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Conférence régionale consultative Paca : Être d’accord pour ne pas être d’accord

lundi 16 mai 2016

Christian Estrosi, le président LR de la région Paca vient de mettre en place la Conférence régionale consultative entouré de ces trois prédécesseurs -qui coprésident avec lui cette instance- : Michel Vauzelle, PS, Jean-Claude Gaudin, LR et Michel Pezet, PS. Conférence qui répond à un engagement de campagne, après un premier tour qui avait vu le FN arriver en tête avec 40,55% des voix devant Christian Estrosi, 26,46% et Christophe Castaner, 16,59% des voix ce dernier avait finalement annoncé son retrait lors de la soirée électorale. Christian Estrosi évoque alors la résistance et annonce sa volonté de mettre en place une structure consultative afin de faire vivre la démocratie, de permettre à ceux qui ont fait le choix de se retirer de s’exprimer. Une première réunion qui aura permis à l’opposition de s’opposer, d’exprimer avec force son désaccord avec les mesures prises par la nouvelle majorité, d’afficher son mécontentement face au premier budget, d’entendre les messages forts de la société civile et du monde des cultes. Un espace de démocratie naît et il peut donner de beaux fruits.

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Christian Estrosi entouré de l’ensemble de ses prédecesseurs Michel Pezet, Jean-Claude Gaudin, Michel Vauzelle (Photo Jean-Pierre Garufi)
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Une première : Un aréopage de présidents qui attire l’attention (Photo Michel Caire)

Christian Estrosi en ouvrant la séance d’installation de la Conférence régionale consultative ne manque pas d’évoquer ce contexte des régionales en Paca, de remercier Christophe Castaner pour son attitude et les électeurs « de tous bords qui ont souhaité éviter une tache noire sur la Provence, sur les Alpes et sur la Côte-d’Azur. Ils ont refusé l’affront national pour notre Région ». Et d’affirmer : « Lorsque le 6 décembre dernier j’ai utilisé le mot de résistance, le gaulliste que je suis l’a fait en mesurant le poids. La résistance c’était un combat, bien sûr, mais c’est aussi un état d’esprit ».

« Je mesure le sacrifice »

« Je mesure, poursuit-il, le sacrifice que renoncer à siéger au sein de l’hémicycle régional peut représenter  ». Avant de préciser : « Mais, pour que les choses soient bien claires, face à ceux qui mentent et calomnient, rien, absolument rien, n’a été demandé ou offert en échange car les principes républicains ne se marchandent pas ». Pour le président de la Région : « Faire ce choix, ce n’était pas la collusion des intérêts particuliers. Ce choix c’était faire primer l’intérêt général et les électeurs ne s’y sont pas trompés ». Il prend, alors, ses distances avec Jacques Chirac et, encore plus, sans pour autant les nommer, avec le tenants du "Ni-Ni" : « Je ne voulais pas faire comme si rien ne s’était passé pendant ces élections. Je ne voulais pas, à mon tour, tomber dans l’écueil qui fût celui de Jacques Chirac en 2002. Malgré toute l’estime que j’ai pour l’ancien Président de la République, je pense qu’avoir refusé de voir celles et ceux qui ne partageaient pas nos idées et qui pourtant se sont mobilisés et ont voté pour lui était une erreur ». « Dire cela, prévient-il, ce n’est en rien renier les différences et les divergences que nous avons. Le 13 décembre 2015, les électeurs de gauche qui ont voté pour nous n’étaient pas devenus "estrosistes" et je n’étais pas devenu socialiste. Vous le savez tous, je suis et je reste un homme de droite, un gaulliste social. Et je vais vous dire, je revendique mes désaccords avec les socialistes et, il est naturel qu’ils fassent de même. Ces désaccords, nous les retrouvons dans nos actions respectives ».

