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Covid-19. Les grands acteurs de la société civile ont la parole. Sébastien Chaze : "Nous plaidons pour une prime de redémarrage d’un montant de 3 000 € à verser à chaque travailleur indépendant dès la fin du fonds d’urgence (...) "

vendredi 22 mai 2020

Nous avons décidé de poser les mêmes questions à plusieurs acteurs de la société civile de Provence-Alpes-Côte d’Azur pour savoir comment ils avaient vécu le confinement, et surtout ce qu’ils entendent proposer concrètement comme mesures à prendre au plus vite pour combattre les autres crises qui vont apparaître -après l’actuelle sur le plan sanitaire -à savoir économique, sociale... Sébastien Chaze, le directeur régional de l’Adie en Provence-Alpes-Côte d’Azur, a accepté de se prêter à l’exercice. L’Adie est une association française reconnue d’utilité publique qui accompagne et finance des personnes éloignées du marché du travail, ne pouvant pas avoir accès au crédit bancaire traditionnel afin de créer ou développer leur activité professionnelle. L’association défend l’idée que chacun, même sans capital de départ et sans diplôme, peut devenir entrepreneur si on lui permet d’avoir accès au crédit et à un accompagnement professionnel personnalisé. L’Adie s’intéresse à des porteurs d’un projet d’emploi, indépendant ou salarié, en leur octroyant un prêt professionnel pouvant aller jusqu’à 10 000 €, ou un prêt mobilité jusqu’à 5 000 €. Pour rappel, la démarche de cette rubrique, sur l’idée et lancée par Daniel Boccardi, est que les lecteurs puissent comparer différentes visions.

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Sébastien Chaze, directeur régional de l’Adie en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Photo Robert Poulain)

Destimed : Comment avez-vous vécu le confinement sur un plan personnel et familial ?
Sébastien Chaze : C’est une séquence qui s’achève. Une séquence où il aura fallu mixer entre la vie familiale et la vie professionnelle en un même lieu. Sur un plan familial, nous résidons dans le quartier de la Plaine, à Marseille. Comme tout le monde, nous n’étions pas préparés à ce confinement. A la maison, on peut dire que nous avons plutôt bien su gérer cette période, notamment pour nous occuper des leçons à donner aux enfants. Les enseignants sont souvent critiqués -la critique est un sport national en France- mais on a pu se rendre compte de leur travail. J’ai constaté beaucoup d’adaptation des enseignants pendant cette période, avec le souci de toujours faire face aux responsabilités. Pour l’Adie, à partir du 17 mars, nous avons basculé en télétravail. Nos conseillers étant équipés d’un portable, cela a pu être vite effectif. Nous avons rapidement fermé les bureaux et axé notre travail sur l’accompagnement de nos entrepreneurs plutôt que sur de nouveaux aidés. Il y avait urgence à faire en sorte que les entreprises s’en sortent, s’en remettent. Chacune de nos près de 2 000 entreprises, suivie par un conseiller, a été appelée, sur 15 jours, pour faire le point. La décision a été prise aussi de reporter les échéances chaque mois. L’Adie a encore vite décidé d’apporter 1M€ de fonds propres : une réponse indispensable à la situation. Un fonds spécialement débloqués par l’Adie au niveau national, pour des prêts en remboursement différé jusqu’à 1 000€ à un taux de 5 %. Il faut en effet rappeler que les dispositifs d’aides de l’État n’ont été stabilisés que fin mars. Chez nos micro-entrepreneurs, il y a eu, à la fois, de l’inquiétude et de l’incertitude. Comme le fait de ne pas savoir de quelle aide allait pouvoir bénéficier ceux qui ne rentrent pas dans le dispositif ? Surtout pour les entrepreneurs qui viennent de se lancer et ne peuvent pas avancer une perte par rapport à leur activité il y a un an.

Quelles sont les 3 principales mesures que vous attendez du gouvernement dès la sortie de la crise sanitaire ?
Entre le 7 et le 14 avril, 1 650 de nos clients entrepreneurs ont répondu à une enquête nationale de l’Adie sur le confinement. Les résultats : 96 % avaient dû cesser totalement ou partiellement leur activité. 75 % se disaient totalement à l’arrêt. 80 % en grande difficulté pour la suite. Seulement la moitié devait pouvoir bénéficier de l’aide financière plafonnée à 1 500 € du fonds de solidarité. Un entrepreneur sur 5 ne savait pas s’il en était éligible. La moitié n’avait donc pas pu rentrer dans le dispositif pour le report des charges, et un peu plus de la moitié estimait ne pas pouvoir continuer leur activité. Le travailleur indépendant était déjà très fragile les derniers mois. Depuis les dernières semaines, il est touché de plein fouet… Nous avons aussi maintenu notre aide financière jusqu’à la fin du mois de mai. Pour les mesures à prendre, nous plaidons pour une prime de redémarrage d’un montant de 3 000 € à verser à chaque travailleur indépendant, dès la fin du fonds d’urgence. Car les indépendants auront davantage besoin de fonds propres que d’accès aux prêts. Le gouvernement fédéral allemand a montré l’exemple en mettant en route dans ce sens une aide fédérale individuelle de 9 000 €. Il faudrait s’en inspirer, car ne rien faire et ne rien prévoir, c’est voir le chômage augmenter. Nous plaidons encore sur des dispositifs concertés d’exonérations et de reports en matière fiscal. Je milite aussi pour un retour de l’Acre (Aide à la création ou à la reprise d’une entreprise NDLR) , car nos entrepreneurs vont avoir besoin d’être encore plus encouragés. Au niveau local, il est aussi nécessaire de reconstituer les outils de financement, sous forme de prêt à 0 %, afin de donner du temps aux entrepreneurs. Sous la forme de prêts d’honneur sans intérêts, avec un différé de remboursement. Et ce pour permettre au plus grand nombre de refaire les stocks et relancer l’activité avec de la trésorerie. Nous avons déjà pris cette voie, et nous sommes aidés pour cela par plusieurs grandes banques mutualistes, comme la Banque Populaire Méditerranée, mais aussi par la Région Sud, via le Fier (Fonds d’Investissement pour les Entreprises de la RégionNDLR). Une enveloppe totale de 2M€ au niveau régional devrait être bouclée pour ainsi accompagner des projets de relance qui devraient concerner la moitié de nos 2 000 entreprises régionales. Le prêt sera compris entre 1 000 et 10 000 €.

Comment voyez-vous le monde de demain : des grands changements seront-ils obligatoires, ou alors n’y croyez-vous pas ?
Par rapport aux dernières crises de différentes sortes connues les dernières années, celle-ci, avec sa dimension sanitaire, est plus concrète que les autres car elle nous touche, tous, dans notre vie personnelle, familiale, professionnelle… Je pense aussi qu’elle pourrait cette fois-ci entraîner des changements positifs voire même salvateurs pour notre économie, notre environnement, notre vie sociale. Il y avait notamment un mouvement métropolitain qui écrasait un peu tous les autres territoires depuis les dernières décennies. Avec cette crise, les villes moyennes vont peut-être retrouver de l’attraction et des habitants. Nous le pensions déjà à l’Adie avant cette crise sanitaire et le confinement, et la réflexion est encore plus vraie aujourd’hui : les zones rurales doivent avoir un rôle très important à jouer pour la cohésion sociale et territoriale. Il faut pour cela encourager et soutenir ceux qui ont l’envie d’y entreprendre. Avec l’idée, aussi, de donner le maximum de chances, à tous, pour pourvoir entreprendre là ou l’on vit.
Propos recueillis par Bruno Angelica
Plus d’info sur : adie.org

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