, il a traîné dans ces quartiers pour en mesurer les maux. Il a touché du doigt la misère et la violence de ces secteurs de la Ville. Marc La Mola a sans doute trop aimé son métier et c’est en 2013 qu’il décide de mettre un terme à sa carrière. Il retourne à la vie civile pour écrire. Il est aujourd’hui auteur, romancier et scénariste. Chez Michalon Éditions il a publié : « Le sale boulot, confessions d’un flic à la dérive », « Un mauvais flic, lettre ouverte à Manuel Valls », « Quand j’étais flic … ». Ces trois témoignages relatent les moments forts de sa carrière et ses différentes prises de position. C’est chez ce même éditeur qu’il publiera en mars 2017, « Police, Grandeur et Décadence » dans lequel il explique comment la police en est arrivée à descendre dans la rue pour manifester son mécontentement. Il est encore romancier. Il publie chez Sudarenes Éditions un polar à l’accent Marseillais, « Le sang des fauves ». En juin 2017 le personnage de ce premier polar revient dans « Vallis Clausa », deuxième volet des enquêtes de son personnage Randy Massolo, un flic torturé. Il est aussi scénariste et a signé l’écriture de plusieurs synopsis optionnés par des maisons de production. Il enseigne également l’écriture de scénarios à l’École supérieure du cinéma Cinemagis de Martigues (13)

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