« Comment peut-on si jeune ne rien incarner de plus que la vieillesse des idées ? »

Il en vient à une critique sans concession du FN : « Le Front national voudrait faire croire aux Français que la droite et la gauche c’est la même chose ; qu’au fond tout se vaut et que rien ne nous différencie. Si tel était le cas, alors cette Conférence Régionale Consultative n’aurait pas lieu d’être. Si tel était le cas, alors les représentants de la gauche ne seraient pas là aujourd’hui dans cet hémicycle. Votre présence aujourd’hui est un démenti cinglant à ceux qui n’aiment ni la République, ni la démocratie. Et je vais vous dire la vérité, lorsque j’entends qu’une jeune femme qui prétend incarner la jeunesse en politique déclare, il y a quelques jours seulement, être je cite : "saoulée par les valeurs de la République", je suis attristé. Comment peut-on si jeune ne rien incarner de plus que la vieillesse des idées ? Car pour nous tous ici, la République, ce n’est ni l’ennemi à abattre comme le déclarent ceux qui ont choisi de pas prendre part à cette conférence ni une simple place. La République c’est une exigence quotidienne et des principes avec lesquels on ne transige pas ». Il affirme ensuite que seuls le FN et Lutte Ouvrière ont refusé de participer à cette conférence : « Preuve s’il en fallait encore une que les extrémistes ont peur du débats d’idées et ne veulent surtout pas prendre le risque d’apporter des solutions concrètes pour améliorer la vie quotidienne des Français ».
« Je souhaite, avance Christian Estrosi, que cette Conférence soit un lieu où vit la liberté d’expression, un lieu de créativité. C’est pourquoi j’ai également souhaité associer la société civile. Par-delà l’engagement de certains d’entre vous, chefs d’entreprises, acteurs, directeurs de théâtres, prêtes, rabbins, imams, pendant la campagne pour défendre notre développement économique, notre culture et nos libertés, notamment celle de croire ou de ne pas croire, j’estime qu’il est indispensable d’abattre le mur qui s’est peu à peu érigé entre le monde politique et la société civile. La défiance des Français vis-à-vis de leur classe politique est aujourd’hui si grande, que personne ne peut penser que l’on pourra continuer dans les années à venir à fonctionner comme ce fût le cas jadis au siècle passé  ». Il prévient enfin : « Certains me reprochent de ne pas avoir tenu cette réunion avant la présentation de notre budget primitif. Si tel n’a pas été le cas c’est que tous les groupes ne m’avaient pas donné les noms de leurs représentants et que la Loi nous imposait de voter ce document avant le 15 avril ».

« La démocratie est en péril. La souveraineté n’appartient plus au Peuple »

Michel Vauzelle, son prédécesseur, PS, salue le geste républicain de Christian Estrosi. Puis d’évoquer les 50% d’abstention, le FN en tête au premier tour. Il rend hommage à son tour à la liste de Christophe Castaner « qui a fait le choix difficile et courageux de se retirer ». Il reviendra ensuite sur l’action de sa majorité « d’union de la gauche » 18 ans durant à la présidence de l’institution. « Nous avons voulu développer l’économie et protéger les plus faibles ». Précise son propos : « Avec des moyens budgétaires de plus en plus restreints nous avons lutter contre l’ultra-libéralisme ; contre un modèle mondialisé inspiré par de grands groupes ». Il ne manque pas de prendre la défense de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). « Elle représente 10% des emplois régionaux, c’est une chance qu’il faut préserver, développer ». Évoque la jeunesse : « Il faut lui permettre de vivre dignement ». Puis, de tirer le signal d’alarme : « La démocratie est en péril. La souveraineté n’appartient plus au Peuple. Et nous sommes dans une crise économique, sociale, mais aussi morale ». Il en vient à la Méditerranée : « Nous avons agi avec détermination pour la paix et la coopération en Méditerranée ». Un sujet d’autant plus important qu’« il n’existe plus de frontières entre ce qui relève du ministre de la Défense et ce qui se passe à l’intérieur de nos propres frontières ».

« Il importe de redonner un souffle à cette région »

