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Tribune libre de Marc La Mola : Légitime déviance

samedi 31 décembre 2016

On pourrait croire que tous les maux de la corporation se sont envolés, qu’ils ont trouvé spontanément une solution tant les témoignages de policiers satisfaits inondent la toile.

Le Papa Noël vient de leur apporter, dans sa hotte, un cadeau inespéré tant il était surréaliste de l’envisager il y a encore quelques mois. Mais les échéances électorales ont aussi leurs impératifs et donner satisfaction à la corporation policière et par-delà à tout un pan de la société, pas le plus sage et le mieux informé d’ailleurs, était devenu une évidence. Cela allait être un os à ronger pour ces manifestants transformés dernièrement en pitbulls ou en roquets arrogants oubliant même qu’ils étaient au service d’une société malade et qu’il ne s’agissait pas de défendre leurs intérêts mais ceux d’une population pour laquelle les soucis de sécurité culminaient au deuxième rang du palmarès de leurs inquiétudes.

Mais apparemment après avoir, durant plus de quinze années, appliqué une politique dévastatrice les policiers parvenaient à regarder uniquement leur nombril et même à s’y focaliser …
Les policiers pourront donc utiliser leurs armes comme peuvent le faire leurs homologues gendarmes. Quelle victoire en effet … ! Il y a vraiment de quoi être satisfait, heureux même de porter une arme à la ceinture, ou plutôt à la cuisse maintenant, comme si le fait d’avoir descendu l’étui donnait plus de légitimité, leur octroyait plus de compétences et de professionnalisme. Ridicule !

Jusqu’alors l’usage des armes, pour les flics, était « limité » à la légitime défense de soi même ou d’autrui et … C’était déjà pas mal me semble-t-il ! Les gendarmes peuvent faire usage de leurs armes dans d’autres circonstances et notamment pour stopper un véhicule ayant forcé un barrage ou sur un prisonnier, dont ils ont la charge, leur échappant. Différences importantes et non fondées me direz-vous et surtout si, comme la plupart des lecteurs, vous n’avez jamais porté une arme et effectué de missions de police. Mais en réalité il faut résonner autrement et s’interroger sur le bien fondé de ces inégalités.

Les gendarmes sont des militaires et en tant que tels ils peuvent être amenés à conduire des missions dites de guerre et de plus ils exercent en zone rurale. Ces deux paramètres sont à prendre en considération pour une analyse pragmatique de la situation.

Il est encore important de signaler, ce qui semble échapper au plus grand nombre, que bon nombre de gendarmes ayant utilisé leur arme dans les conditions prévues par le texte n’ont échappé ni à la colère des juges, ni à la sanction pénale et évidemment pas au lynchage médiatique.

Dans le premier car, à savoir faire usage sur un véhicule forçant un barrage, il est aisé de comprendre qu‘un tir au milieu d’une étendue de betteraves peut engendrer moins de dommages collatéraux qu’un tir effectué sur la Canebière. Pour ce qui est de tirer dans le dos d’un homme prenant la fuite, je laisse à chacun le soin de s’imaginer les bras tendus en pointant un pistolet pouvant libérer une balle mortelle et n’ayant que quelques dixièmes de seconde pour prendre LA bonne décision. Mais entre un terroriste auteur d’une tuerie de masse confié à une escouade de gendarmes pour un transfert depuis la prison jusqu’au bureau du juge d’instruction et un voleur de sac à main confié à un deux flicards dont l’un est un ADS (Adjoint de sécurité), comme c’est trop souvent le cas, n’existe-t-il pas une différence ?

Mais peu importe, puisque les policiers ont sollicité l’alignement des deux textes prévoyant l’usage de leurs armes, si dans les faits rien ne se passe comme prévu ou plutôt comme c’est écrit car le législateur fait figurer dans son texte une notion sibylline : celle de l’état de nécessité !
J’imagine déjà la conversation au comptoir d’un café local.
- Qu’es aquo l’état de nécessité ? S’écrie le lecteur Marseillais en sirotant son pastis au comptoir du bar des sports.
- Ben … Il s’agit simplement de laisser aux magistrats une latitude pour évaluer, depuis son bureau surchauffé, si le policier ou le gendarme n’aurait pas pu éviter de tirer un projectile de 9 mm entre les omoplates de ce jeune homme pris de panique et ayant pris la fuite au volant de la voiture qu’il a emprunté à son père alors qu’il n’a que 16 ans … Rétorque le bistroquet en essuyant ses verres.
- Oh merde ! S’écrie le client.
- Trop tard il est mort ! Dis le patron du bar en rangeant ses verres encore humides.
- Oui mais le flic était en état de nécessité !
- Ben il ira le dire au juge et à la famille ! Conclu le mastroquet.

