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Hommage national à Samuel Paty à la Sorbonne. Emmanuel Macron : "Nous défendrons la liberté que vous enseignez si bien et nous porterons haut la laïcité"

mercredi 21 octobre 2020

Samuel Paty, 47 ans, a été décapité vendredi à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), près du collège du Bois-d’Aulne où il enseignait, par un réfugié d’origine tchétchène de 18 ans, pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Un hommage vient de lui être rendu, présidé par Emmanuel Macron, en présence de 400 invités, dont une centaine d’élèves d’établissements d’Ile-de-France. Avant la cérémonie, le Président a remis la Légion d’honneur à titre posthume à l’enseignant, en présence de sa famille. Le cercueil de Samuel Paty a ensuite été amené dans la cour d’honneur de la Sorbonne, porté par les gardes républicains, sur le titre "One" de U2 - une demande de ses proches. Des enseignants et une élève ont ensuite lu divers textes avant la prise de parole d’Emmanuel Macron.

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Emmanuel Macron a rendu un hommage au professeur assassiné Samuel Paty lors d’une cérémonie à la Sorbone (Photo capture d’écran)

Une femme s’avance au pupitre pour lire un poème de Gauvain Sers dédié à Samuel Paty :

Puis, c’est au tour d’une élève de s’installer au pupitre pour lire la lettre de Camus à son instituteur, Louis Germain :

Cher Monsieur Germain,
J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.
Je vous embrasse, de toutes mes forces.
Albert Camus


Le Président de la République, Emmanuel Macron, avec tout autant de gravité que d’émotion précise, en ouvrant son hommage à Samuel Paty, qu’il n’aura pas de mots pour les terroristes : « Ce soir, je ne parlerai pas du cortège de terroristes, de leurs complices et de tous les lâches qui ont commis et rendu possible cet attentat. Je ne parlerai pas de ceux qui ont livré son nom aux barbares. Ils ne le méritent pas ». Car, ce soir déclare le président de la République : « Je veux parler de votre fils. Je veux parler de votre frère, de votre oncle, de celui que vous avez aimé, de ton père. Ce soir, je veux parler de votre collègue, de votre professeur, tombé parce qu’il avait fait le choix d’enseigner, assassiné parce qu’il avait décidé d’apprendre à ses élèves à devenir citoyens ». Et d’évoquer un homme qui « aimait les livres, le savoir plus que tout. (...). Ses plus beaux cadeaux étaient des livres pour apprendre. Il aimait les livres pour transmettre à ses élèves comme à ses proches la passion de la connaissance, le goût de la liberté ». Alors, poursuit-il : « Ne pouvait-on trouver meilleur endroit que la Sorbonne, notre lieu de savoir universel depuis plus de huit siècles, le lieu de l’humanisme, pour que la nation puisse lui rende cet hommage ? ».
Et de rendre hommage à l’enseignant qu’il était : « Nous avons tous, ancré dans nos cœurs, dans nos mémoires, le souvenir d’un professeur qui a changé le cours de notre existence. Vous savez, cet instituteur qui nous a appris à lire, à compter, à nous faire confiance. Cet enseignant qui ne nous a pas seulement transmis un savoir, mais nous a ouvert un chemin. Samuel Paty était de ceux-là, de ses professeurs que l’on n’oublie pas, de ces passionnés capables de passer des nuits à apprendre l’histoire, un professeur qui se remettait mille fois en question, comme pour un cours sur la liberté d’expression et la liberté de conscience qu’il préparait depuis juillet. »

« Faire des républicains »

« Faire des républicains, c’était le combat de Samuel Paty », poursuit le Président de la République et, c’est cette tâche, aujourd’hui, « qui peut paraître titanesque, notamment là où la violence, l’intimidation, parfois la résignation, prennent le dessus. Elle est plus essentielle, plus actuelle que jamais », indique-t-il. Et de s’adresser aux enseignants : « Dans chaque école, chaque collège, dans chaque lycée, nous redonnerons aux professeurs le pouvoir de faire des républicains, la place et l’autorité qui leur reviennent, nous les formerons, les considèrerons, comme nous les protégerons autant qu’il le faudra, dans l’école comme hors de l’école ».

« Pourquoi Samuel Paty fut-il tué ? »

Emmanuel Macron s’interroge : « Pourquoi Samuel Paty fut-il tué ? Vendredi soir, j’ai cru à la folie aléatoire, à l’arbitraire absurde. Une victime de plus du terrorisme gratuit. Après tout, il n’était pas la cible principale. Il n’était pas l’ennemi de la religion dont ils se servent. Il avait lu le Coran et respecté ses élèves, quel que soit leur croyance. Il s’intéressait à la civilisation musulmane. Non, tout au contraire, Samuel Paty fut tué précisément pour tout cela, parce qu’il incarnait la République qui renaît chaque jour dans les salles de classe. Samuel Paty fut tué parce que les islamistes veulent notre futur et qu’ils savent qu’avec des héros tranquilles comme lui, ils ne l’auront jamais. »
Alors, pour le président Macron : « Samuel Paty est devenu vendredi le visage de la République, de notre volonté de briser les terroristes. Nous défendrons la liberté que vous enseignez si bien et nous porterons haut la laïcité. Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins. Nous rappellerons que nos libertés ne tiennent que par la fin de la haine et de la violence, par le respect de l’autre ». Et de conclure son propos par un message de résistance : « Nous continuerons ce combat pour la liberté et pour la raison, dont vous êtes désormais le visage, parce que nous vous le devons. Parce qu’en France, professeur, les Lumières ne s’éteignent jamais ».
Anna CHAIRMANN

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