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Entretien. Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France : "Il y a des antisémites qui se cachent derrière l’antisionisme"

jeudi 4 avril 2019

Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France était à Marseille, le 2 avril, à Nice puis à Monaco le 3 avril dans le cadre du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et Israël. Lors de ce déplacement dans le Sud de la France, elle a répondu aux questions de Destimed.

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Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France était à Marseille (Photo Robert Poulain)

Destimed : Madame l’Ambassadeur, dans quel cadre se place votre visite notamment à quelques jours des législatives en Israël ?
Aliza Bin-Noun : Lorsque ce voyage a été programmé nous ne savions pas que des élections auraient lieu. En fait, dès mon arrivée nous avions décidé, dans le cadre du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et Israël d’organiser des manifestations à Marseille, Nice, Lille, Nancy et Lyon. Nous commençons par Marseille avec l’exposition Colorfood de Dan Lev, l’un de principaux photographes culinaires en Israël. Puis à Monaco pour l’installation du Consul honoraire d’Israël avant de participer à un débat sur l’eau à Nice.

Cette visite a lieu alors que nous assistons à une montée de l’antisémitisme en France et en Europe. D’où vient, selon vous, ce phénomène, comment lutter contre ?
Après la Shoah comment imaginer que nous serions encore confrontés à l’antisémitisme ? Ce défi devrait avoir disparu depuis longtemps. Malheureusement tel n’est pas le cas avec une montée de 74% des faits antisémites en France. Et cela va jusqu’à la mort de personnes pour la simple raison qu’elles sont juives. C’est dramatique. Il y a des Juifs en France qui sont inquiets, 7 000 sont partis en 2015 en Israël et ils étaient 3 000 l’an dernier. On assiste à la montée d’un antisémitisme qui vient de l’extrême-droite, de la mouvance islamiste et de l’extrême-gauche. Et comment ne pas voir qu’il y a des antisémites qui se cachent derrière l’antisionisme. On peut, c’est la démocratie, critiquer le gouvernement israélien, mais nier le droit même d’Israël à exister relève de l’antisémitisme. Le Président Macron le mesure tout à fait puisqu’il a déclaré lors du dîner du Crif, en février, que l’antisionisme était une forme réinventée de l’antisémitisme. Il a, à ce propos, annoncé que la France, ainsi que ses partenaires européens, mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah. Il a également annoncé qu’une élue LREM déposerait une proposition de loi pour lutter contre la haine sur Internet. Et comment ignorer l’importance de l’éducation dans cette lutte contre l’antisémitisme. Dans ce cadre cette Région bénéficie d’un atout : la Fondation du Camp des Milles.

Quel regard portez-vous sur les relations entre la France et Israël ?
Nos relations sont bonnes. Même s’il en est pour souligner nos différences il existe une grande amitié entre la France et Israël. Nous avons de nombreuses coopérations dans les domaines sécuritaire, économique, scientifique, technologique et culturel. Et les Hommes politiques que j’ai pu rencontrer se sont tous montrés très sensibles à la question de la sécurité d’Israël. Le Gouvernement est perçu comme un ami même si nous ne sommes pas d’accord sur tout. Nous avons des discussions et cela est très fructueux.

Le 9 avril des élections vont avoir lieu en Israël. Le Pays devrait se retrouver avec une forte majorité de droite, comment expliquez-vous cela ?
Il faut bien mesurer à quel point la sécurité est une question centrale en Israël. Comment pourrait-il en aller autrement avec d’une part la montée de l’antisémitisme et d’autre part l’Iran qui est la plus grande menace qui pèse sur le Proche-Orient. Aujourd’hui l’Iran et ces alliés tel que le Hezbollah pointent pas moins de 120 000 missiles en direction d’Israël, du Liban et de Syrie. Des missiles qui sont équipés de technologies de plus en plus de pointe. Et, il ne faut pas oublier les attaques du Hamas et Daech qui est présent en Égypte malgré la coopération que nous entretenons avec ce pays. Je dois dire que cette menace iranienne a conduit à un rapprochement d’Israël avec certains pays du Golfe. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou s’est ainsi rendu il y a quelques mois à Oman. Concernant la Syrie nous avons, dès le début de la guerre civile, annoncé que nous n’interviendrions pas, tout en précisant qu’il y avait pour nous trois lignes rouges à ne pas franchir sous peine de riposte : nous ne pouvons pas tolérer un renforcement de la présence iranienne en Syrie, pas plus que des tirs sur Israël ou des livraisons d’armes en Syrie ou au Liban. Et ces lignes n’ont pas bougé, chaque fois qu’elles sont franchies nous réagissons.

Mais ces menaces, ce risque sécuritaire, ne conduisent-ils pas à une remise en cause des valeurs démocratiques qui ont fondé ce pays avec la ministre de la Justice Ayelet Shaked qui a promis que si son parti devait rester au gouvernement, elle s’en prendrait aux pouvoirs de la Cour Suprême ?
Israël est une démocratie. Elle trouve que la Cour Suprême à trop de pouvoirs. C’est elle qui le dit, dans le cadre de la campagne. Elle utilise sa liberté d’expression et puis nous verrons le résultat des élections. Les 120 sièges de la Knesset sont pourvus au scrutin proportionnel plurinominal avec listes bloquées ce qui implique des coalitions, un accord entre les différents partis.

La paix avec les Palestiniens semble s’éloigner...
Il y a eu plusieurs temps forts, les accords d’Oslo notamment, mais aussi les propositions d’Ehud Olmert qui avait fait des concessions dont certaines étaient douloureuses mais aucun accord n’a pu être trouvé avec Mahmoud Abbas. Aujourd’hui, les négociations sont au point mort. L’Autorité palestinienne a fait le choix de donner des noms de rue à des terroristes, d’enseigner aux enfants la haine d’Israël et, à Gaza il y a le Hamas, une organisation reconnue comme terroriste par la France, qui ne reconnaît pas Monsieur Habbas et qui veut la destruction d’Israël. Avec qui pourrions-nous donc négocier ? Même si nous avons une certaine coopération avec l’Autorité palestinienne en matière de sécurité et si 100 000 Palestiniens viennent travailler en Israël. Nous voulons la paix mais pour cela il faut être deux.

Marseille est une ville où le dialogue intercultuel demeure. C’est la capitale d’une Région qui entend travailler avec toutes les rives de la Méditerranée et, entre autres, développer ses relations avec Israël. Est-ce que la question de l’installation d’un Consulat ne se repose pas ?
Nous avons été contraints de fermer ce Consulat pour des raisons économiques et c’est très dommage. Force est de constater que le Ministère des Affaires étrangères n’est pas sorti des difficultés économiques. Nous avons même dû fermer des Consulats aux États-Unis. Mais il est vrai que cette Région Provence-Alpes-Côte d’Azur est particulièrement importante pour nous.
Propos recueillis par Michel CAIRE

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