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Covid-19. Les grands acteurs de la société civile ont la parole. Wilfried Meynet : "Il est temps de sortir du système ultralibéral, dangereux pour la planète. L’une des clés est de considérer toujours plus le mécénat comme une source de financement"

mardi 19 mai 2020

Nous avons décidé de poser les mêmes questions à plusieurs acteurs de la société civile de Provence-Alpes-Côte d’Azur pour savoir comment ils avaient vécu le confinement, et surtout ce qu’ils entendent proposer concrètement comme mesures à prendre au plus vite pour combattre les autres crises qui vont apparaître -après l’actuelle sur le plan sanitaire -à savoir économique, sociale... Wilfried Meynet, avocat au barreau de Marseille, membre du cabinet d’avocats associés : Alcyaconseil, a accepté de se prêter à l’exercice. Il est spécialisé en droit de l’économie sociale et solidaire, droit associatif, droit du sport et droit patrimonial. Il intervient régulièrement sur des problématiques juridiques et fiscales relatives à la création, l’organisation et la restructuration des différentes structures de l’économie sociale et solidaire (associations, fondations, fonds de dotation, coopératives, mutuelles, entrepreneurs sociaux, …), et conseille des clubs sportifs professionnels et amateurs. Pour rappel, la démarche de cette rubrique, lancée par Daniel Boccardi, est que les lecteurs puissent comparer les différentes visions.

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Wilfried Meynet, avocat au barreau de Marseille spécialisé en droit de l’économie sociale et solidaire, droit associatif, droit du sport et droit patrimonial (Photo D.R.)

Destimed : Comment avez-vous vécu le confinement sur un plan personnel et familial ?
Wilfried Meynet : Ce fut une période que l’on pourrait définir comme déconcertante. Petit à petit, à l’exemple de la manière de procéder pour le télétravail, nous avons pu nous y habituer. Au sujet du télétravail, on a pu se rendre compte qu’il fallait l’organiser au mieux, avec plusieurs conditions optimales à réunir afin qu’il puisse s’avérer efficace. Sur le plan privé, j’ai pu davantage profiter et m’occuper de ma famille. Ce confinement a ainsi procuré des parenthèses agréables au niveau social. Je dois habituellement beaucoup me déplacer pour mon activité. J’ai dû changer les habitudes, et cela n’a pas été désagréable. Ce que je retiens se situe encore au niveau de l’information, de la manière de s’informer. On a pu voir et entendre que chacun pouvait être expert et avoir des avis sur tout, comme sur les chaînes infos. Des avis sur tout et n’importe quoi… Je me suis forcé aussi à me réhabituer à une information lente. A travers la lecture, par exemple, du journal Le 1, d’Eric Fottorino, qui offre des articles de fond et de vraies réflexions. Cette habitude de m’informer ainsi restera. Notre activité étant surtout basée sur le conseil, le contentieux, notre cabinet a été moins impacté que d’autres par la crise sanitaire. Nous nous sommes vite organisés pour sécuriser nos collaborateurs vis-à-vis des salaires, pour mettre des ordinateurs à disposition afin de travailler de son domicile. Nous sommes 60 avocats dans notre structure, avec des présences dans le grand Sud-Est du pays : sur Marseille, Lyon, Saint-Étienne, Avignon ou Grenoble.

Quelles sont les 3 principales mesures que vous attendez du gouvernement dès la sortie de la crise sanitaire ?
Je tiens d’abord à préciser que nous sommes toujours en crise sanitaire, au moins jusqu’en juillet. Nous nous occupons beaucoup de clients dans le secteur de l’Économie sociale et solidaire. Elle couvre les domaines de la culture, du sport, des associations, du médico-social… Et je constate qu’il a fallu attendre une telle crise pour voir un peu plus sur le devant de la scène les acteurs de cette économie, trop souvent comparée à une pompe à subventions pour ne servir à rien… Pourtant, c’est tout le contraire. Et l’un des mérites de cette crise a été de s’en apercevoir. L’économie sociale et solidaire, ce n’est pas un coup de pompon. Elle porte les valeurs du respect des salariés, l’idée de libérer les énergies. Il m’apparaît indispensable de laisser de plus en plus de places et d’espaces à cette économie. Capable de faire naître et développer, qui plus est, des emplois toujours locaux et non délocalisables. Cette économie porte en elle une multitude d’activités de proximité, créant du lien social, et on a pu voir combien ce lien était important, central, pour soutenir les gens dans cette crise. La loi Hamon avait permis de commencer à encadrer l’économie sociale et solidaire. Il faut aller maintenant franchement dans cette direction, pour lui donner plus de reconnaissance. Autre attente : celle de considérer les services publics non plus comme une dette, mais comme un investissement. La politique du chiffre, cela ne marche pas, c’est un très mauvais calcul. Cette crise le prouve. Il faut aussi changer d’attitude à l’égard du monde associatif. Il a clairement montré qu’il était toujours debout depuis les derniers mois.
Comment voyez-vous le monde de demain : des grands changements seront-ils obligatoires, ou alors n’y croyez-vous pas ?
Mon principal point de vue sur cette crise est qu’elle montre la dangerosité d’une économie ultralibérale, fondée toujours sur le profit à faire prospérer. La crise de la finance, en 2008, avait fait espérer des changements, mais ils ne sont jamais arrivés… Bien au contraire, après coup, on était repartis comme en 40 ! Je pense qu’il est temps que les acteurs de la société civile reprennent les choses en main. Il est temps de sortir de ce système ultralibéral qui a été érigé en modèle alors même qu’il avait été directement à l’origine de milliers de morts dans plusieurs dictatures d’Amérique du Sud, par exemple. Ce système est dangereux pour la planète. C’est aujourd’hui un peu plus une évidence. Il faut passer à autre chose. Toute la pensée issue de cette école de Chicago, apparue dans les années 70, est à oublier. L’État ne doit plus penser que la loi invisible du marché est capable de tout régenter. Il faudrait mettre un terme définitif à cette idée. L’une des clés est de considérer à l’avenir toujours plus le mécénat comme une source de financement. On pourrait le favoriser encore davantage. Les derniers temps, au contraire, le mécénat a connu une restriction dans ses possibilités. Il faut aller dans l’autre sens. L’élargir au plus grand nombre d’entreprises. Il y a, à la différence du profit derrière l’ultralibéralisme, l’idée de générosité derrière le mécénat. Toute la clé pour sortir par le haut de la crise est là : susciter la générosité et non plus le profit. Et tout ce qui touche le domaine des activités, emplois, autour de la générosité, doit être vu à l’avenir comme un formidable outil de développement économique et social. Il faut travailler dans ce sens.
Propos recueillis par Bruno ANGELICA

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