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Camp des Milles : Journée Internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah

jeudi 28 janvier 2021

« Une mémoire qui vit à travers les actes de ceux qui en ont compris les leçons restera et pourra rester une mémoire vivante », devait lancer Alain Chouraqui, le président de la Fondation du camp des Milles, à l’occasion de la manifestation régionale de la Journée Internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah. Une journée qui prend une importance toute particulière en ces temps de crise (s).

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Intervention de Denise Toros Marter, déportée à Auschwitz (Photo Joëlle Manchion)

« Je me permets de vous lire un texte écrit en 1985, 40 ans après que ma famille a été massacrée. J’aimerais que ce texte soit un flambeau pour la mémoire collective dédiée à la liberté pour tous ceux qui en furent privés durant ces années terribles ». C’est avec ces mots toujours bouleversants que Denise Toros Marter, déportée à Auschwitz à l’âge de 16 ans, a introduit la lecture de l’un de ses poèmes « Liberté ». Elle l’a lu tournée en direction du Wagon installé sur les lieux mêmes de la déportation par le régime de Vichy, à l’été 1942, de plus de 2 000 hommes, femmes et enfants juifs vers Auschwitz-Birkenau où ils furent assassinés.

Comme chaque année, une cérémonie officielle a été organisée au Site-mémorial du Camp des Miles à l’occasion de la Journée Internationale de commémoration en mémoire des victimes de la Shoah, décidée par l’ONU en 2005. La Journée du 27 janvier traduit la reconnaissance internationale de la portée universelle du génocide des juifs. L’universalité de cette histoire particulière est au cœur des connaissances transmises par le Site-mémorial du Camp des Milles sur les mécanismes humains fondamentaux qui peuvent mener au pire mais aussi sur les capacités humaines à y résister, chacun à sa manière.

« La Shoah est sans doute, tragiquement, l’événement le plus européen du XXe siècle »

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Denise Toros Marter entourée de Renaud Muselier, président de la Région Sud, Christophe Mirmand,le préfet de région, le Grand Rabbin de Marseille, Réouven Ohana, Bruno Benjamin, Alain Chouraqui, Raymond Arouch, Jean-jacques Dias (Photo Joëlle Manchion)

Les mots de Christophe Mirmand, préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, préfet des Bouches-du-Rhône sont forts, lors de cette cérémonie : « La Shoah est un drame qui doit être assimilé par la conscience européenne. Nous en portons la responsabilité. La Shoah est sans doute, tragiquement, l’événement le plus européen du XXe siècle. Elle est un destin que nous n’avons pas choisi, mais qui est le nôtre. L’assumer c’est prendre en notre pouvoir cette réalité. C’est assurer, de manière réitérée et toujours nouvelle, aux ombres et aux engloutis, que leur supplice, que nous portons pour toujours en nous, a pris fin pour l’éternité ».

La cérémonie a débuté par le « Chant des Marais  », chant des déportés, interprété par les élèves du Lycée Militaire d’Aix-en-Provence. C’est ensuite dans une grande émotion que Valentin Pasquon, étudiant en Sciences Politiques, a lu les noms de la centaine d’enfants et adolescents déportés des Milles. Les noms des Justes des Nations ayant œuvré pour les internés du Camp des Milles ont ensuite été lus par Abdou, un volontaire de l’Epide (Établissement pour l’insertion dans l’emploi), « pour se souvenir que, face au mal, il est possible de se lever au nom des valeurs de justice, de tolérance et d’humanité ».

« Il faut que la Shoah ne soit pas seulement une histoire traumatisante... »

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Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles (Photo Joëlle Manchion)

Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation a déclaré : « L’essentiel n’est pas de se souvenir. Il faut que la Shoah ne soit pas seulement une histoire traumatisante qu’on commémore mais une expérience que l’on incorpore. Une expérience que l’on porte en soi pour éclairer ses actes. Une mémoire pour le passé deviendrait vite une mémoire morte. Une mémoire qui vit à travers les actes de ceux qui en ont compris les leçons restera et pourra rester une mémoire vivante, utile au présent dans les actes de résistance que nous devrons les uns et les autres faire au fil de nos vies ».