Mais revenons aux différences fondamentales que j’évoquais plus haut et notamment au statut militaire des gendarmes et aux spécificités qui en découlent.
Le policier n’est ni plus ni moins qu’un citoyen ordinaire chargé d’une mission de service public. Certes, il est parfois confronté à des situations dont il a du mal a s’extirper mais pour avoir été flic pendant presque trente années je peux affirmer que la modification du texte 122-5 du code pénal n’améliorera pas leur situation et ne la rendra pas plus confortable.
Le gendarme lui est autre chose, il est un militaire obéissant et discipliné qui peut être amené à intervenir dans différents théâtres d’opérations extérieures et être de facto confronté à des missions où l’usage de son arme sera moins réglementé.
Je le répète : sur le territoire National et lors d’une mission basique de police chaque gendarme ayant fait usage de son arme dans des conditions autre que celle de la légitime défense proprement dite, à savoir se défendre car faisant l’objet d’une menace immédiate et proportionnée, a été confronté à la dure réalité des tribunaux. En fait les « largesses » du texte régissant les conditions d’usage des armes propres aux gendarmes n’ont servi à rien !

Cette revendication se fait l’écho des événements d’octobre dernier où quatre flics étaient la cible de cocktails Molotov et faillirent cramer comme de vulgaires saucisses sous les regards de gamins décérébrés. Ces derniers furent qualifiés pudiquement de sauvageons comme pour atténuer leur responsabilité, comme pour nier leur connerie et surtout ne pas prendre le risque d’être assimilé à un parti aux idées extrêmes que la mollesse de nos derniers ministres fait croître inexorablement. Mais rassurons nous ils sont encore parvenus à faire culpabiliser l’abstentionniste d’en faire le lit en se dédouanant de toute responsabilité … Petit parenthèse qui me fait du bien !
Ces quatre policiers ont été érigés en héros, en bon flic ayant fait preuve de sang froid car n’ayant pas fait usage de leurs armes dans une situation flagrante et évidente de légitime défense caractérisée !
Il convient de s’interroger sur cette passivité, sur ce manquement à mon sens de réflexes professionnels mais il est facile de comprendre ce qu’il s’est en fait déroulé.
C’est l’histoire de quatre jeunes flics manquant de réactivité et de professionnalisme soumis à une crainte permanente : celle du jugement hâtif de toute une bonne société dirigée par des hommes politiques désireux de s’engouffrer, au grand dam des flics concernés, dans une brèche électorale pouvant leur ouvrir une voie royale, celle de leur élection.

Ils n’ont donc pas tiré car ils pensaient ne pas pouvoir le faire et parce que la peur de mal faire était presque aussi importante que celle de mourir carbonisé et c’est aussi simple que cela ! Alors il faut un texte, il faut leur donner, leur confirmer des moyens qu’ils ont déjà et tant pis s’ils s’exposeront par la suite à la vindicte populaire et à la vision objective d’un juge.

Mais en fait, il semble que les policiers d’aujourd’hui passent à côté de quelque chose. Le font-ils exprès ou n’en sont-ils pas conscients toujours est-il qu’ils ne daignent pas s’interroger sur ce qu’il se passait il y a à peine une vingtaine d’années.
Car il ne s’agit en fait que d’un problème d’interprétation et non pas de texte législatif et légiférer hâtivement sur les conditions de la légitime défense en cette période trouble m’apparaît comme une ineptie. Seuls les responsables politiques en ont pris la mesure pour éteindre un incendie qui embrasse les commissariats de France en sachant que les modifications du texte ne seront qu’un enfumage à un échec d’une politique trop longtemps diligentée et placent en cette mesurette un dernier espoir de voir leur bilan moins sombre que dans la réalité.

