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Des élus Marseillais lancent "Éluthon" pour inciter tous les élus du pays à verser 10 % de leur indemnité à une association

vendredi 31 juillet 2020

« Dans l’esprit du Téléthon  », explique Victor-Hugo Espinosa, nouvel adjoint Divers Gauche au maire des 15e et 16e arrondissements de Marseille. Ainsi à Marseille cinq élus de gauche ont officiellement lancé le mercredi 29 juillet, l’opération : « Éluthon » avec un slogan : « Des paroles aux actes : je suis élu.e et je donne 10 % de mon indemnité à l’association de mon choix ». Les instigateurs de la démarche, qui est une première dans ce cadre en France, expliquent son fonctionnement.

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Autour de l’écran où s’affiche le slogan de l’"Éluthon", opération qui se veut nationale de gauche à droite les élus de la nouvelle majorité de gauche à la Ville : Victor-Hugo Espinosa, Chahidati Soihili, Tamara Beard et Zoubida Menguenni (Photo B.A.)

« Quand j’étais élu d’arrondissements, puis au conseil communautaire, j’ai le plus souvent constaté que les élus qui gagnaient le plus et cumulaient les mandats ne venaient pas siéger. La nouvelle majorité municipalité de gauche à Marseille entend que la manière de faire de la politique change, désormais, dans cette ville, comme ailleurs. Nos citoyens n’ont jamais été aussi en attente d’une plus grande transparence de leurs élus. On est à un tournant, d’où notre initiative », indique Victor-Hugo Espinosa. Un dispositif qui a vu le jour durant la dernière campagne des municipales à Marseille, lorsque « les candidats écologistes se sont engagés, à travers une charte, à verser une fois élus, 10 % de leur indemnité à une association de leur choix », raconte Victor-Hugo Espinosa avant de signifier : « Je suis pour la transparence et pour l’exemplarité des élus, c’est pour cette raison que je les invite à passer des paroles aux actes et à agir en accord avec leurs convictions. Il ne s’agit pas de donner des subventions aux associations, de redistribuer des moyens qui viennent des citoyens vers d’autres citoyens. Là, c’est autre chose, c’est un geste personnel. » Il tient à rappeler que « tous les élus écologistes de Debout Marseille : EELV, Génération Écologique, Alliance Écologie Indépendante… s’y étaient engagés. Et je n’ai aucun doute que les élus des autres partis, et notamment les nombreux élus du Printemps Marseillais : PS, PC, société civile, participeront aussi à cette belle campagne. Car tous sont évidemment invités à y participer. » Il décrit le processus : « Selon le ministère de l’Intérieur, les indemnités de fonction brutes mensuelles des adjoints sont de 1 711,34 € pour les communes de 50 000 à 99 999 habitants, et de 2 819,82 € pour celles de plus de 200 000 habitants. A titre d’exemple, un élu indemnisé de 1 000 € par mois, en participant à cette campagne, donnera 10 % de son indemnité, soit 100 € par mois, pendant la durée de son mandat de 6 ans. Sur la durée totale du mandat, cela représentera approximativement 7 200 € de dons cumulés pour l’association qu’il aura choisie. »

« Cette somme versée peut leur permettre de payer des travaux. Il faut encore savoir que 100 euros par mois donnés à une association, ce peut être aussi un complément de salaire pour un emploi aidé. »

