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Entretien : Martine Vassal adjointe au maire de Marseille en charge des relations internationales et européennes : "Nous avons pour ambition d’être la capitale européenne de la Méditerranée"

mercredi 20 août 2014

La ville de Marseille partira en octobre à la conquête de la Chine, par Shanghai, Chengdu et Shenzhen, avec des représentants des institutions, d’entrepreneurs et de municipalités de la future Métropole, déclare à Destimed Martine Vassal, adjointe au maire en charge des relations internationales et européennes.
Il s’agira d’un « premier exercice », vers le reste du monde, de ce qui pourrait être le « jouer collectif » au niveau de la Métropole quel que soit le bord politique et l’importance économique des participants. Elle veut élever cette visite de plus d’une centaine de personnes au rang de « test » et en faire la première démonstration du « travailler ensemble » et du « tous unis » pour rendre « attractif » ce territoire aux investisseurs potentiels.
Des éléments de langage de la municipalité de Marseille comme des slogans qui sont proches des aspirations des entreprises marseillaises invitées à être du voyage pour nouer des contacts, éventuellement signer des contrats et inviter les investisseurs chinois à leur rendre leur visite en considérant la métropole en projet comme une entité en cours de constitution. Entretien.

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(Photo Robert Poulain)

Dès la prise de vos nouvelles fonctions vous avez annoncé une relance des relations internationales. De quelle manière allez-vous opérer ?
Je pense qu’il faut tirer vers le haut Marseille et son territoire. Marseille sans son territoire est morte. Il faut raisonner à l’échelle d’une Métropole si l’on veut être concurrentiel. Les relations internationales de la Ville fonctionnent très bien. J’ai récupéré une délégation qui a été très bien menée sous la direction de Jacques Rocca-Serra. Il a fait un travail remarquable sur nos 37 accords de coopération, surtout sur le pourtour de la Méditerranée. Sachant que nous avons pour ambition d’être la Capitale Européenne de la Méditerranée.
C’est grâce à ces accords de coopération que l’on a eu des projets comme la Capitale Européenne de la Culture ; c’est peut être grâce à cela que nous serons demain Capitale Européenne du Sport 2017. On a questionné pas mal de maires, la coopération c’est une question de confiance et de relations que vous entretenez avec les autres partenaires. C’est donnant-donnant et gagnant-gagnant.
Dans la précédente mandature nous avions perdu la Communauté urbaine Marseille Provence métropole mais j’ai eu la chance d’être présidente de la Commission agglomération éco-responsable. A ce titre j’ai siégé au Conseil Mondial de l’Eau et je me suis occupée du Forum mondial de l’eau 2012. C’est là où j’ai commencé à prendre des contacts. Ayant depuis longtemps beaucoup voyagé à l’étranger et parlant bien anglais et italien, je connaissais un peu tous les intervenants. Une fois nommée aux relations internationales mes interlocuteurs d’alors m’ont recontactée.

Quelle est votre vision de la Métropole ?
Aujourd’hui, on travaille avec Didier Parakian et la Communauté urbaine pour parler d’une même voix. On ne peut pas attendre. Est-ce que la création de la Métropole sera effective au printemps 2016 ? Pour l’instant, on ne sait pas ce que l’on met dedans ni où va se situer le siège. Mais, il faut que l’on raisonne esprit métropolitain dès maintenant. On a déjà raté la Communauté urbaine dans les années 80 avec Defferre. (Gaston Defferre avait refusé la création d’une communauté urbaine voulant garder la main et craignant que Marseille soit mis en minorité dans une telle association par des municipalités alentours à majorité communiste, ndlr).
Prenez l’exemple de Lyon, de Lille de Bordeaux de Toulouse, ce sont des villes qui ont créé une Communauté urbaine il y a 30 ans. C’est sûr qu’ils ont 30 ans d’avance sur nous !

Comme le président de l’UPE13, Jean-Luc Chauvin vous plaidez pour la Métropole. Comment la faire accepter par des élus de votre bord politique qui la contestent ?
Je pense qu’aujourd’hui il faut que la Métropole soit mise en oeuvre, que les autres villes soient volontaires pour entrer à l’intérieur et, il faut avant tout travailler territoire.
Aujourd’hui à la Communauté Urbaine le président est dans la même mouvance que le maire de Marseille ce qui facilite quand même les choses. Mais derrière il y a des zones. Si on raisonne uniquement Marseille intramuros on n’y arrivera pas. On s’est aperçu que Marseille 2013, Capitale Européenne de la Culture a bien fonctionné parce que tout le monde s’est mis ensemble et que tout le monde y a trouvé son intérêt. Quand tout le monde se met ensemble on est les plus forts.

Mille hectares de foncier annoncés par Didier Parakian pour de nouveaux investisseurs est-ce suffisant ?
Mille hectares c’est mieux que rien mais ce n’est pas suffisant c’est pour cela que l’on a besoin du territoire.

