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Démission de Michèle Rubirola : "Il faut être à 300 % pour être maire de Marseille. Je ne suis qu’à 150%"

mardi 15 décembre 2020

Le Printemps Marseillais, construction politique inédite, garde ferme le cap en continuant à faire de l’inédit. Michèle Rubirola, 64 ans, a annoncé sa décision de démissionner de son poste de Maire ce mardi 15 décembre. En accord avec le groupe Printemps Marseillais Benoît Payan devrait lui succéder lundi.

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Michèle Rubirola propose que son siège revienne à son Premier adjoint Benoît Payan (Photo Mireille Bianciotto)

Après une réunion du groupe Printemps Marseillais (regroupant notamment socialistes, communistes, écologistes et non encartés) Michèle Rubirola a annoncé sa démission du poste de maire de Marseille et signifié qu’elle entend voir- avec le soutien unanime du groupe Printemps Marseillais- Benoît Payan, son Premier adjoint, lui succéder. Elle-même prenant les fonctions de Premier adjoint : « Il faut être à 300 % pour être Maire de Marseille. Je ne suis qu’à 150% », avance-t-elle. Et de mettre en exergue trois éléments pour expliquer sa décision : la Covid 19, son état de santé et « une situation financière plus calamiteuse encore que nous ne pouvions l’imaginer ». Et de lancer : « Je n’ai pas été élue pour occuper un bureau, ni pour jouir d’une place et de ses attributs. Je n’ai jamais cherché le pouvoir pour lui même. Je suis une militante et une porteuse de projets ». Avant de mettre en avant le binôme qu’elle forme avec Benoît Payan -lequel avait accepté de retirer sa candidature pour être tête de liste du Printemps Marseillais au profit de Michèle Rubirola. Un retrait qui avait permis la constitution de cette liste avant « une élection municipale (qui) a tourné une page dans l’histoire de Marseille. Une page d’affairisme et de clientélisme, une période de gestion trouble, opaque et inefficace ». Michèle Rubirola revendique pleinement et personnellement ce choix. « C’est le choix d’une militante et d’une femme libre. C’est un choix en responsabilité et en conscience ».

« L’usage voudrait qu’on s’accroche au pouvoir comme l’arapède à son rocher »

Michèle Rubirola est consciente que son geste « soulèvera des doutes et des questions. Pas au sein de notre majorité, mais à l’extérieur. Je sais que l’usage voudrait qu’on s’accroche au pouvoir comme l’arapède à son rocher. Les commentateurs imagineront des complots, des manœuvres de coulisses, que sais-je encore ? ». Elle entend déjà les commentaires, elle s’explique donc. Avant toute chose elle ne renie rien de ces mois passés à la tête de la ville. Elle évoque une majorité : « diverse et engagée. Elle n’est pas classique. Elle ressemble à Marseille, elle est chaleureuse et plurielle, elle est frondeuse et fraternelle. Depuis le 4 juillet, elle gouverne la ville avec énergie et ferveur. Elle étonne, elle dérange, parfois elle déstabilise. Tant mieux ». Elle se dit également fière du travail accompli : « Depuis juillet, nous avons agi pour la justice et l’égalité ». Soulignant notamment l’habitat indigne, le droit au logement, les travaux dans les écoles... « Nous avons mis un terme à la braderie du patrimoine de la Ville au profit de logiques spéculatives. Nous avons recruté des policiers municipaux pour assurer le droit à la tranquillité et à la sécurité dans notre ville. Nous nous sommes mobilisés face à la situation sanitaire, en démultipliant notre action sociale, pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion ».

« Nous traversons des convulsions que personne n’aurait pu prédire »

Elle rappelle s’être engagée, le 4 juillet, « à agir selon l’intérêt des Marseillaises et des Marseillais, et à leur tenir toujours un langage de vérité ». Une parole donnée, qui, selon elle, la conduit à sa démission du poste de Maire. Rappelle que, depuis les premiers mois de 2020, beaucoup de choses ont changé. « Nous traversons des convulsions que personne n’aurait pu prédire. Nous affrontons une crise sanitaire violente, une crise économique brutale, et des souffrances sociales profondes ». Elle ajoute : « J’ai connu, avant l’été, de premières difficultés liées à ma santé. J’ai dû subir à la fin du mois de septembre une intervention chirurgicale. J’ai été transparente sur ce sujet ». Des épreuves qui, si elles ne « l’empêchent pas de servir les Marseillaises et les Marseillais », limitent « l’énergie que je peux mobiliser, contraignent le temps que je peux consacrer à mes missions ». Elle parle enfin de l’état dans lequel : « Nous avons découvert notre collectivité. Elle a été abandonnée. Notre ville est dans une situation financière plus calamiteuse encore que nous ne pouvions l’imaginer. Nos capacités d’investissement sont atrophiées, nos finances sont exsangues, les ressources humaines ont été administrées sans cohérence, notre patrimoine est dégradé ».

