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Benoît Payan : l’héritage de l’ancienne municipalité, ce sont les caisses vides et les Marseillais abandonnés

mercredi 3 février 2021

Benoît Payan, le maire Printemps Marseillais de la cité phocéenne vient de présenter les résultats de l’audit des finances de la Ville réalisé par le cabinet Deloitte. Pour lui, la situation est extrêmement grave : « Avec un budget de 1,5 milliard d’euros, ce qu’il nous reste dans les caisses, c’est à peine 13 millions d’euros en 2019. C’est le véritable scandale financier de la Ville de Marseille. 13 millions d’euros d’épargne, pour une ville comme Marseille, nous sommes très en-dessous du seuil d’alerte ».

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Benoît Payan entouré de ses adjoints a rendu public les résultats de l’audit des finances de la ville Marseille (Photo Mireille Bianciotto)

« Aujourd’hui nous réalisons une promesse de campagne : faire la transparence sur les finances de la ville. Cette promesse n’est pas anodine, c’est même une des premières promesses de notre programme. Parce que le budget, c’est ce qui marque la réalité des politiques publiques », avance Benoît Payan qui rappelle : « Depuis des années la droite nous vend un bilan. Ce bilan, je n’ai eu de cesse de déclarer qu’il était faussé, en m’appuyant sur des exemples concrets qui trahissaient la vérité : une dette mal gérée, des patrimoines bradés, du gaspillage dans des événements inutiles, des investissements faramineux et mal négociés ». Et, poursuit le maire de Marseille : « À la dette financière, lourde, s’ajoute surtout une dette cachée de plusieurs centaines de millions d’euros : celle de l’abandon de nos services publics. Car si, fin 2020, vous avez 1,54 milliard d’euros de dettes, mais que vos écoles sont neuves, vos piscines modernes, vos bibliothèques nombreuses, et votre fonctionnement bien géré, en réalité, ce n’est pas si grave ». Mais tel n’est pas le cas, assène-t-il : « Là, l’héritage de l’ancienne municipalité, ce sont les caisses vides et les Marseillais abandonnés. C’était un secret de polichinelle à Marseille mais cela devient maintenant un fait dûment analysé et documenté ».

Il insiste sur l’importance de l’audit des finances de la ville réalisé par le cabinet Deloitte. « Il était temps de regarder la vérité en face, de faire un état des lieux, de mettre tout à plat pour prendre les meilleures décisions pour notre ville ». Un document qui nourrira le rapport d’orientation budgétaire présenté au conseil municipal, ce 8 février puis le budget pour 2021, construit, là encore « sur la base de cet audit et de notre programme », précise-t-il.

« Quand on se promène à Nice, on se rend bien compte que cette dette a servi à construire des équipements publics »

Benoît Payan revient à l’audit, évoque une situation catastrophique : « On devrait terminer l’année avec une épargne nette négative. Voilà ce que l’ancienne municipalité nous a laissé, des caisses vides, une dette qui plombe chaque année le budget de la ville et malgré cela, une ville où les équipements ont été laissés à l’abandon ». Il tient à souligner : « D’autres villes sont endettées. Nice, par exemple, à une épargne nette inférieure à celle de Marseille. Mais quand on se promène à Nice, on se rend bien compte que cette dette a servi à construire des équipements publics. Quand on va à Paris ou à Lyon, on voit des villes dans lesquelles, quelle que soit leur couleur, les dirigeants ont décidé d’investir pour les habitants dans de vrais projets structurants. La dette, si elle est bien investie dans des équipements publics essentiels je veux bien l’assumer. Mais à Marseille ce n’est pas le cas ».

« A Marseille, l’argent public a été dépensé à tort et à travers »

Benoît Payan dénonce : « A Marseille, l’argent public a été dépensé à tort et à travers ». Rappelle encore : « La Ville est le plus grand propriétaire foncier de Marseille. Pour autant, nous avons laissé notre patrimoine pourrir sur pied, nous l’avons cédé à vil prix. Nous avons même poussé l’absurdité jusqu’à payer des loyers inutiles ou des travaux à la place des propriétaires. Pendant 2 ans, la Ville a payé un loyer d’un étage entier vide de 1 245 m². Les services qui les occupaient avaient déménagé mais la municipalité n’avait pas résilié le bail ». Il ne manque pas d’évoquer le dossier de la Corderie. « Évidemment, le premier scandale, celui qui nous a fait bondir en 2017, c’est le massacre archéologique. Mais le scandale que nous payons aujourd’hui est budgétaire. Pour construire cet immeuble, le promoteur, Vinci a détruit la sortie de secours de l’une de nos écoles : et là les bras m’en sont tombés, nous avons racheté son propre terrain sur lequel était situé cet escalier de secours. Et qui a-t-on choisi pour reconstruire l’escalier cassé par Vinci ? Je vous le donne en mille : Vinci ».