Le travail de sape de l’usage des armes est l’œuvre de toute une myriade de femmes et d’hommes politiques s’étant évertué à se positionner en parangon d’une police exemplaire en niant volontairement les difficultés que les flics rencontraient. Cédant à la pression d’une certaine presse et aux actions parfois violentes d’associations anti-flics relayées par une presse complice et des chaînes d’info avides de scoops, il fut de bon ton d’opposer le « méchant » policier au « gentil » voyou. Électoralisme quant tu nous tiens ! Le mal fut fait et parvint même à rendre une société habituée à évoluer dans une violence quotidienne à ne plus souffrir que la seule entité pouvant légitimer la force pour la protéger puisse encore le faire. La puissance de la manipulation politique est phénoménale lorsqu’elle est relayée par un mouvement organisé de lobotomies télévisées …
J’ai moi-même utilisé mon arme dans des situations qui ne correspondaient pas aux standards des textes et aux limites de la légitime défense mais j’ai eu la chance d’avoir une hiérarchie constituée de flics et non de carriéristes frileux, d’être confronté à des magistrats compréhensifs et désireux de faire régner l’ordre et d’avoir une capacité à retranscrire sur des actes de procédure la dangerosité des délinquants qui me faisaient face.
Tout cela n’est plus. La police que j’ai connue n’existe plus, à sa tête une hiérarchie de hauts fonctionnaires de police lorgnant sur une carrière sans embûches tirent les ficelles des pantins manipulés et désordonnés ignorant même pourquoi ils sont devenus flics. Les magistrats sont trop souvent aux ordres et oublient leur indépendance. Une certaine presse Française rêve d’être Fox News ou CNN pour suivre en direct les actions de la police, elle rêve de voyeurisme et de télé-réalité pour faire vaciller des théories et mettre toujours plus en difficulté une police paumée bien incapable de dire de quoi elle a besoin. Cette police qui pense avoir trouvé dans cette élargissement d’un texte régissant les conditions d’usage des armes un remède à sa maladie en omettant de préciser que le cancer qui la ronge ne se soigne pas avec de l’aspirine ! C’est la nouvelle police, celle que je n’aime pas ! Mais peu importe Papa Noël leur a apporté leur hochet, ils pensent qu’ils pourront jouer mais tirer sur un homme n’est pas un jeu …

A lire aussi de Marc La Mola [1]

- Manifestations policières, légitimes ou pas ?

- Déshabillons Pierre pour habiller Paul !

- 29 …

- Mise à mort …


[1Marc La Mola a été flic durant vingt-sept années. Après des débuts à Paris il rejoint sa ville natale, Marseille et choisit les quartiers nord pour y exercer. C’est aussi là qu’il a grandi. Officier de Police Judiciaire à la tête d’un groupe d’enquête de voie publique il a traîné dans ces quartiers pour en mesurer les maux. Il a touché du doigt la misère et la violence de ces secteurs de la Ville. Marc La Mola a sans doute trop aimé son métier et c’est en 2013 qu’il décide de mettre un terme à sa carrière. Il retourne à la vie civile pour écrire. Il est aujourd’hui auteur, romancier et scénariste. Chez Michalon Éditions il a publié : « Le sale boulot, confessions d’un flic à la dérive », « Un mauvais flic, lettre ouverte à Manuel Valls », « Quand j’étais flic … ». Ces trois témoignages relatent les moments forts de sa carrière et ses différentes prises de position. C’est chez ce même éditeur qu’il publiera en mars 2017, « Police, Grandeur et Décadence » dans lequel il explique comment la police en est arrivée à descendre dans la rue pour manifester son mécontentement. Il est encore romancier. Il publie chez Sudarenes Éditions un polar à l’accent Marseillais, « Le sang des fauves ». En juin 2017 le personnage de ce premier polar revient dans « Vallis Clausa », deuxième volet des enquêtes de son personnage Randy Massolo, un flic torturé. Il est aussi scénariste et a signé l’écriture de plusieurs synopsis optionnés par des maisons de production. Il enseigne également l’écriture de scénarios à l’École supérieure du cinéma Cinemagis de Martigues (13)

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