C’est la fin de plus d’un demi-siècle d’histoire culturelle avec ses hauts et ses bas. Le tribunal judiciaire de Marseille ordonne la cession des actifs de l’association Compagnie Richard Martin-Théâtre Toursky au profit de l’association Théâtre de la Joliette Minoterie pour un montant de 15 000 €.
Sentiment de dégoût
« C’est le dégoût, un sentiment de gâchis qui m’anime, confie, abattu, Mehdi, délégué du personnel. On s’est battus pendant deux ans mais on a voulu nous abattre pour mettre de la danse urbaine. Aujourd’hui, on est cédés pour une poignée d’euros et l’association qui reprend le théâtre bénéficiera des subventions qu’on nous refusait». Exit le théâtre ou les « seul en scène », la direction de l’association Théâtre de la Joliette Minoterie, que nous n’avons pas pu joindre, devrait transformer le théâtre en « une maison de la danse et des cultures urbaines avec un pôle européen de création. Un lieu convivial avec des événements culinaires et musicaux et des coréalisations avec les autres théâtres de la ville ». Elle s’est par ailleurs engagée à reprendre 12 des 21 salariés.
Un rêve fou
La vie du théâtre Toursky ressemble à une tragédie avec un destin exceptionnel et malheureux, celui de son héros et fondateur Richard Martin, décédé en octobre 2023. En 1970, il s’installe dans un lieu improbable, un hangar désaffecté (l’ancien Théâtre quotidien) à Saint-Mauront dans le 3e arrondissement de Marseille, le quartier le plus déshérité d’Europe. Son but était de mener une action théâtrale décentralisée. Le jour où il pénètre pour la première fois dans les lieux on lui apprend que le poète Alexandre Toursky est mort dans un accident de voiture. Il donnera son nom à son théâtre. Richard Martin est un insoumis, un guerrier de la culture. Compagnon de route de Léo Ferré, il bénéficie de la notoriété du chanteur pour faire venir des artistes reconnus. Au fil des ans le lieu devient l’un des foyers les plus vivants de la vie culturelle marseillaise. Les subventions sont là, la vie continue.
La faim justifie les moyens
Le Toursky est un lieu atypique, un espace de fraternité et de résistance. Son héros et directeur, Richard Martin n’hésite pas à faire la grève de la faim en cas de réduction des subsides de la mairie. 1981, 2009, 2019, 2023 il fera quatre grèves de la faim pour obtenir les subventions demandées. L’opposition qui était à ses côtés en 2019 finira par l’abandonner quand elle reprendra la mairie. « On ne connaissait pas les comptes de l’association avant », justifiera, l’adjoint à la culture Jean-Marc Coppola. Cette fois c’est fini, le rideau est définitivement baissé. Deux ans après la mort de son créateur, on enterre définitivement le théâtre Toursky.
Joël BARCY