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CCI Marseille Provence. Voiles de l’énergie et de l’environnement : accélérer la transition énergétique du littoral et du système maritime

mercredi 12 juin 2019

Pour sa deuxième édition l’association Voiles de l’énergie et de l’environnement (V2E) en association avec l’ONG Green Cross de Jean-Michel Cousteau, a organisé une manifestation mixte, avec vendredi une journée de débats à la CCI Marseille-Provence et samedi et dimanche, des régates sportives, au départ de la Société Nautique de Marseille (SNM) au Vieux-Port, à Marseille. Georges Seimandi, président de V2E et sociétaire de la SNM rappelle le double objectif de cette manifestation, fédérer acteurs de l’énergie et de l’environnement, souvent isolés, voire hostiles, tout en adoptant les valeurs de la voile, coopération, solidarité et engagement, pour mieux relever les défis que posent la préservation de l’environnement et l’énergie, au bord de la mer et en mer et tout particulièrement à Marseille. Pour Nicolas Imbert, directeur exécutif de GreenCross France et Territoires et modérateur des débats, Marseille est une place de choix avec son Grand Port Maritime ouvert sur la Méditerranée.

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Corinne Lepage - table ronde - Team CCIMP - Alcyon 1871, voilier de tradition (Photos Robert Poulain)

La première table ronde portée sur « Pourquoi y a-t-il urgence à accélérer la transition ? Comment faire système, jouer en équipe ? » Gaëlle Rebec, Directrice régionale de l’Ademe Paca assiste pour la première fois à cette manifestation, pour échanger avec tous les acteurs du territoire sur « l’urgence climatique et la transition écologique dont on est opérateur ». Rappelle la mission de l’Ademe qui consiste à « agir avec les élus en premier lieu, les entreprises. On aide de plus en plus les associations, notamment sur les initiatives citoyennes, tout ce qui est financement participatif sur les énergies, même sur la collecte des déchets » et au niveau régional « on va soutenir classiquement les grands projets d’investissement sur l’économie circulaire, les déchets, les transports, l’énergie et, l’innovation, l’expérimentation ». « On se donne le droit d’essayer, poursuit-elle, on prend le risque aux côtés de gens qui veulent porter des projets pour changer la société ». Revient longuement sur l’économie circulaire un concept encore mal connu : « Beaucoup de personnes font d’elles-mêmes de l’économie circulaire cela va de l’entreprise qui repense sa façon de concevoir ses produits, c’est l’éco-conception, au fait de l’usager qui gaspille moins d’alimentation, les ressourceries, tout le réseau de réparation qui permet de lutter contre l’obsolescence programmée ». Elle met en exergue la valorisation d’un déchet, « soit on le récupère comme une matière en le donnant à son voisin ou sous forme de chaleur pour alimenter des nouveaux quartiers, « on essaie jusqu’au bout de conserver cette matière et cette importance qu’elle a et non pas de considérer qu’on peut la jeter à n’importe quel moment ». Enfin, évoque « le paradoxe des énergies renouvelables ». « Tout le monde est d’accord, le grand public, sur les énergies renouvelables mais, dès qu’il faut les installer, on n’a pas envie que ce soit proche de chez soi ». Elle indique que pour chaque projet, elle demande toujours à une association de gens du cru d’expliquer aux habitants ce dont il est question. « On va de plus en plus vers le fait que le citoyen a son importance dans un projet d’énergie renouvelable ». Entretien

Thierry Tatoni, enseignant à Aix Marseille Université (AMU) et directeur de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (Imbe) est intervenu lors de la deuxième table ronde consacrée à la plaisance. Souligne le retard de la prise de conscience sur l’état de la ressource halieutique par rapport à celle sur le changement climatique. Dans ce cas, avance Thierry Tatoni : « On commence à en voir les effets, le décalage de la côte, les tempêtes qui se succèdent, les gros coups de mer... ». Dans l’autre, « la biodiversité est difficile à percevoir parce que les espèces qui disparaissent ne sont pas forcément connues ». Ce qui est le plus sournois dans l’érosion de la biodiversité c’est qu’avant qu’une espèce disparaisse, ce sont les effectifs qui disparaissent... » Sur la question de la disparition éventuelle des poissons, il signale « quelque chose de significatif, la baisse de la taille ». « Que ce soit en pêche de loisir ou en pêche professionnelle, on prend de moins en moins de gros poissons ». Dénonce « un cercle vicieux, dès l’instant que les poissons ont une ampleur plus réduite et que la demande est de plus en plus grande, … il faut pécher encore plus d’individus pour satisfaire les besoins alimentaires des populations humaines, on accentue, on accélère la disparition de telle ou telle espèce de poissons ». Thierry Tatoni appelle à se demander quelle place l’homme a sur la planète, appelle à un changement intellectuel. Enfin, le chercheur émet quelques idées pour la prochaine campagne municipale à Marseille... Et plaide pour inventer un autre Marseille... moderne, ouvert. Entretien

