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Université Pasquale Paoli à Corte : Moonfish, un programme corse pour la biodiversité marine

vendredi 7 septembre 2018

Ils ont trois ans pour impulser des process de pêche durable... C’est en effet l’objectif du programme de recherche Moonfish, financé par l’Union Européenne via le Feder et mettant à contribution scientifiques et professionnels de la mer œuvrant sur l’île de Beauté. Leur mission : mieux comprendre et expliquer l’évolution des espèces dans les eaux territoriales corses, modéliser et préconiser. Sans mettre de freins à l’activité économique in situ.

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Photos Université de Corse / Raphaël Poletti

Proposer des types de pêche durable : voilà l’objet du programme Moonfish, financé par la Collectivité de Corse via le Fonds européen de développement régional (Feder) et liant l’université de Corse Pasquale Paoli, le Laboratoire Sciences pour l’environnement (UMR CNRS SPE), l’Office de l’Environnement de la Corse (OEC), la station marine Stareso ainsi que les professionnels de la mer, via leur comité régional (CRPMEM) et leurs quatre prud’homies. Si cette même démarche a déjà été entreprise par l’université de Toulon, l’Ifremer de Sète, celui de Brest... ainsi qu’à l’étranger, comme au Japon, elle est aujourd’hui reprise et adaptée aux spécificités de l’île de Beauté par les scientifiques et professionnels in situ. « La Méditerranée est une mer assez fermée, de nombreux pays y entrent en jeu, avec à chaque fois une législation différente. La surface autour de la Corse est tout autant impactée. Toutefois, on remarque que le pourtour de l’île est moins touché que le reste des eaux méditerranéennes, ailleurs fortement exploitées. Il faut dire qu’ici, le métier de pêcheur est pratiqué de façon assez artisanale », dépeint Paul-Antoine Bisgambiglia, maître de conférences en informatique et chercheur du Laboratoire Sciences pour l’Environnement (CNRS / Université de Corse) chapeautant le projet Moonfish aux côtés d’Eric Durieux, biologiste et maître de conférences en écologie marine. Une des raisons : le manque de moyen entrave ces pêcheurs dans l’acquisition de bateaux plus récents, contrairement à ceux d’autres pays, qui investissent massivement dans des chaluts. « Et ce sont des bateaux qui raclent le fond et ont une empreinte conséquente sur l’environnement...  » Tel n’est donc pas le cas des pêcheurs corses, donc, parmi lesquels on dénombre, en tout et pour tout, « 195 unités de pêche ou flottilles, dont 182 petits bateaux, 5 palangriers et 8 licences de chaluts », énumère le maître de conférence en informatique. Soit environ 200 professionnels, pas davantage. Et ces derniers, toujours faute de moyens, optent pour des équipements qui leur permettent de pratiquer une pêche adaptable, jonglant en fonction des espèces demandées et des périodes de pêche. « Ainsi, certains poissons ont réussi à garder des niveaux constants localement »... Toutefois, l’étude s’est focalisée sur une dizaine « d’espèces d’intérêt » qui, du fait de leur valeur ajoutée en termes de consommation ainsi qu’en termes patrimoniaux, pourraient connaître malgré tout le phénomène de pénurie. Ils ont pour nom langouste, mérou, thon, espadon, oursin ou denti, « ce dernier étant un poisson très combatif, mais aussi très recherché. On a déjà des infos qui remontent du terrain, au contact des pêcheurs. Eux ont l’impression de prendre de moins en moins de poissons... Le rôle des scientifiques, c’est d’étayer ces "on dit" ».