Comment allez-vous appréhender les relations avec Barcelone et Gênes ?
Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde. Il faut pacifier nos rapports. Ce n’est pas que nous soyons en concurrence mais compte tenu de la montée de la population africaine, il y a des besoins énormes. On a besoin de tout le monde pour le développement en Méditerranée. On doit travailler main dans la main avec le Grand Port Maritime de Marseille. Il faut arriver à travailler de manière intelligente avec les acteurs du territoire à l’instar de Barcelone. Il faut que l’on soit tous unis et non pas divisés dans des querelles politiciennes de gauche ou de droite… Parce que les électeurs nous ont envoyé des signaux disant : « Gauche-droite tous pareils, aussi mauvais les uns que les autres, on va essayer le Front national ». C’est quand même les extrêmes ! C’est inquiétant, c’est une alerte. Si on met tous les acteurs du territoire ensemble, nous aurons un territoire attractif.

Et comment comptez-vous rendre ce territoire attractif ?
Pour l’attractivité du territoire, c’est clair net et précis. L’Europe ne veut pas faire cas de la Méditerranée et de l’Afrique mais les soit-disant pays sous-développés qui les composent sont en train de se structurer. Demain, la Méditerranée et Marseille seront le point pour aller vers l’Afrique. Et inversement. On ne peut plus travailler uniquement Nord-Nord et l’on ne peut plus considérer le continent africain comme avant.
Prenez l’exemple de Mexico d’où je reviens d’une visite officielle. Le Mexique est la jonction entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. C’est une tête de pont.
Marseille la métropole et son territoire sont ce point-là. Barcelone et Gênes sont prêts mais Marseille est face à la Méditerranée et il faut utiliser nos atouts la-dessus. Et pour cela, il faut que l’on soit ensemble, que l’on tire la charrue ensemble. Que l’on se dispute pendant les campagnes électorales ce n’est pas un problème mais, après les élections, on respecte le choix des électeurs.

Le travailler ensemble, tous unis, c’est le nouveau slogan de Marseille ?
L’économie est une compétence de la Communauté urbaine, l’emploi c’est aussi une compétence de la ville donc il faut travailler main dans la main. Dans le cadre de nos accords de partenariat, il faut développer cette partie-là.
On est en train de réfléchir à une note stratégique et créer un front commun. Chaque fois que je suis appelée à me déplacer mes partenaires à l’étranger me disent :« Ah oui, la Ville ! » Mais il y a aussi l’Union patronale !…
Une entreprise qui veut investir aura besoin de foncier peut-être hors de Marseille mais les logements, les écoles, les crèches… il y a besoin de coopérer sur l’ensemble des institutions.

C’est donc le « jouer collectif », le nouveau leitmotiv de la municipalité ?
Aujourd’hui on s’aperçoit que l’Europe délègue de plus en plus à la Région, que l’État délègue de plus en plus aussi aux territoires et collectivités territoriales donc, demain ce sera la métropole. Là-dessus si on ne joue pas collectif, on va droit dans le mur.
On n’attirera jamais les entreprises si elles doivent faire le tour de toutes les collectivités territoriales et du millefeuille administratif.L’idée c’est de mettre en commun nos territoires. La difficulté c’est que nous passerons de 18 communes de la Communauté Urbaine à 93 communes dans la Métropole pour 119 communes dans le département des Bouches-du-Rhône appelé à disparaître dans 6 ans. On aurait pu envisager un dispositif intermédiaire. Le gouvernement devrait écouter les élus locaux !

Mettez-vous tous vos espoirs dans votre visite à Shanghai ?
Non, mais c’est une opportunité qui permet de montrer que tous ensemble cela peut fonctionner. Et ce n’est pas qu’une seule visite. Shanghai est un premier relais. A chaque voyage l’image de Marseille à l’international est importante. Cela va dans le bon sens et puis aujourd’hui la métropole est notre bouée de sauvetage permettant de mettre bout à bout tous ces territoires qui les uns sans les autres ne représentent rien dans la compétition internationale mais qui mis ensembles ont une force colossale.
Il faudra le faire aussi avec d’autres villes avec d’autres maires qu’ils voient aussi la puissance d’une ville comme Marseille. Bien sûr que Marseille ne veut pas être hégémoniste. Marseille a tous les défauts de la terre puisque c’est un port et qu’elle s’est donc pris toute la pauvreté sur la tête. Mais, sans Marseille son territoire n’est pas grand-chose et Marseille intramuros est morte aussi.