François Jalinot, ancien directeur d’Euroméditerranée et aujourd’hui, vice-président de la Société Nautique de Marseille dresse un bilan contrasté de Marseille, d’un côté il y a ce qu’il appelle « des grandes actions structurantes », le Parc National des Calanques, Euroméditerranée avec les labels Ecocités qu’il doit continuer de « mériter et de développer » avec notamment les deux stations de géothermie marine et il y a encore le contrat de baie pour traiter en amont les 3 rivières l’Huveaune, le Jarret et les Aygalades « qui se déversent dans les eaux de Marseille, ce sont des efforts, à très long terme, structurants, qu’il faut poursuivre » (NDLR le contrat de baie, signé en 2015). En revanche « il pense que sur la question de la mobilité, sur la qualité de l’air cette Ville a beaucoup de retard par rapport aux efforts qui sont faits dans d’autres grandes métropoles françaises »...

Gaspillage d’espace sur le Grand Port Maritime

Sur les bassins Est du Grand Port maritime de Marseille, François Jalinot déplore « un très grand gaspillage d’espace » par rapport au port de Barcelone « qui sur un linéaire équivalent à la rade de Marseille, réalise trois fois plus d’activité que les deux bassins réunis de Marseille ». Il est favorable à un autre aménagement du GPMM... Défend également une autre gestion des ports de plaisance : « On doit être excellent dans la protection et l’amélioration de l’environnement qui nous est confiées donc la qualité de l’eau, le traitement des déchets, celui des effluents des navires, eaux grises et noires, etc. ». Autre volet, « le comportement des plaisanciers, ils doivent recycler leurs déchets ». Cite également le problème du Vieux Port : « On ne peut pas avoir un traitement efficace de ses eaux si les rejets en amont ne sont pas traités (… ) Un des sujets majeurs de ce vieux Port c’est qu’il est le réceptacle de beaucoup d’eau de ruissellement, d’eaux pluviales, voire parfois quand il y a de forts épisodes pluvieux, où les bassins de rétention débordent, là on voit ce Vieux Port dans un état absolument catastrophique... » Entretien

L’après-midi s’est ouvert sur une 3e table ronde sur la préservation de la mer, à la veille de la journée mondiale de l’Océan, avec comme intervenante Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement et avocat au barreau de Paris. L’étude du WWF montrant que la Méditerranée meurt par le plastique lui fait rappeler l’échec du tribunal pénal international de l’environnement et de la santé pour lequel elle s’est « beaucoup battue », il y a 7 ou 8 ans, quand elle était députée européenne. « On n’a pas avancé d’un poil depuis... », regrette-t-elle. Souligne, en revanche, le succès de « la justice climatique » : « Les tribunaux nationaux qui sont saisis par des individus, des associations, des collectivités locales, des villes, pour voir condamner les États à faire un certain nombre de choses ou, pour voir condamner les entreprises qui sont des grands contributeurs de gaz à effet de serre. Il y en a plus de 1 200 dans le monde, dans tous les pays industrialisés ou pas -mais à la condition qu’il y ait une justice- et ça fonctionne ». Évoque toute une jurisprudence qui est en train de se faire un peu à côté des textes parce que la question climatique est de plus en plus regardée comme une question de droit à la vie. Donc devant des comportements qui mettent en péril la vie humaine, ce sont des comportements répréhensibles. Ensuite il y a encore un pas à franchir quand vous passez au plastique et aux océans, vous tombez dans le droit de la nature et le respect des équilibres... » Corinne Lepage revient sur le fiasco de l’éolien en mer, en France. Elle pense possible que cette énergie renouvelable voit le jour, tout simplement « parce qu’on n’est pas plus bête que les autres. » Citant les Anglais et les Allemands « qui y arrivent ». Rappelle les problèmes de filière industriels avec Areva et Alsthom qui se sont retirés. « Ce qui se passe dans l’éolien en mer c’est ce qui se passe sur tout le renouvelable en France. » Dénonce « le manque de volonté politique d’aller jusqu’au bout de filières capables de fournir massivement une électricité renouvelable. Or, l’intérêt de l’éolien mer fournit énormément d’électricité, avec moins de questions liées à l’intermittence que l’éolien terrestre. Les investissement sont beaucoup plus lourds mais la rentabilité est beaucoup plus importante. Force est de constater que l’éolien en mer, en Allemagne, constitue un des pans très importants de fourniture de l’électricité renouvelable. » Pour ce qui est de l’acceptabilité des projets par les populations, elle souligne que « partout ou vous avez des projets qui sont montés de manière locale par la collectivité, les habitants, vous avez zéro problème. Là où les problèmes commencent à naître c’est lorsque vous avez des sociétés qui viennent imposer, notamment dans l’éolien terrestre, des très grandes éoliennes avec quasiment pas de retombées pour les habitants et les collectivités. Là ça ne va plus du tout, vous ajoutez à cela, un lobbying d’EDF extrêmement efficace qui a consisté à monter des associations sous des noms divers et variés pour s’opposer systématiquement à tout projet éolien avec parfois des succès et vous avez effectivement un contentieux redoutable ce qui fait que là où il faut un ou deux ans dans un pays voisin, chez nous c’est dix ans ».