Jean-Claude Gaudin s’adresse à son tour à Christophe Castaner : « Je sais qu’il n’est pas facile, lorsque l’on a un projet, qu’on le défend, de se retirer. L’intérêt général et les valeurs de la République ont primé et cela a conduit à la victoire de Christian Estrosi ». Maintenant, considère-t-il : « Il importe de faire vivre et de donner sens à cette instance car, l’avenir de la région dépend de notre capacité à jouer collectif ».
Michel Pezet salue à son tour « le geste qui a permis à notre région de ne pas tomber dans la caricature car c’est bien de cela dont il s’agit ». Selon lui : « Il importe de redonner un souffle à cette région ».
Place est donné à l’intervention des 11 groupes qui composent la Conférence. Le Parti socialiste, ouvrira le débat. Il fait le choix de parler à trois voix, Christophe Castaner, Ladislas Polsky et Gaëlle Lenfant. Leur critique est sans concession. Christophe Castaner dénonce : « La liberté d’expression est réduite à 10 minutes par groupe et nous nous réunissons après le vote du budget primitif. Peut-être aviez-vous peur que nous nous étonnions de la baisse du budget pour l’emploi...  ». Le propos, s’il est critique, se veut tout autant constructif : « Nous espérons trouver ici un cadre de discussion. Nous ferons des propositions pour qu’il en aille ainsi. Nous souhaitons dans ce cadre disposer de l’ensemble des documents avant les plénières ». Ladislas Polsky indique pour sa part : « Nombre d’électeurs nous ont reproché de nous être retirés ; ils sont nombreux à penser que ce retrait a permis une victoire artificielle. Alors imprégnez-vous des valeurs du gaullisme social, privilégiez le long terme et l’intérêt national, soutenez l’économie régionale ». Gaëlle Lenfant exprime sa plus vive inquiétude à propos de la politique conduite en direction des femmes ; met en exergue la politique menée par la précédente majorité en matière de réduction des inégalités entre les hommes et les femmes.
Sophie Camard, Région Coopérative, lance : « Vous avez été élu avec des voix, dont la mienne après des nuits d’insomnie, et, le moins que l’on puisse dire c’est que nous ne sommes pas devant un budget de résistant mais bien devant un budget de régression avec des thématiques sécuritaires, identitaires ; un retard sur le logement social, la réduction du budget des lycées et l’abandon, en matière de transport, de la priorité du rail sur la route ». Luc Léandri, pour ce même groupe, poursuit, s’adressant au Président de Région : « Lorsque je vous entends dire que cela va mieux pour les TER j’ai l’impression d’entendre François Hollande s’exprimer sur la situation économique du pays ».

« Le camp démocratique est obligé de travailler ensemble »

Les interventions se succèdent, c’est au tour du sociologue Jean Viard, société civile, de prendre la parole. « Face à la montée de l’abstention et du FN nous avons tous échoué. Alors, il nous faut faire attention à ne pas rester le nez dans le guidon. Si nous sommes là c’est pour partager cet échec ». Considère : « Nous sommes dans une époque de changement du monde qui n’a jamais été connu jusque là et, la vitesse de transformation est telle qu’elle peut terrifier. Mesure-t-on que 65% des enfants qui sont nés cette année, le sont hors mariage. C’est une révolution civilisationnelle. On parle d’immigration en oubliant de regarder les 2 millions d’enfants en déshérence. Mais, dans le même temps, il ne faut pas ignorer les 3 milliards d’Hommes connectés sur la planète ». Des données qui, selon le sociologue « nous disent que les citoyens sont les premiers à changer ils ne sont donc pas uniquement des objets du changement ». Puis de noter : « Aujourd’hui 61% des richesses se créent dans les métropoles, nous avons la chance d’en avoir deux dans notre région ». Alors, pour lui : « Nous devons apprendre à nous écouter, à écouter les chercheurs, voir comment redonner confiance à nos concitoyens, comment leur redonner des fiertés. Comprenons que le camp démocratique est obligé de travailler ensemble et nous allons apprendre des choses ».
Dans le monde de tensions, de rejet de l’Autre, d’exclusion, dans lequel nous vivons, le monde des cultes a envoyé un message d’espoir. Ce groupe est composé de catholiques, juifs, musulmans, orthodoxes et protestants. Et c’est à Lucien Samak, Président du Consistoire israélite régional qu’est revenu de prendre la parole pour tous : « Nous sommes là parce que nous défendons les valeurs de la République. Nous faisons parties de toutes les structures politiques...ou plutôt de presque toutes. Nous serons là pour dire ce qui ne va pas, à nos yeux, dans le fonctionnement du bien-vivre ensemble et ce qu’il faudrait pour renforcer ce bien-vivre ».
Alors, peut-être, cette Conférence consultative peut offrir un moment d’intelligence collective, renouer des liens entre le politique et le citoyen.
Michel CAIRE

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