Comment convaincre les villes partenaires de travailler avec vous ?
La visite à Shanghai en octobre est un premier exercice dans le cadre des 50 ans des relations franco-chinoises. Nous avons eu une exposition des costumes à la Maison de l’artisanat à Marseille et une exposition de jade est prévue au château Borély en octobre. Le Grand Port Maritime de Marseille sera du 14 au 16 octobre à la Foire internationale de Shenzhen accompagné de Marie-Hélène Féraud qui s’occupe de l’Opéra et de la musique et apportera à cette démarche du Port l’appui de la municipalité. L’orchestre de Marseille est parti à Shenzhen, il y a plusieurs semaines ; le Ballet National de Marseille se produira les 24 et 25 octobre à Shanghai et, le 26 octobre est le jour anniversaire (1987) du partenariat Marseille-Shanghai. Didier Parakian mènera la délégation à Chengdu pour le salon créé à l’initiative de Jean-Pierre Raffarin où 1 000 entreprises vont exposer les 23 et 24 octobre. Je serai aussi à Shanghai où je mènerai la partie culturelle avec Anne-Marie d’Estienne d’Orves et le Ballet national.
Nous nous retrouverons tous, le soir du 26 à Shanghai, pour la soirée de gala puis, le 27 se tiendra un « B to B » (Business to Business) avec les entreprises qui le voudront bien. Outre la Ville, je tiens à préciser que le projet a été monté par la Chambre de Commerce Régionale car c’est elle qui a la compétence internationale. Nous avons aussi fait venir l’AP-HM qui a déjà signé des accords avec la Chine.

Quels élus allez-vous entraîner à Shanghai ?
Jean-Pierre Bertrand, maire (DVD) de Plan-de-Cuques et 2e vice-président de la Communauté Urbaine, chargé des relations internationales et de l’Europe et probablement Loïc Gachon, maire (PS) de Vitrolles et vice-président de la Communauté du Pays d’Aix ; et des maires qui sont un peu réfractaires à l’idée de la Métropole craignant d’être cannibalisés afin qu’ils comprennent qu’ailleurs tout le monde est ensemble. Au fur et à mesure de mes prochaines visites à l’étranger j’emmènerais un ou deux maires.

Quels ont été les résultats de la première visite à Shanghai en 2012 ?
C’était une mission d’une trentaine d’entrepreneurs dirigée par Didier Parakian à l’issue de laquelle une dizaine de chefs d’entreprises ont signé des contrats. C’est un « Step by Step ». Depuis 2012, on a énormément de Chinois qui viennent ici pour voir. Jusqu’à présent ils allaient à Paris. Il est à noter qu’une entreprise chinoise a signé un accord de partenariat avec la Cité de la cosmétique dans le 15e arrondissement. Il y a des liens qui se créent. Mais c’est un travail de longue haleine.

Et la suite ?
Je pense qu’il faudra organiser tous les deux ans des voyages pour essayer de créer du business, attirer des touristes ainsi que des entrepreneurs.
Il n’est pas évident pour une PME de dire : « Tiens, je vais aller sur le marché chinois… ». Il faut avoir la structure, trouver le partenariat et y rester. Il faut trouver quelqu’un en qui on a confiance.

Vous souscrivez à la Métropole mais combattez la politique du gouvernement n’y a-t-il pas là une contradiction en tant que secrétaire de la section UMP des Bouches-du-Rhône ?
La France est un pays jacobin mais le gouvernement n’écoute jamais ses bases et ça c’est grave qu’il soit de droite ou de gauche. Pareil pour l’UMP, s’ils écoutaient la base s’il écoutaient les militants, s’ils venaient à nos réunions… « Nous restons parce que c’est vous et que l’on a confiance en vous autrement nous nous serions cassés depuis longtemps », nous disent des militants. Et le gouvernement c’est pareil, il impose des diktats sans regarder derrière. En revanche, la place de l’international fédère. Si vous écoutez Laurent Fabius il a exactement la même vision que nous. Bien sûr sur les conflits au Mali ou israélo-palestinien c’est extrêmement politique. Mais nous sommes d’accord sur la manière qui s’impose pour développer l’attractivité de notre pays.

Martine Vassal, « l’homme » politique qui monte à Marseille ?
J’ai toujours été pour l’égalité homme/femme et j’ai toujours pensé que nous les femmes pouvions avoir des postes importants parce que nous sommes compétentes. J’accepte l’idée d’homme politique si vous mettez « homme » entre guillemets.
J’ai travaillé 15 ans dans le textile dans un monde d’hommes avec l’Armée ce n’est parce que j’étais une femme que je devais être traitée différemment. Mais quand je suis entrée en politique, je me suis aperçue que s’il n’y avait pas eu la loi sur la parité je n’aurai jamais eu les délégations que j’ai obtenues*.

L’Eurostar arrive à Marseille en mai prochain, c’est un bien pour la Ville et la Métropole ?
Nous avons, sans jeu de mots, un petit train d’avance sur Barcelone et Gênes, avec l’Eurostar.

Propos recueillis par Antoine LAZERGES

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