« Repenser le présent et préparer le futur »

Bruno Benjamin, Président du Crif Marseille-Provence a insisté sur « la mémoire des victimes de la Shoah et de la libération du camp d’Auschwitz- que le temps qui passe tendrait à effacer- si la conscience d’Hommes éclairés ne venait pas là où d’autres l’ont obscurcie. Ce travail de Mémoire n’est pas de réparer le passé en l’évoquant, mais de repenser le présent et de préparer le futur, en l’invoquant et en exposant à son éclairage, les conséquences de nos actes, de nos paroles et de nos pensées ». Et l’urgence est là : « Nous avons tous en mémoire les noms de Ilan Halimi, de Mireille Knoll, l’attentat de l’Hyper Cacher, d’autres faits-divers choquants, et même, maintenant, ayant muté comme un virus, un antisionisme qui flirte avec l’antisémitisme ».

« Le débat sur la préservation de l’anonymat est ouvert »

Bruno Benjamin revient sur les injures antisémites proférées récemment sur Twitter et visant April Benayoum, Miss Provence, première dauphine de Miss France. Il déplore : « Malgré l’indignation suscitée, je crains que les mots et l‘arsenal du droit ne suffiront à endiguer les flots charriés par ces vecteurs de communication ». Alors, pour lui : « Le moment est venu de dire, haut et fort, que tout n’est pas permis dès lors que la dignité d’une personne est en jeu. On ne peut continuer à laisser se déverser la haine antisémite sans réagir. Le débat sur la préservation de l’anonymat est ouvert. La responsabilité des plateformes en ligne - qui ont accès à l’identité réelle de ceux qui utilisent leurs réseaux – est engagée ». Et de s’adresser aux législateurs : « le poison de l’antisémitisme s’insinue quotidiennement dans toutes les strates de la société, inoculé ou répandu par les praticiens de l’exclusion, ils doivent impérativement y mettre un terme. Il en va de l’équilibre, de l’assise même de notre société fondée sur les valeurs de la République et des droits de l’Homme ».

« l’antisémitisme pour avoir changé de visage n’en est pas moins sournois »

Pour conclure le temps des allocutions, Christophe Mirmand, a , à son tour, fortement alerté sur les dangers de l’antisémitisme en particulier, qui ne doit pas être un mot galvaudé. « Car il n’a pas pris d’emblée le visage de la barbarie. Il fut d’abord une corruption des esprits, un affaiblissement moral et intellectuel, une maladie sournoise qui en se métastasant insidieusement et lentement a fait progressivement sauter les digues de nos consciences et accepter des paroles qu’on aurait pourtant dû refuser d’entendre. Aujourd’hui, l’antisémitisme pour avoir changé de visage n’en est pas moins sournois (…) Il ne faut rien céder à la haine, à l’intolérance, au sectarisme. C’est le travail de nos forces de l’ordre et de nos magistrats. Mais c’est aussi et surtout le travail de la mémoire collective. Cette mémoire est un repère qui nous rattache aux autres. La société mûrit ses drames et ses deuils à travers les commémorations. L’évocation de ce passé doit renforcer notre cohésion ».

Cette année, la cérémonie régionale, organisée à l’invitation du Préfet de Région se tenait en effectif restreint du fait des contraintes sanitaires, mais elle a été diffusée en direct sur les réseaux sociaux pour permettre à tous ceux qui le souhaitaient de s’associer à ce temps de recueillement. Autour du Préfet étaient présents des élus, parmi lesquels la Sénatrice Sophie Joissains et Renaud Muselier, Président de la Région Sud, des représentants des autorités civiles et militaires, des Consuls généraux, de grandes associations, pour rendre hommage aux victimes du Camp des Milles et d’ailleurs. A l’heure où beaucoup de témoins de cette histoire tragique disparaissent et où montent partout les racismes, l’antisémitisme et les extrémismes identitaires, se souvenir est plus qu’un hommage pour des millions de vies brisées. C’est aussi un support de réflexion indispensable pour tirer les enseignements du passé, afin d’éveiller la vigilance et l’engagement.

Jeunes ambassadeurs de la mémoire

Dans le cadre de sa participation au Réseau des Lieux de mémoire de la Shoah en France, la délégation de « jeunes ambassadeurs de la mémoire » du Camp des Milles composée de lycéens de Toulon, s’est réunie pour un temps de partage et de commémoration en direct et simultané avec les jeunes d’une dizaine d’autres institutions membres du réseau partout en France, réunies par le Mémorial de la Shoah. L’ensemble de la cérémonie au Site-mémorial du Camp des Milles est à (re)voir sur la page Facebook du Site-mémorial.
Michel CAIRE

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