« Depuis 1945, Marseille n’a jamais été aussi près de sombrer »

Pour Michèle Rubirola : « Depuis 1945, Marseille n’a jamais été aussi près de sombrer ». Elle avoue ne pas se sentir la plus adaptée pour affronter cette situation de crises. Elle indique avoir pris cette décision « en conscience de ce que je sais faire, en conscience de ce à quoi je peux être utile, en conscience des atouts de notre équipe, et en conscience de l’intérêt supérieur des Marseillaises et des Marseillais ». Fait un parallèle : « Je suis médecin. Il y a en médecine des spécialistes du quotidien, du temps long, et il y a des urgentistes. Je suis de la première catégorie, et c’est de la seconde dont nous avons besoin tout de suite à Marseille ». Elle ajoute : « C’est aussi parce qu’il n’y a pas en politique d’homme ou de femme providentiel. Nous sommes une équipe. Celui ou celle qui la mène doit être celui qui correspond le mieux au moment ». Pour elle la ville a choisi « un projet, plus qu’un visage ». Note : « Je sais que cette réalité déconcerte et interroge. Je sais que le duo que nous formons avec Benoît Payan intrigue. Ce que nous accomplirons ensemble dissipera les doutes ». Précise encore : « Nous avons été élus pour transformer notre ville. Je crois à notre projet. Et je suis bien plus attachée à ce projet, qu’à un titre. Je sais aujourd’hui que pour que nous réussissions, pour que nous soyons plus efficaces tout de suite, ce n’est plus à moi de mener notre collectif ». Elle conclut son intervention : « Je veux donner toutes ses chances à ma ville. Toutes ses chances de se redresser, toutes ses chances de se développer, toutes ses chances de rayonner ».

Intervention de Michèle Rubirola

Olivia Fortin, adjointe en charge de la modernisation, du fonctionnement, de la transparence et de la qualité des services municipaux revient sur l’évolution de la situation pour expliquer la décision de Michèle Rubirola. « Elle nous a dit avoir besoin de prendre des responsabilités un peu moins de premier plan... »

Jean-Marc Coppola adjoint en charge de la culture pour toutes et tous, de la création et du patrimoine culturel ajoute à ces crises la situation de la mairie de Marseille, après 25 années aux mains de la droite : « Quand on ouvre les placards, c’est encore pire que ce que l’on imaginait ». Il ajoute que le groupe a fait preuve « d’une très grande cohésion, de tristesse et de respect de la décision prise. C’est une décision courageuse »...

Olivia Fortin insiste sur le fait que Benoît Payan est « tout à fait légitime » pour la fonction de Maire

Elle précise encore, pour couper court à des rumeurs : « Je ne suis pas candidate, je ne l’ai jamais été. Être capitaine en ces temps de tempête nécessite de le vouloir et en être capable. Je suis tout à fait partante pour suivre ce binôme inversé »

Pour Jean-Marc Coppola comme pour Olivia Fortin, ce qui importe c’est de garder le cap.

Mireille BIANCIOTTO (son) -Michel CAIRE (rédaction)

Printemps Marseillais : soutien unanime à Benoît Payan
Michèle Rubirola a informé les élu.es du groupe, de son souhait de quitter ses fonctions. Cette décision est difficile et courageuse et nous la respectons. Fidèle à sa volonté de prendre soin des Marseillaises et des Marseillais, elle souhaite aujourd’hui s’inscrire dans un autre rôle au sein de la mairie. Le Printemps Marseillais a été élu à la tête d’une ville abandonnée et meurtrie par 25 années de laisser-aller. Depuis notre élection, nous constatons jour après jour les immenses défis qui vont être les nôtres pendant 6 ans et l’urgence de se défaire des schémas du passé. Notre force réside dans le collectif que nous avons réussi à rassembler : sa diversité, son énergie et sa détermination. Nous soutenons unanimement sa volonté de voir Benoît Payan dès demain continuer de porter notre projet et notre collectif à la tête de la Mairie. Ensemble, avec Michèle Rubirola et Benoît Payan, nous poursuivrons notre travail pour faire de Marseille une ville plus juste, plus verte et plus démocratique.

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