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Entretien. Georges Sérignac, Grand maître du Grand Orient de France : ’Être intransigeants sur les dérives, les petites lâchetés du quotidien ’

dimanche 6 juin 2021

Georges Sérignac, Grand maître du Grand Orient de France était sur le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence. Il a visité ce vendredi la Fondation du Camp des Milles avant de participer, ce samedi, au Congrès régional Sud du Grand Orient.

Georges Sérignac, 68 ans, vétérinaire en région parisienne, est marié, père de 4 enfants. Il a été élu, le 16 janvier 2021, pour un mandat de trois ans Grand maître du Grand Orient de France, la plus ancienne et la plus importante obédience maçonnique d’Europe continentale. En effet, né en 1728 comme Première Grande Loge de France, le Grand Orient a pris sa forme et son nom actuels en 1773. Aujourd’hui, il rassemble 53 000 membres inscrits dans 1372 Loges, contre 40 000 adhérents il y a six ans. L’âge médiant est de 49 ans.

Avant d’être élu Grand Maître Georges Sérignac a été président du Convent en 2014 et grand-maître adjoint de 2016 à 2019 en charge de République, école et laïcité. « Je suis là pour servir l’obédience, les loges, les renforcer, travailler à l’amélioration de la qualité de notre recrutement ce qui implique de mieux nous faire connaître et comprendre », explique-t-il avant de souligner : « Contrairement à ce qui peut être dit si tout est discret chez nous, rien n’est secret ». Et il tient à préciser : « Nul besoin de parrainage pour nous rejoindre, il suffit d’écrire à notre siège ». Entretien [1]


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Georges Sérignac, Grand maître du Grand Orient de France © GO

Destimed : Avant tout, pouvez-vous rappeler les valeurs du Grand Orient ?
Georges Serignac : Elles sont basées sur un triptyque dont vous avez sans doute entendu parler : Liberté, Égalité, Fraternité, démocratie. Nous sommes pour la République laïque, indivisible, sociale. C’est un socle qui ne peut pas changer. A partir de là, nous agissons en fonction des époques. Ainsi, lors de la deuxième moitié du XXe siècle nous avons participé à toutes les avancées : la contraception, la libération du corps de la femme, l’abolition de la peine de mort... Aujourd’hui nous sommes sensibilisés à la question du développement durable. Et, lors du confinement, nous nous sommes interrogés sur l’interruption de liberté. Entendons-nous bien, nous sommes dans un pays parfaitement démocratique mais nous nous sommes interrogés sur la question de perte de libertés au nom du bien commun.

Justement, nous sortons du confinement, comment le Grand Orient a vécu cette période ?
L’obédience a commencé par être stupéfaite par cette crise. Puis, nous avons commencé à nous organiser. Nous avons découvert la visio, un animal que nous avons su apprivoiser. Aujourd’hui, nous sommes devenus bons et grâce à cela nous avons pu maintenir nos liens. Par exemple, j’ai pu tenir tous les jours des réunions avec une vingtaine de vénérables maîtres même si l’appétence est grande de retrouver nos travaux en présentiel avec les agapes. Il est à noter que cette crise n’a eu aucune influence sur notre nombre d’adhérents.

« Ne plus accepter autour de soi des paroles de haine, de xénophobie, de racisme »

Vous êtes dans notre région, aujourd’hui, pour un Congrès régional, hier vous avez visité le camp des Milles. Qu’avez-vous ressenti ?
Je ne connaissais pas le Camp. J’ai été impressionné tant par les dimensions mémorielles que, historiques. Et je dois dire que le volet réflexif interpelle vraiment lorsque l’on voit la montée de l’extrême droite dans notre pays. Les inégalités et les fractures qui s’accroissent.

Comment pouvez-vous faire entendre votre voix pour stopper cette dérive ?
Notre parole passe par les 53 000 hommes et femmes qui composent le Grand Orient. Il importe déjà d’être intransigeants sur les dérives, les petites lâchetés du quotidien. Il ne faut plus accepter autour de soi des paroles de haine, de xénophobie, de racisme. Si on arrive à mettre fin à ces petites lâchetés alors on empêche que le terreau du pire prospère.