Collecter, modéliser

Ainsi le programme Moonfish, décliné de 2017 à 2020, vise à proposer des plans de gestion de ces espèces. Le programme court donc sur trois ans et trois phases. La première année a été synonyme de collecte d’un maximum de données : « Celles antérieures au projet, mais aussi de nouvelles. Elles comprennent le comptage des unités de chaque espèce en intégrant des scientifiques sur les bateaux. Il s’agit d’un ressenti empirique, complété au contact des pêcheurs ». Des remontées sur les zones de frayères où les poissons se reproduisent, afin de déterminer pour chaque espèce les lieux, la taille des poissons, la densité des bancs ont par ailleurs été effectuées. « Nous avons aussi transmis aux pêcheurs des questionnaires, pour l’heure 60 ont été remplis. Nous viserions 80 à 100 réponses pour disposer d’un panel suffisamment représentatif ». Autres sources intéressantes, celles de l’OEC, qui a travaillé dans les bouches de Bonifacio, zone protégée et disposant d’une antériorité documentaire sur 25 ans. « L’effet réserve fait qu’il y a un développement plus important des espèces que dans les zones exploitées. Ce n’est donc pas représentatif de toute la Corse, mais cela offre une configuration de ce qui se passerait s’il n’y avait pas de pêche. C’est intéressant pour l’aspect comparatif  ». L’idée étant de fusionner toutes ces informations via une base de données commune. Et celle-ci, à présent finalisée, permet de passer à la phase deux du projet, à savoir la modélisation. Concrètement, il s’agit d’établir non seulement une photographie de départ de l’état des ressources halieutiques dans les eaux territoriales corses, mais aussi des scénarios d’évolution de ces espèces. « Il s’agit d’un travail très complexe, il faut émettre beaucoup d’hypothèses, prendre en compte de nombreux paramètres. L’idée est d’aiguiller les données collectées et de se projeter, de réaliser des simulations, de faire évoluer les modèles dans le temps. Nous devons vérifier s’ils sont représentatifs à deux, trois, six ou dix ans, si le modèle actuel est pérenne ou pas et en fonction, refaire des jeux de simulation ».

Quels leviers pour agir ?

Et cette complexité, elle provient de la nécessité d’imbriquer plusieurs types de modèles : un qui représente l’environnement, notamment la qualité de phytoplancton et de zooplancton ou encore la température de la mer (des données achetées au travers d’un marché public à l’Ifremer), un autre qui détermine l’évolution des populations et prenant en compte les temps de vie, les diverses phases de croissance et le nombre de centimètres pris chaque année... Bref, autant de données qui permettront dans la dernière phase du programme de prendre des dispositions, d’établir quelle espèce doit être protégée. « Puis on étudiera de nouveau ce qui se passe, avec ces mesures prises en simulation ». Concrètement, cela peut consister en restrictions pour les pêcheurs, amenés à pratiquer une sorte de jachère marine et à laisser certaines zones se repeupler pendant des périodes déterminées... Il est, cependant, à noter que différentes réglementations régissent déjà la pêche professionnelle. « L’État peut se permettre, via le ministère dédié, de mettre en place un moratoire sur une espèce. L’Union Européenne définit quant à elle des quotas de pêche. Toutefois, pour les professionnels corses, les règles de l’UE ne sont pas adaptées aux petits territoires. Ils voudraient que l’on démontre cela via nos modèles... Un quota, c’est une barrière sur une espèce. Or si on constate qu’il y a plus de ressources que prévu, on ne peut rien faire... D’où la volonté de demander à l’UE une réglementation plus souple ». Mais Paul-Antoine Bisgambiglia évoque encore une autre problématique à prendre en compte : la montée en puissance de la pêche récréative. « Elle s’est beaucoup développée. Paradoxalement, cette pêche-là est encore très peu réglementée. Nous voudrions donc l’intégrer dans nos modèles, d’autant qu’elle pourrait représenter selon les espèces un tiers des captures annuelles ». Ainsi pour le chercheur, la pêche récréative constitue-t-elle une des manettes pour agir : mettre une réglementation sur la pêche de loisir, telle un permis, permettrait déjà de réguler la situation, dans une certaine mesure. « Nous faisons en tout cas des propositions dans ce sens ».

Une approche gagnant-gagnant

En revanche, l’objet de Moonfish n’est ni l’élevage, ni la réintroduction d’espèces. « Mais la réintroduction des espèces est un processus compliqué. Des études sont menées par les scientifiques de Stella Mare dans ce sens ». Divers programmes qui se complètent donc pour aboutir à la même fin : reconstituer les ressources halieutiques si nécessaire. Mais Moonfish ne s’arrête pas à ces seuls travaux de modélisation et de préconisation. « Beaucoup de projets peuvent émerger de celui-ci. Dont notamment un second volet, axé sur la définition d’un modèle économique. Parce que si l’on propose une réglementation qui impacte le revenu des pêcheurs, il faut aussi trouver des compensations. On ne peut pas se permettre de conclure en disant qu’il faut arrêter la pêche, l’objectif est aussi que les professionnels de la mer continuent à vivre de leur métier, tout en agissant pour conserver des stocks suffisants. Au final, nous devons développer une approche gagnant/gagnant  », conclut Paul-Antoine Bisgambiglia.
Carole PAYRAU

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