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Tribune littéraire d’Eric Delbecque - Se promener dans "La Montagne" avec Patrick Tudoret : un petit moment de bonheur…

lundi 20 février 2017

On savait déjà que Patrick Tudoret était l’un des meilleurs romanciers de sa génération. Dans Le bonheur et autres broutilles (Les Belles Lettres), on se rappelle avec beaucoup de plaisir qu’il est un chroniqueur stimulant qui fait flotter dans l’air un parfum de moralistes du XVIIe siècle !

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Patrick Tudoret auteur de "Le bonheur et autres broutilles chroniques du journal La Montagne" (Les Belles Lettres) (Photo D.R.)

Dans ce recueil de ses chroniques dans le journal La Montagne, il n’est pas tendre avec les vices de l’époque, et il a raison… Toujours léger, porté à l’humour, à l’ironie tendre, il vogue dans ces pages d’un thème à l’autre, chacun d’entre eux étant toujours choisi pour ce qu’il dit d’essentiel de notre époque. A commencer par le désir de célébrité qui touche une part insigne de nos contemporains comme une épidémie. Starmaniaques : tout est résumé… Bien entendu, la question n’est plus de déterminer le message que les prétendants aux honneurs médiatiques veulent faire passer. Il n’existe plus ! Le vide ne dérange plus les aspirants à la notoriété. Mort de l’art de l’argumentation démontre-t-il parfaitement ! Ce n’est plus la raison qui est convoquée sur nos écrans : la télévision comme Internet mobilisent l’émotionnel et se protègent en virtuoses de tout registre démonstratif. Seule se diffuse en effet une « égolâtrie émotionnelle » qui n’a pas grand chose à voir avec une libération de l’âme ; on atteint plutôt le comble de l’aliénation. Grégarisme et narcissisme se révèlent les grands gagnants du divertissement de masse, lequel est en soi respectable mais tend aujourd’hui à se saisir en nous de la part la moins engageante…

Notre réalité est infantilisante : c’est tout le problème que pose avec finesse Patrick Tudoret. Ceci au moment même où la complexité et le caractère chaotique de la scène planétaire exigent maturité, sens de la nuance et humilité.

Cette propension à la régression de beaucoup de nos contemporains provoque sans doute le succès de la téléréalité que met en lumière l’auteur. Nombreux sont ceux qui veulent avec acharnement leur quart d’heure de célébrité, même si rien de remarquable en eux ne le justifie. Le désir de notoriété ne s’appuie plus sur un contenu mais sur la simple volonté d’exhiber un moi narcissique.

Histrionisme qui va de pair avec la valorisation systématique des « rebelles » dont on ne sait plus vraiment définir les caractéristiques. La rébellion est la nouvelle tradition de notre temps… Rien n’est davantage consacré aujourd’hui que « l’insoumis » ! Cet archétype bénéficie d’une reconnaissance quasi-institutionnelle. Le problème, c’est que l’on nous vend une révolte en toc. Ceux qui se prétendent des trublions ne sont rien d’autre que des privilégiés qui prennent la pose avantageuse de celui qui dénonce toute forme de devoir, d’effort ou de limite imposée par la vie en société. Le non-conformiste constitue une qualification qui ne veut plus dire grand chose dans un univers social qui a vidé ces deux mots de leur substance pour en faire une formule creuse parfaitement intégrée au politiquement correct. Il va de soi que ceux qui savent dire non constituent une richesse extrêmement précieuse pour une collectivité de femmes et d’hommes libres. Mais ils se trouvent rarement là où les médias nous les désignent du doigt, ou plutôt de la caméra…

Ce dont l’auteur fait finalement l’apologie, c’est d’une conception pacifiée du Temps, où nulle passion aveugle de la nostalgie ne le dispute au culte niais du futur censé apporter le Progrès, sans que l’esprit critique n’ait le moindre mot à dire. Il n’est pas plus raisonnable de sombrer dans la fascination pour l’immobilisme que de vouloir absolument faire table rase du passé. L’unique question qui vaille, écrit-il, c’est de savoir où se révèle notre humanité et de définir ce qui ressemble le plus au bonheur.

Il ne faut certainement pas chercher ce dernier dans un matérialisme étroit qui le ferait synonyme d’enrichissement perpétuel et de narcissisme brutalement vulgaire (dont les réseaux sociaux fournissent souvent l’illustration parfaite : les internautes n’y cherchent que des paires d’yeux qui valident leur insignifiance).

Sans doute faut-il s’acharner à ralentir, à redonner ses lettres de noblesse à la méditation au sens le plus large, et à replacer à son juste rang la lecture, cet apprentissage de l’intelligence du monde et ce plaisir difficile qui fabriquent une part substantielle de notre liberté et de notre capacité au discernement. A cet égard, Patrick Tudoret nous livre ici un bouquet d’étincelles existentielles qui prouvent une fois de plus qu’il galope dans l’escadron des hussards… A lire très vite pour se rappeler ce que la différence veut vraiment dire…
Eric DELBECQUE, Président de l’ACSE et membre du Comité Orwell

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