JO : « Je veux que la ville paye moins de 10 millions d’euros »

Il en vient aux Jeux Olympiques de 2024. « L’ancienne municipalité avait prévu d’investir 45 millions d’euros au total. Sur cette somme, les Marseillais allaient payer 90% de leur poche, là où les Parisiens n’en payaient que 15% », dévoile-t-il avant de prévenir : « Je veux que la ville paye moins de 10 millions d’euros pour accueillir ces épreuves. Je sais que c’est possible ». Il parle aussi de la participation au salon du Mapic, le salon international des centres commerciaux : « 180 000 euros par an pendant 18 ans pour un stand. Plus de 3 millions d’euros au total pour 3 jours à Cannes alors que nos commerçants connaissent tant de difficultés ». Benoît Payan tient également à mettre en exergue le dossier de l’accueil du concours Miss France en 2020 et les 150 000 euros versés à Endemol. « Et pour couronner le tout, la Ville est contrainte de payer 48 000 euros de dédommagement pour un spectacle prévu initialement au Dôme à la même date. Nous sommes obligés de passer le rapport lundi au Conseil municipal ».

« Nous devons relever la ville mais aussi relever ses finances »

C’est, explique-t-il, dans ce contexte que «  nous devons relever la Ville mais aussi relever ses finances. A Marseille, les écoles ont été le parent pauvre des politiques publiques de ces dernières années. Il faudrait construire une vingtaine écoles supplémentaires principalement dans le Nord et le centre de la ville pour accueillir tous les enfants dans de bonnes conditions. Cette situation nous devons l’aborder avec une capacité d’investissement proche de zéro ». Il n’omet pas de faire un point sur la crise liée à la Covid, son impact sur les finances : « Entre les masques, le gel, les équipements de protection, l’entretien supplémentaire dans nos écoles, la désinfection des surfaces, l’aide alimentaire aux plus démunis, la mise en place de douches pour les sans-abri, les tests grand-public ce sont près de 38 millions d’euros de dépenses supplémentaires en 2020 (...) Et on attend toujours 4 millions d’euros de remboursement partiel des masques de la part de l’État. Et ce n’est pas tout, il faut également rajouter près de 22 millions d’euros en moins pour les pertes de recettes dans les musées, les piscines, le stationnement, le périscolaire, la cantine. Ce qui fait déjà 60 millions d’euros ». Il ajoute : « Si dans le privé il existe des dispositifs de chômage partiel, ou d’arrêt maladie pour les personnes fragiles, pour la collectivité, le coût des absences pour cause de Covid est estimé à plus de 30 millions d’euros ! Et je ne parle même pas des agents mobilisés uniquement sur la Covid à la Police municipale, au Bataillon, ou à Allo Mairie. Au final, ce sont près de 100 millions d’euros de coût Covid pour notre ville »

« Notre seule réponse c’est l’action »

Mais Benoît Payan affirme ne pas être fataliste : « Notre seule réponse c’est l’action. Nous devons trouver des solutions pour les Marseillaises et les Marseillais, c’est ça le changement ». Le budget, prévient-il, va se construire « en mettant en perspective notre action sur 2 ans, 3 ans, 6 ans : en lissant les investissements. Et puis, nous irons au bout de cet exercice de vérité. Si la Ville restait sur la trajectoire que nos prédécesseurs avaient tracé, nous allions droit vers la banqueroute, droit vers la faillite, droit vers la tutelle ». Dans cette ambition de redressement il tient à indiquer pouvoir s’appuyer sur les 17 500 agents municipaux « ils me l’ont dit : "notre volonté c’est Marseille, notre ambition c’est changer les méthodes pour reconstruire la ville" ». Il annonce la fin du bling-bling : « Désormais, chaque euro utilisé sera un euro utile. Nous allons utiliser tous les leviers disponibles, aller chercher l’argent à Bruxelles comme à Paris. Ce n’est pas de l’aide, c’est de la justice, car Marseille assume seule des charges de centralités mirobolantes, et car je suis convaincu que notre ville est une chance pour le pays ».
Michel CAIRE


Entretien avec Benoît Payan

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Benoît Payan, maire de Marseille (Photo Mireille Bianciotto)

Le maire de Marseille revient sur des finances catastrophiques...