Une transition écologique au niveau local

Corinne Lepage défend l’action locale. « On voit bien qu’au niveau international, on est en face d’une forme d’impuissance des États et c’est souvent des villes qui reprennent le flambeau. » Parle de grandes villes américaines qui ont des politiques très avancées sur le plan de la lutte contre le dérèglement climatique et « qui vont directement à l’encontre de ce que fait le Président Trump, exactement le contraire »... Et enfin se félicite des manifestations de jeunes pour le climat et les approuve mais pense que pour entraîner chacun à agir pour le climat il faut « un travail de construction de l’imaginaire pour donner envie de changer sa manière de vivre et penser que l’on tire un bénéfice personnel de ce changement, de cette transition. »

En réponse à Corinne Lepage, Jean-Philippe Bonnet, délégué Méditerranée de RTE fait le point sur l’éolien en mer aujourd’hui. Il explique : « RTE, opérateur public du réseau de transport d’électricité sur tout le territoire français et à ce titre chargé d’assurer le raccordement des parcs éoliens, en mer, en Manche, mer du Nord ou demain, en Méditerranée ». Signale l’état d’avancement de ces parcs qui après 2 étapes préliminaires, les études techniques et environnementales et la consultation du public (une réglementation française qui suit les textes européens et internationaux), connaissent différents contentieux d’associations ou de riverains « qui compliquent leur réalisation ». Évoque un site d’essai, à Saint-Nazaire d’une éolienne flottante qui s’inscrit dans les préparatifs à l’installation de fermes pilotes en Méditerranée et en Bretagne. En Méditerranée « les profondeurs d’eau sont plus importantes et ne permettent pas de poser les éoliennes au fond de la mer mais sur des flotteurs qui seront eux-mêmes ancrés au fond de la mer par des câbles pour qu’ils ne partent pas à la dérive. C’est une technologie nouvelle dans laquelle la France est plutôt dans le peloton de tête ». C’est aussi une électricité renouvelable compétitive, par rapport au nucléaire et à la production thermique grâce à des progrès technologiques. Enfin, comme les infrastructures sont sous-marines, RTE étudie tous les impacts potentiels, pendant la phase de travaux et de fonctionnement. Ce suivi est public et accessible à tous sur Internet. Entretien

Cette journée de débat du vendredi a été suivie par deux journées de régate.

« Discussions de ponton »
Georges Seimandi fondateur de V2E se réjouit de la première manche de la régate, 154 régatiers sur 20 bateaux, plus que les inscrits vendredi pour les débats. Avec 20 intervenants soit 5 fois plus que l’année dernière lors de la première édition, il y a matière à « des discussions de ponton ». Autre sujet possible de ce dialogue, le concours « Eco bateau » qui vise à solliciter chaque régatier pour nous donner de bonnes idées pour réduire l’impact environnemental » sur mer et sur terre, au niveau de la restauration et de la communication... Entretien

Ces valeurs de la voile que les Voiles de l’énergie et de l’environnement portent, quelles sont-elles ? Marc Frilet, apporte son témoignage, il est avocat conseil et skipper d’un voilier de tradition ancré à la SNM et promoteur d’un projet d’éco-tourisme, Le fort du petit langoustier sur l’une des îles de Hyères, dans le Var.

Alcyon 1871, voilier de tradition, reconstruit malgré tout

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO

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