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École ’Les Floralies’ d’Aix. Nathalie Miravette et ses deux complices de ’Lougarouve’ sont venues écouter un hommage à Anne Sylvestre

dimanche 11 décembre 2022

Ils sont venus dans sa classe, Renaud Capuçon, Eric-Emmanuel Schmitt, François Berléand, Philippe Caubère, Philippe Torreton, Alain Mabanckou, Paule Constant, Lorant Deutsch, Romane Bohringer, Macha Makeïeff, Richard Martin, Caroline Proust, François Morel, Olivier Saladin, Pascal Rénéric, Pierre Assouline, Françoise Chandernagor, Michel Bühler, Romain Didier, Antoine Sahler, Charles Berling, Jean d’Ormesson, Benoît Dorémus, Marie Nimier, Didier Decoin, Roger Hanin, Dominique Bluzet, Raymond Jean, Peter Berling, Alain Gerber, Pierre Magnan, Michel Déon, Marie Chaix, Anne Sylvestre, bien sûr, surtout, et tant d’autres, collection fantastique des artistes et intellectuels de notre temps que Jean-Rémi Barland fait connaître à ses élèves, leur donnant à percevoir concrètement que l’art et la pensée ne sont pas inaccessibles ni réservés à d’autres.

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Le 9 décembre, CM2 école primaire, Les Floralies, Aix-en-Provence (Photo J.-R. B.)

Lorsque apprendre est une joie

Neuf décembre, huit heures et demie, deuxième étage de l’école Les Floralies d’Aix-en-Provence, une effervescence particulière anime le couloir et la classe. Curieuse salle de classe : les tables des élèves ont disparu, reste le bureau du maître calé dans un angle de la pièce, un ordinateur ouvert sur des fichiers musicaux projette sur l’écran qui recouvre le tableau une photographie d’Anne Sylvestre. Trois enfants vérifient que tout est en place. Ils sont en sixième et reviennent pour l’événement prêter main forte à leur instituteur de CM2, Jean-Rémi Barland. Ils savent à quel point il voue une passion profonde à la chanteuse-auteur-compositrice récemment disparue. « Barbara est la plus grande, mais Anne Sylvestre est la seule  » se plaît-il à répéter. Aux CM2 de l’année se mêlent les « anciens » (en sixième au collège Minier), on remodèle les ordres de passage, certains sont arrivés avec des textes, des chansons. Le spectacle conçu pour accueillir les trois invitées du jour est prêt, les bancs installés pour les élèves de part et d’autre de la pièce, les chaises attendent les spectateurs. Les voilà, quelques journalistes, des représentants de l’Éducation nationale et les trois artistes qui ont donné la veille leur spectacle au Petit Duc, Mille reflets d’Anne Sylvestre, Nathalie Miravette dont le piano accompagna la chanteuse depuis 2010, Rapahëlle Saudinos et Isabelle Turschwell. Au début, seul le « public » est là. Entrent trois sixièmes qui entonnent a cappella Si je ne parle pas d’Anne Sylvestre. Et tout est formulé ici : « Ce n’est pas bavarder que je viens faire ici / Si j’ai chanté, c’est pour ne plus me taire / Pour moi, chanter c’était mieux que parler... »

C’est par son art que l’artiste s’adresse au monde. L’interprétation de toute création appartient à celui qui la reçoit, et c’est au cœur de ce double mouvement que se construisent les œuvres. C’est ensuite Sur un fil joué en duo, « Il a peut-être peur ou bien peut-être pas (…) / Mais il marche pourtant », l’image du funambule est celle de l’artiste, mais aussi de notre condition humaine. Répond cette chanson « Après le théâtre », chanté en chœur par l’ensemble des enfants qui entrent par petits groupes au fil des couplets. Eux aussi ont « (retrouvé leurs) oripeaux (…) plus vrais que (leur) peau ». « Y a-t-il une vie après le théâtre ? » les jeunes interprètes s’approprient cette interrogation et le dernier vers « Y a-t-il une vie sans le théâtre ? », devrait, on le leur souhaite, être prémonitoire de leur vie d’adulte.

En trois chants, les fondations d’une pédagogie, d’un art de vivre, de penser librement, sont posées. Entrelacés aux chansons d’Anne Sylvestre, quelques morceaux choisis, dont la célébrissime Tirade du nez de Cyrano dont chaque strophe est jouée -et avec quelle verve ! -, par un élève différent. La parole circule d’un bord à l’autre de la classe en un rythme soutenu, devient polyphonique, atteignant l’universel, dans cette démarche qui rend tangible la nécessité du partage de l’art, communion indispensable à son existence.

Les émotions et le sens se conjuguent ici avec intelligence, invisible la leçon se donne, les textes sont non seulement parfaitement appris, il n’y a aucune erreur, aucune hésitation dans le déroulé du spectacle, mais compris, les intonations, les phrasés sont justes, même si le trac se sent dans le débit parfois trop précipité de certains. Les artistes en herbe tiennent la scène durant une heure au cours de laquelle les spectateurs , touchés, ne retiennent pas leurs larmes. Le bis est demandé avec enthousiasme : « Y’a pas de retraite pour les artistes » (Anne Sylvestre et Gauvain Sers) et Manèges, la chanson titre de l’album posthume d’Anne Sylvestre sorti le 25 novembre.

« C’est extraordinaire ce que vous nous avez donné, sourit Raphaëlle Saudinos, Anne Sylvestre était là, avec nous. Et elle sera là pour longtemps grâce à tout ce que vous avez véhiculé ici. Vous nous prouvez que le répertoire "adulte" d’Anne Sylvestre est universel quel que soit le pays ou les époques. » Les trois artistes se plient au jeu des dédicaces (leur instituteur a offert un exemplaire de Manèges à chaque enfant) et des questions pertinentes qui surprennent parfois même le maître, chanson préférée, pourquoi Lougarouve… « la chanson préférée dépend des situations, des moments, en fait, il y a toujours au moins une chanson d’Anne Sylvestre pour chaque époque de la vie… "Lougarouve" est un mot créé par Anne Sylvestre et retrouvé dans un de ses derniers cahiers pour une chanson qu’elle n’a pas eu le temps de terminer. Pierre Margot, son metteur en scène nous l’a proposé. Comme c’est un mot qu’elle a forgé il avait du sens pour nous et nous l’avons adopté pour désigner notre trio » explique Nathalie Miravette.

Lorsque le message de vie d’Anne Sylvestre est évoqué, elle si libre parce qu’elle « n’avait pas de sac », se dégagent les notions d’humanité, de partage, d’universalité… « Elle a bien fait de devenir chanteuse ! », s’exclame un enfant. On sourit. Le trio Lougarouve offre à son tour des chansons, Les grandes balades, Ça ne se voit pas du tout... Les enfants reprennent en chœur sur le piano Cœur battant avant la dernière surprise : l’école réunie en entier dans le hall chante Manèges. L’expérience de l’art par sa fréquentation et sa pratique qui en fait percevoir la charge de travail et de passion est mise en œuvre ici. Quelle belle manière de grandir !
Maryvonne COLOMBANI

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