« C’est possible de faire autrement »

Face à cette situation, Benoît Payan déclare :« C’est possible de faire différemment, avec de la frugalité, de l’attention, de la bienveillance, en se concentrant sur ceux qui en ont le plus besoin ». Comment ? « On va arrêter les dépenses réalisées à tort et à travers, les dépenses somptuaires, le bling bling et les paillettes, (...) On va essayer de faire des économies, ensemble (…) Aujourd’hui, on a une administration qui est éclatée, on a besoin de la rassembler, de la normaliser, on connaît les priorités, (…) les écoles, le logement, l’environnement, et puis la propreté et les transports, on va les faire les unes après les autres ». En matière de dépenses somptuaires, il parle notamment du Palais de la glisse qu’il qualifie « de patinoire la plus chère au monde » et ajoute-t-il : « Tous les mois, on paye 300 000 euros, pour faire de la glace dans la patinoire (…) en eau et électricité, tous les mois, on dépense 1,5M€. » En ce qui concerne le Stade Vélodrome, il précise que le problème ne concerne pas le stade, tel qu’il est, « mais celui du montage financier qui est le pire montage financier de la décennie. Il n’y a pas d’autres villes, au monde, qui aient fabriqué un montage financier aussi coûteux ( …) On est allé emprunter de l’argent à 9 % quand tout le monde trouvait de l’argent à 4%, c’est quand même les champions du monde pour avoir réussi cela ».

« Est-ce qu’on fait le bon investissement au bon endroit ? »

Benoît Payan, ce ne sera pas une surprise, veut rompre avec cette gestion, d’abord, en se posant la question : « Est-ce qu’on fait le bon investissement au bon endroit, par quelle école, va-t-on commencer, comment est-ce qu’on va le faire ? Est-ce qu’on a pas des solutions pour optimiser tout cela ? Quand un promoteur va vouloir construire dans cette ville il doit savoir, et nous l’avons dit, les constructions, à tort et à travers, c’est fini, c’est terminé. Cela ne rapporte rien, on coupe des arbres, on fait des immeubles R + 4, cela n’a pas de sens ». Il tient immédiatement à préciser : « Nous disons aux promoteurs : vous êtes les bienvenus, venez nous aider à réhabiliter de l’ancien, à fabriquer différemment des équipements ; venez nous aider à construire des écoles et on vous aidera à pouvoir réhabiliter la ville, pouvoir faire que cette ville, soit vécue différemment. Il y a 40 000 logements dangereux, 30 000 logements vides, il y a du travail à faire, justement, il faut rénover, différemment, avec celles et ceux qui veulent venir investir dans cette ville … C’est fini, l’open bar, où tout était cadeau, gratuit, où on disait aux gens, welcome, venez faire ce que vous voulez... Cette ville, il faut la respecter ».

« On ne fera rien qui abîme le tissu social marseillais »

Pour augmenter les recettes, va-t-il augmenter les impôts, voire les baisser ? Benoît Payan répond : « On ne fera rien qui abîme le tissu social marseillais », mais, s’il n’y a pas de rentrée fiscale, indique-t-il : « Cela veut dire que la ville de Marseille arrête de construire des écoles, des immeubles et là je ne m’y astreindrai jamais. » Rappelle ce qui s’est passé des années durant : « La droite a écrasé les Marseillais avec l’impôt, le plus injuste qui soit : la taxe d’habitation. » Et il tient à souligner que cette taxe, tout le monde la paye à Marseille. « Je le précise d’autant parce que j’entends des gens dire que les Marseillais ne payent pas d’impôt mais, la taxe d’habitation tout le monde la paye... et elle (l’ancienne municipalité) a laissé la taxe foncière, une des plus faibles de France, dans un état végétatif. » S’il avoue que les marges de manœuvre fiscale, « sont extrêmement réduites », il assure : « Nous ne ferons rien qui sera injuste ». Et annonce qu’il rencontrera le président de la République.

Propos recueillis Mireille BIANCIOTTO

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