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Cinéma : Star Trek ou la puissance de l’espérance malgré les désillusions du Progrès ! par Eric Delbecque

samedi 3 septembre 2016

L’univers de Star Trek se caractérise par son optimisme. Même confrontés aux pires situations, les membres de Starfleet ne renoncèrent jamais aux croyances, aux valeurs et aux rêves de la Fédération des planètes unies. L’armada des séries et des films qui occupent régulièrement nos écrans depuis les années soixante incarne cette part optimiste de la science fiction qui se nourrit de l’espérance du siècle des Lumières et du culte de la raison et de la science. Elle n’évacue pas pour autant de manière sectaire toute évocation du surnaturel et peut à l’occasion se nourrir fortement de mysticisme en bâtissant même des intrigues enracinées dans la dimension spirituelle, religieuse de l’humanité (cf Star Trek Deep Space Nine).

Mais elle porte d’abord le rêve du Progrès continu de l’espèce humaine. Pure expression de passion prométhéenne, elle matérialise notre désir individuel et collectif de découverte et de conquête pacifique, c’est-à-dire d’exploration et nouveaux territoires, physiques et virtuels. Un solide humanisme s’en dégage. En résumé, on peut dire que Star Trek condense tous les plus beaux mythes et les plus nobles idéologies que l’homme porte en lui depuis l’Antiquité gréco-romaine.

Star Trek : Sans limites (startrek-lefilm.fr), réalisé par Justin Lin, joue avec ces codes. Dédié à la mémoire de Leonard Nimoy (décédé durant la préproduction du film, en février 2015) et à celle d’Anton Yelchin, qui joue Pavel Chekov (décédé peu de temps avant la sortie du film, en juin 2016), cet opus (le treizième film de l’univers de la saga, et le troisième de la série issue du reboot initié en 2009 avec la sortie de Star Trek de J. J. Abrams) présente deux spécificités. Tout d’abord, il marque les cinquante ans de cette aventure cinématographique et télévisuelle ; ensuite, il remet en cause la tendance fondamentale de Gene Roddenberry à placer tous ses espoirs en l’avenir et en la paix. Ceci à travers trois dynamiques au sein de l’intrigue.

Tout d’abord, le Capitaine Kirk (Chris Pine) fait preuve d’une grande lassitude. Il s’interroge sur le sens de sa mission, échouant à trouver le sens d’un projet qui postule que l’on doit découvrir de nouveaux mondes et de nouvelles civilisations dans un univers infini. Le découragement le dévore au fur et à mesure, tant cette ambition paraît infantile devant un univers dépourvu de limites. Après trois ans dans l’espace à bord de l’USS Enterprise, le mythe américain de la Frontière n’agit plus sur lui car il prend conscience que cette aventure ne peut jamais se clore, et qu’elle le conduit à renoncer à jouir des fruits de la vie et du présent. De surcroît, il découvre bien souvent des planètes où règne la violence, et se voit impliqué dans des conflits interstellaires parfois séculaires. Dès le début du film, l’exemple nous en est donné à travers la mission d’ambassadeur de James T. Kirt. Celui-ci essaie de jouer les médiateurs entre deux peuples ennemis : pour toute récompense, il reçoit des coups de la part de ses interlocuteurs. Constatant qu’il est déjà plus vieux que son père lorsque ce dernier décéda, il confie son malaise au docteur Léonard McCoy (Karl Urban). Arrivé à la station spatiale Yorktown, Kirk pose sa candidature pour devenir vice-amiral, afin de ne plus commander un bâtiment spatial.

Deuxièmement, après la destruction de sa planète, Vulcain, Spock (Zachary Quinto) tend à se replier sur sa culture d’origine et met fin à sa relation amoureuse avec Nyota Uhura (Zoe Saldana). Il pense que ce devoir lui impose de s’unir à une vulcaine pour éviter de contribuer à la fin de son espèce. Spock traduit ici un débat très actuel sur la nature de l’identité.