Aujourd’hui, les périls s’accroissent, nous mettent devant un devoir de nous opposer. Mais pas question pour nous de changer de méthode, de nous mettre à hurler, de faire le buzz. Nous devons continuer à travailler, avec rigueur. Mais, encore une fois, nous sommes conscients de vivre un moment qui peut être historique. Imaginez l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en France ; nous ne sommes pas n’importe quel Pays, nous sommes celui de la Révolution, des Droits de l’Homme, de la laïcité. Le séisme dépasserait nos frontières. Surtout qu’il ne faut pas s’y tromper, l’extrême droite essaie de se donner une respectabilité mais elle a gardé ses fondamentaux. Et nous pensons que, plutôt que de chasser sur ses terres, il importe de constituer un grand pôle laïque républicain. Sachant que, pour ce qui concerne nos propres rangs, notre ADN est la liberté de pensée et que seule est interdite l’appartenance à une organisation prônant la haine, la xénophobie, le racisme. Une fois ceci interdit nous avons toutes les sensibilités politiques.

« Notre ADN, démocratique, implique des mandats courts »

Quel est l’objectif de ce Congrès régional auquel vous allez participer tout à l’heure ?
128 loges sont réunis, peut-être seront-elles 129 à l’issue du congrès car une création est à l’étude. C’est là une question à l’ordre du jour ainsi que différents votes. Puis je suis là pour rendre des comptes, je répondrai à toutes les questions qui me sont posées. Chaque loge envoie un membre et la région Sud regroupe les Alpes de Haute-Provence et les Hautes-Alpes, les Bouches-du-Rhône, la Corse, la Sardaigne, la Sicile et des Loges d’Italie. Chaque région a, au minimum, trois congrès par an. Notre ADN, démocratique, implique des mandats courts. Le Grand Maître est ainsi élu pour trois ans et peut être réélu une fois. Chaque poste est soumis à élection. Et les vénérables sont élus pour un an. Nous avons donc une perte de compétences régulière mais, dans le même temps un souffle nouveau permanent qui se conjugue avec le très long terme que représente le travail des Loges, la pensée collective qui s’ y déploie.

Et concernant la mixité où en êtes-vous ?
Elle a été voté en 2010 et, depuis, le nombre de femmes ne cesse de croître dans nos rangs. Elles sont aujourd’hui 3 000 et, sur les 37 membres du Conseil de l’Ordre nous avons une femme et nous allons probablement en avoir une deuxième.
Propos recueillis par Michel CAIRE


La Commune, un moment fondateur et populaire

Le chef de l’État a honoré la mémoire de Napoléon aux Invalides, mais pas les 150 ans de la Commune, ce « moment fondateur et populaire » de la République, regrette, dans une tribune paru dans « Le Monde », Georges Sérignac, grand maître du Grand Orient de France. Au préalable, lors d’une cérémonie devant le mur des fédérés il devait notamment déclarer :

« La Commune décréta la séparation de l’Église et de l’État, la suppression du budget des cultes, la laïcisation des services publics et notamment des hôpitaux. Elle instaura le développement des bases de l’école laïque, instituant la gratuité, le droit pour les filles à l’instruction laïque et à la formation professionnelle créant les premières écoles primaires de filles.

La Commune, c’est aussi, l’égalité des salaires, le droit au divorce pour les femmes, l’égalité entre enfants légitimes et naturels, épouses et concubines et l’abolition de la prostitution.

On lui connaît de nombreux autres projets, pionniers de notre République, tels l’abolition de la peine de mort, la révocabilité des élus, la gratuité de la justice, le développement de modèles de coopératives de production, la réduction de la journée de travail, la suppression des amendes patronales, etc.

Comment ne pas voir apparaître en filigrane sous cette exigence d’égalité démocratique, de justice sociale et de solidarité, notre idéal maçonnique ? (...)
Pour autant, depuis quelques années, la vague républicaine s’affaiblit, laissant la place à un reflux risquant d’emporter avec lui nos valeurs les plus essentielles.

La République recule, laissant s’accroître les inégalités et les fractures sociales.
Des vents mauvais grondent, enflent et soufflent sur notre pays.
De plus en plus menaçants, ils s’accumulent, jour après jour, année après année.
Jusqu’où et jusqu’à quand ?

Le spectre d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite, avec son cortège de reculs démocratiques et républicains, est dans tous les esprits. Sur la place publique, les discours de haine et d’exclusion dont beaucoup pensaient la Nation prémunie, se multiplient, annonciateurs des plus sombres lendemains.

Complexité, retenue et nuance disparaissent du débat public, évincées par simplification, excès et outrance.

En miroir de l’extrême droite et la renforçant, le surgissement au premier plan de combats identitaires minoritaires de toute nature méconnaît le risque d’une fragmentation ».

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[1Cet entretien a eu lieu ce samedi 5 juin, pendant le Congrès régional

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