L’opération lancée, qui est une grande première dans le pays, est d’inciter un maximum d’élus de tous bords à Marseille et dans toute la France à s’engager sur la durée pour une à deux associations locales ou nationales de leur choix. « Si la grande majorité des élus à Marseille participaient à cette campagne, insiste-t-il, le tissu associatif percevrait au moins un million d’euros. Et si la grande majorité des élus de Marseille, Lyon, Paris, Grenoble, Strasbourg, Bordeaux … y participaient, il recevrait plusieurs millions d’euros.  » Afin que l’initiative puisse attirer au plus vite d’autres élus et soit la plus encadrée possible, elle s’accompagne déjà d’une pétition sur le site : change.org. Chaque élu donateur doit s’engager à travers un formulaire précis : « Je suis élu(e) indemnisé(e) et m’engage à donner 10 % de mes indemnités nettes à une association de mon choix. J’accepte de paraître dans la liste des donateurs et je suis prêt(e) à donner les justificatifs nécessaires, qui témoignent de ce prélèvement mensuel. Ce don se fera par prélèvement mensuel et pendant toute la durée de mon mandat. » Chaque don sera basé « sur la confiance et la bonne foi  ». L’association Anticor, fondée en juin 2002 par Éric Halphen et Séverine Tessier « pour lutter contre la corruption et rétablir l’éthique en politique  », devrait être partenaire de l’initiative pour vérifier la transparence et la traçabilité des donations. La liste des élus donateurs sera affichée et régulièrement réactualisée sur le site d’Ecoforum et la plate-forme change.org eluthon. Victor-Hugo Espinosa a décidé de verser une partie de ses dons à Amnesty International. Il s’en explique : « Au Chili, pendant la dictature du Général Pinochet, j’ai été emprisonné et torturé. "Amnesty International" m’a permis d’obtenir l’asile politique en France en 1978, pour me sauver la vie ! Aujourd’hui, c’est pour les remercier que je choisis de leur verser 5 % de mes indemnités d’élu. » Il annonce vouloir verser 5 % aux Restos du Cœur. Zoubida Menguenni, conseillère municipale de Marseille, élue dans les 1er et 7e arrondissements, a été l’une des premières à le suivre. « Je suis issue de la société civile et me suis présentée pour Debout Marseille au 1er tour des municipales, avant d’être sur la liste du Printemps Marseillais au second tour. Je conçois mon engagement politique avec des priorités : les plus importantes sont de rester soi-même, honnête vis-à-vis des gens qui nous ont élus. Je veux donner pour ma part à une association locale marseillaise : "l’Abri Parental". Comme les premiers élus qui s’engagent dans l’initiative, autour de Victor-Hugo, je ne suis pas riche. Je me suis engagée pour une politique sociale, et pas autre chose. Les citoyens attendent ça. Avec la baisse des subventions, les associations sont en grande difficulté à l’heure actuelle. Cette somme versée peut leur permettre de payer des travaux. Il faut encore savoir que 100 euros par mois donnés à une association, ce peut être aussi un complément de salaire pour un emploi aidé. » Chahidati Soihili, adjointe au maire des 15e-16e, élue pour Debout Marseille, enchaîne : « Je n’avais jamais fait de la politique auparavant. J’ai été bénévole pendant 5 ans aux "Petits Frères des Pauvres", dans les 15-16. En tant qu’élus, nous devons avoir conscience que nous avons une grosse responsabilité vis-à-vis des gens. Donner 10 % de mon indemnité, pour moi, c’est logique, et c’est le minimum. Je donnerai en plus, d’ailleurs, pour d’autres associations locales. Je considère que c’est un principe d’équité. Dans les 15-16, leur besoin est énorme… Si plusieurs élus cumulent les mandats et comme le dit Victor-Hugo ne viennent pas siéger ensuite pour honorer leurs fonctions, nous, nous cumulons les difficultés dans les nos quartiers Nord à Marseille... »

« Le moment est venu que les élus écologistes montrent l’exemple et ne déçoivent pas tous ces gens qui leur ont fait confiance en votant pour eux »

Tamara Beard, nouvelle adjointe de gauche au maire des 15e-16e, a également choisi de donner pour l’association : Les Chats du Lacydon. « [Je suis aussi issue de la société civile, je suis arrivée à Marseille il y a 20 ans. Pour moi, c’est une évidence de partager ce que l’on obtient. Et je considère qu’il est très important de penser à aider les animaux. Un don de 100 euros par mois à cette association permet la stérilisation de 12 chattes à l’année. Dans ces quartiers Nord de Marseille, il faut savoir que le sort des animaux de compagnie est devenu un véritable problème de santé publique aujourd’hui. » Alexandre Rupnik (EELV), adjoint au maire des 6e-8e à Marseille, avait choisi au départ de donner pour Greenpeace, qui a cependant refusé le don. Il a décidé finalement de choisir une association marseillaise : Les Fadas Bucoliques, « pour un projet qui répond au besoin d’optimiser la production alimentaire à l’aide d’un minimum de ressources ». L’esprit de l’initiative lancée est ainsi décrit à travers ces premiers témoignages. S’occuper pour un élu d’une association dans un tel cadre, suivi, peut également s’avérer être une belle opportunité médiatique de montrer ce que l’association entreprend, au quotidien, afin de susciter davantage d’intérêt autour d’elle et lui permettre d’attirer d’autres dons de particuliers. Victor-Hugo Espinosa précise : « Je viens de contacter la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola, pour la faire participer à l’opération. Le mouvement est lancé ! Nous, les cinq premiers élus instigateurs, allons permettre, sur notre mandat de 6 ans, de récolter environ 50 000 euros pour toutes nos associations choisies. Les élus écologistes sont passés pour la première fois en aussi grand nombre un peu partout à Marseille et dans le pays. Le moment est venu qu’ils montrent l’exemple et ne déçoivent pas tous ces gens qui leur ont fait confiance en votant pour eux. Dans le cas contraire, je pense qu’ils ne repasseront plus, à l’avenir. » C’est Zoubida Menguenni qui conclut sur une note optimiste pour la suite de l’aventure -qui devrait rapidement faire parler d’elle- sur Marseille et ailleurs :« Les premiers ressentis des autres élus locaux au sujet de notre initiative sont très bons. Je pense qu’une prise de conscience s’est faite, est en route. »
Bruno ANGELICA

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