Troisièmement, le film interroge le pilier fondateur de la Fédération des planètes, c’est-à-dire la promotion de la paix universelle et le refus de la guerre. Exposons quelques éléments clefs de l’intrigue pour creuser ce point. L’ennemi qui s’attaque ici à la gigantesque station spatiale Yorktown, peuplée de millions d’âmes, s’appelle Krall (Idris Elba) mais son véritable nom est Balthazar Edison, capitaine du USS Franklin, dont on a perdu la trace depuis plus de cent ans et honoré comme un héros disparu au cours des premières années d’exploration spatiale de Starfleet. En réalité, Edison était un ancien des forces spéciales qui n’avait jamais vraiment « digéré » d’intégrer la flotte et de renoncer à son statut de soldat. Perdu sur une planète éloignée de la Terre, considérant que lui et son équipage avaient été abandonnés, il se mit à haïr la Fédération et ses valeurs.

S’appropriant la technologie extraterrestre présente sur le monde où il échoua, afin de prolonger sa vie, il sombra progressivement dans la folie et décida de détruire les vaisseaux de Starfleet et la station Yorktown. A la suite d’un appel de détresse qui est en fait un piège, Kirk part secourir l’équipage dans une nébuleuse inexplorée et dangereuse. Une fois la ceinture d’astéroïdes franchie, le vaisseau USS Enterprise est déchiqueté par une flotte de petits vaisseaux composant un essaim. Le chef des assaillants, Krall, débarque dans le vaisseau dans le but de récupérer un artefact en possession de Kirk, qui se révèle une arme puissante. Évacuant vers la planète de Krall, les membres de l’équipage de l’Enterprise sont capturés, à l’exception de Kirk, McCoy, Spock, Chekov et Scotty. Ceux-ci, avec l’aide de Jaylah (Sofia Boutella), une extraterrestre cherchant également à échapper aux hommes de Krall, vont délivrer les membres de Starfleet.

Ils réussissent à quitter la planète en réparant l’USS Franklin d’Edison et parviennent à neutraliser les vaisseaux de Krall avant qu’ils détruisent Yorktown. Mais Krall parvint à s’introduire dans cette dernière ; Kirk réussit à l’éjecter dans le vide spatial avant qu’il n’annihile la station.

Quel était le vrai but de Krall ? Redonner de la force aux planètes de la Fédération en lui démontrant que ses valeurs pacifiques ainsi que son obsession de l’union mène au déclin, que seule la guerre entretient la vigueur et la puissance de peuples que l’autonomie renforce et que l’alliance avec d’autres détruit. Comment ne pas voir là un écho à notre époque chaotique où la communauté internationale parvient de moins en moins à favoriser les logiques de coopérations entre les nations ? Krall incarne tous les bellicistes et les terroristes du moment.

Bien évidemment, que les fans se rassurent, Kirk retrouve le moral et demeure Capitaine d’un USS Entreprise-A qui reprend le flambeau du précédent et prestigieux vaisseau ! Spock se reprend lui aussi, poursuit sa relation avec Uhura et demeure dans l’équipage de son ami James. Quant à Jaylah, elle est acceptée à l’Académie de Starfleet sur recommandation de Scotty et symbolise l’avenir et la solidité des valeurs de la Fédération.

Au final, un film divertissant où l’on prend plaisir à admirer les décors de Thomas E. Sanders, les costumes de Sanja Milkovic Hays et la photographie de Stephen F. Windon. Et la musique de Michael Giacchino accompagne l’action avec pertinence. Mais surtout une affirmation acharnée des valeurs clefs de l’humanisme, malgré toutes les angoisses que suscite ce siècle, malgré nos tentations de l’abandon et nos désillusions !

Eric DELBECQUE - Chef du département intelligence stratégique de SIFARIS et Président de l’ACSE - Auteur de : Idéologie sécuritaire et société de surveillance (Vuibert) - intelligences-croisees.com

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