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Tribune libre de Marc La Mola : Soufflet ...

jeudi 26 janvier 2017

Ce ne fut qu’un léger soufflet, qu’une minuscule baffe balancée maladroitement par un jeune homme à l’éducation inachevée, à la vision écornée des autorités. Pas un grand coup de poing dans la gueule, pas une mornifle à faire tomber son récipiendaire sur le cul. Encore moins une tarte de cow-boy dans un film de John Ford et certainement pas une avoinée mémorable de rugbyman assénée lors d’une rencontre contre les All-Blacks. Non rien de tout cela, juste une caresse appuyée à la portée surdimensionnée quand on l’analyse depuis son fauteuil, quand on le vit en direct au travers d’un écran de télé.

Le geste de ce gamin, car c’en est un, reste extraordinaire tant il est décalé et pose le problème de sacralisation de la fonction d’édile. Il engendre inévitablement le débat de l’éducation de toute une génération dont la plupart des membres ne maîtrise ni l’orthographe, ni le respect des aînés et, par delà, celui qui est dû à toute personne exerçant ou ayant exercé une mission de service public et encore plus lorsqu’il s’agit d’un Premier ministre. C’est bien de cela dont il s’agit et ce gamin irréfléchi rajoute à une société déjà bien malade une pathologie supplémentaire : celle de la connerie sans borne laissant penser au premier con venu qu’il peut lever la main sur un homme politique au prétexte qu’il n’approuve pas son action !
Mais ce qui intrigue le plus dans ce geste c’est que l’apprenti boxeur ne soit pas issu d’un quartier difficile et même s’il semble être proche de la mouvance d’extrême droite indépendantiste Bretonne ce dernier n’est pas à priori un activiste dangereux. Juste un enfant de Bretagne adepte de la quenelle de Dieudonné sans en comprendre le sens et sans nul doute de chouchen et de kouign amann, un enfant d’aujourd’hui en somme … !
Il est paumé entre une politique incapable d’apporter des solutions et encore moins de l’espoir, il est égaré dans un avant-combat de la primaire de la Gauche et sans nul doute gorgé de certitudes et d’à priori glanés au bar des sports ou dans un amphithéâtre de faculté. Alors il s’est dit qu’il allait le gifler pour défendre les opprimés, les chômeurs, les anti 49.3, les Bretons victimes de la pression Parisienne, les Mitterandistes et je ne sais quoi encore. Du grand n’importe quoi !

Alors bien évidemment monsieur Valls va se remettre de ce qu’il a subi. La violence en politique n’a rien en commun avec cette ridicule tape. Mais le fait de porter un coup à un responsable politique constitue un affront et même une humiliation en cette période pré-électorale. C’est la société entière qui l’a reçue tant elle est synonyme de déliquescence d’un état faible et démontre que ses représentants n’incarnent plus ce qu’ils étaient à même de procurer, jadis, chez un jeune homme normalement constitué.
Aujourd’hui ils inspirent la violence, le mépris et ne parviennent même plus, lorsqu’ils sont victimes, à susciter la compassion et la morale.
Les réseaux sociaux ont relayé la vidéo, les commentaires ont été affligeants et un auditeur de France Inter a ironisé en affirmant que nous serions 66 millions à vouloir asséner une gifle à l’ancien Premier ministre. Pauvre France !

Moi je ne lèverai évidemment pas la main sur Manuel valls ou sur tout autre ministre en activité ou ayant quitté sa fonction, je ne ferai pas le geste stupide, le geste de trop.
Pourtant j’ai, à deux reprises, affronté monsieur Valls et nos joutes verbales ont été telles que j’en ai subi les effets durant de longs mois. Mon amour propre en a pris un coup, mon portefeuille aussi puisque en ont découlé trois contrôles fiscaux ! Et oui c’est aussi cela l’arme du puissant face au faible, c’est ainsi qu’ils font taire ceux qui prennent la parole. Mais jamais je n’aurai donné une gifle à mon interlocuteur.
Est-ce une question d’éducation ou un problème bien plus grave de déchéance d’une classe politique recevant de la farine et maintenant des soufflets et spectateur de sa propre chute, de sa propre fin ? Un mélange de tout cela, un ras le bol d’une société et d’une génération élevée à coups de télé réalité, de jeux vidéos et de souvenirs politiques nauséabonds.
Ils n’ont pas connu Jacques Chirac et encore moins François Mitterrand. Ils n’ont pas assisté à leurs discours et n’ont pas mesurer leur charisme. Personne n’aurait osé poser la main sur leur épaule pour faire une photo souvenir, leur prestance et le respect du à le leur fonction ne l’aurait pas permis. Eux n’ont connu que Nicolas Sarkozy et ses dérapages verbaux, que François Hollande et ses mensonges comme ses escapades en scooter. Ce soufflet n’est que le résultat de ce que les responsables politiques ont engendré : la colère et la haine de tout un peuple associées à une ignorance aux fonds abyssaux.
Jadis on donnait un soufflet pour provoquer son ennemi en duel. Même pour se battre ils se respectaient …
Respect ?
Mais de quoi voulez-vous parler ... ?

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[1Marc La Mola a été flic durant vingt-sept années. Après des débuts à Paris il rejoint sa ville natale, Marseille et choisit les quartiers nord pour y exercer. C’est aussi là qu’il a grandi. Officier de Police Judiciaire à la tête d’un groupe d’enquête de voie publique il a traîné dans ces quartiers pour en mesurer les maux. Il a touché du doigt la misère et la violence de ces secteurs de la Ville. Marc La Mola a sans doute trop aimé son métier et c’est en 2013 qu’il décide de mettre un terme à sa carrière. Il retourne à la vie civile pour écrire. Il est aujourd’hui auteur, romancier et scénariste. Chez Michalon Éditions il a publié : « Le sale boulot, confessions d’un flic à la dérive », « Un mauvais flic, lettre ouverte à Manuel Valls », « Quand j’étais flic … ». Ces trois témoignages relatent les moments forts de sa carrière et ses différentes prises de position. C’est chez ce même éditeur qu’il publiera en mars 2017, « Police, Grandeur et Décadence » dans lequel il explique comment la police en est arrivée à descendre dans la rue pour manifester son mécontentement. Il est encore romancier. Il publie chez Sudarenes Éditions un polar à l’accent Marseillais, « Le sang des fauves ». En juin 2017 le personnage de ce premier polar revient dans « Vallis Clausa », deuxième volet des enquêtes de son personnage Randy Massolo, un flic torturé. Il est aussi scénariste et a signé l’écriture de plusieurs synopsis optionnés par des maisons de production. Il enseigne également l’écriture de scénarios à l’École supérieure du cinéma Cinemagis de Martigues (13)

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