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Cinéma : ’Adieu monsieur Haffmann’ : Fred Cavayé signe un thriller intimiste d’après la pièce de Daguerre

dimanche 23 janvier 2022

Au départ une pièce signée Jean-Philippe Daguerre ayant remporté 4 Molières en 2018 : trois prix d’interprétation et le prix du meilleur spectacle du Théâtre Privé. Bouleversante plongée dans le Paris de l’Occupation, « Adieu monsieur Haffmann » dont nous avons salué ici la force, dessinait en creux une sorte de profession de foi de son auteur pour l’amour qui libère. Une constante dans son œuvre. Pour preuve « Le petit coiffeur » la pièce suivante de Jean-Philippe Daguerre où malgré la dureté du sujet (les femmes tondues durant guerre) se signalaient des personnages romantiques épris de passions, et de liberté.

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© Pathé

Voilà qu’aujourd’hui « Adieu monsieur Haffmann » devient un film. Signé Fred Cavayé il n’est en rien du théâtre filmé. De la pièce d’ailleurs il ne reste qu’un mince canevas tant le mot adaptation semble parfaitement convenir au travail du cinéaste. Ami avec Daguerre depuis plus de vingt ans, Fred Cavayé souhaitait dresser le portrait de collaborateurs sous l’Occupation. Il a pris des libertés avec la pièce : « Je vois la pièce et je découvre que ce n’est pas vraiment le sujet. Je me l’étais raconté tout seul ! Le texte était vraiment formidable mais j’avais envie de l’emmener ailleurs. Ce que Jean-Philippe m’a autorisé à faire en m’offrant toutes les libertés possibles. J’ai donc gardé le point de départ d’Adieu Monsieur Haffmann et fait évoluer les personnages différemment, surtout celui de François ». Résultat un monsieur Haffmann fort peu sympathique et surtout troublant dans ses choix ô combien surprenants.

Gilles Lellouche exceptionnel en salaud

Paris 1941. François Mercier (Gilles Lellouche) est un homme ordinaire qui n’aspire qu’à fonder une famille avec la femme qu’il aime, Blanche (poignante Sarah Giraudeau). Il est aussi l’employé d’un joaillier talentueux, M. Haffmann (Daniel Auteuil), contraint de vivre dans la cave de sa bijouterie parce qu’il est juif. Mais, face à l’occupation allemande, les deux hommes n’auront d’autre choix que de conclure un accord dont les conséquences, au fil des mois, bouleverseront le destin de nos trois personnages. C’est même un étrange marché que propose Mercier à son patron. Puisqu’il n’arrive pas à avoir un enfant, c’est monsieur Haffmann, qui sera chargé de mettre sa femme enceinte.

Alors que débarque dans la joaillerie un officier nazi (incarné par Nikolai Kinski, le fils de Klaus Kinski) venu se faire fabriquer de somptueux bijoux, la position morale de Mercier se trouve chamboulée. S’ensuivra une situation dramatique et surtout très romanesque. Gilles Lellouche est exceptionnel de densité comme le fut d’ailleurs mais sur un autre registre Charles Lelaure et Grigori Baquet les comédiens jouant en alternance sur la pièce.

C’est la troisième fois après « A bout portant » et « Mea Culpa » que Fred Cavayé fait appel au comédien. Le réalisateur confie : « Je suis ultra fan de lui. Je sais depuis longtemps que c’est un immense comédien et je trouvais intéressant de lui faire jouer un salaud pour qu’il puisse montrer autre chose que ce que l’on connaît déjà de lui. ». A ses côtés Daniel Auteuil, qui remplace le bouleversant Alexandre Bonstein dans le rôle d’Haffmann, s’est imposé d’emblée comme une évidence : « Il y a un truc qui me fascine au cinéma, c’est la rencontre de "monstres" de cinéma, dit le cinéaste. Et franchement, Daniel fait partie des patrons ! La rencontre de ces deux-là, au sommet de leur génération, me passionnait. En plus Daniel étant plus âgé, leur rapport hiérarchique s’établissait naturellement. » Gilles Lellouche était quant à lui extrêmement impressionné de lui donner la réplique : « Pour commencer il faut savoir que, quand je suis arrivé à Paris pour entrer au Cours Florent, Daniel Auteuil était au firmament de sa gloire et du cinéma français. Il y avait Depardieu et lui. Daniel a nourri mon envie d’être acteur avec une exigence incroyable. » Le résultat à l’écran relève de la perfection absolue. On pourra cependant être surpris par la tournure des événements développés par Cavayé. Étonnés aussi de voir comment la pièce a pris une autre route mais on sera favorablement impressionnés par la mise en scène non théâtrale du film, la qualité de sa photo, la puissance de son projet, la précision de sa reconstitution historique et la cohérence de son propos. Et on applaudira au final l’ensemble structurant de ce thriller intimiste de haute tenue et extrêmement émouvant où Fred Cavayé montre une fois encore qu’il est un talentueux cinéaste.
Jean-Rémi BARLAND

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