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Entretien avec Christophe Madrolle : ’La COP 27 un grand sentiment de gâchis’

mardi 29 novembre 2022

Christophe Madrolle, président de l’Union des Centristes et des Écologistes, est élu à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur où il préside la commission biodiversité mer, littoral, parcs régionaux, risques. Il revient sur la Cop 27, la Coupe du Monde au Qatar, l’action de la région Sud en faveur de la biodiversité et contre le réchauffement climatique, sans oublié d’évoquer EELV à quelques jours de leur congrès. Entretien.

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Christophe Madrolle à la COP 27 accompagné d’une délégation amazonienne ©CM

Destimed : Quel regard portez-vous sur la COP 27 qui vient de prendre fin ?
Christophe Madrolle : J’éprouve un grand sentiment de gâchis. Depuis la COP de Paris, et après des heures de négociations internationales, je pensais qu’il existait une conscience mondiale des enjeux et une volonté de la communauté internationale de trouver la réponse au réchauffement planétaire et à la protection de la biodiversité.

Mais, déjà à Glasgow, j’ai senti un désintéressement de certains pays qui, pourtant, avaient apporté leur pierre au moment des accords de Paris. Je pense notamment aux États-Unis, à l’Inde, à certains pays africains. Et, depuis, la situation n’a fait que s’aggraver. En effet, avec la montée des populismes dans de nombreux pays, la renaissance d’empires, le climat tendu en Europe centrale, la guerre en Ukraine, sans oublier la Covid, c’est tout un ensemble de facteurs qui ont conduit des pays, sur tous les continents, à revoir leur agenda en matière de lutte contre le changement climatique. Comment ignorer que l’urgence n’est pas dans 100 ou 200 ans, c’est maintenant, dans 20, 30 ans. On ne prend pas conscience que la question climatique c’est aussi la question sociale, migratoire. Mais, heureusement, on a pu voir à cette COP que la société civile, les ONG, la jeunesse restent mobilisées et, pour la première fois j’ai senti une montée en puissance des collectivités territoriales.

La COP s’est conclue juste avant de l’ouverture de la Coupe du Monde de football au Qatar. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Le calendrier est un clin d’œil à l’histoire et à mon engagement écologiste. A une COP décevante a succédé une Coupe du Monde contestée et contestable. Pendant quinze jours, nous avons débattu, essayé d’avancer pour réduire le rejet de gaz à effet de serre, pour la biodiversité, pour mettre en place un monde plus propre, plus juste et plus solidaire, plus respectueux des femmes, des minorités. Et nous avons basculé avec des stades climatisés, construit dans les conditions que l’on connaît, dans un pays où on connait la situation des femmes, où l’homosexualité est passible de la peine de mort.

Vous avez évoqué la montée en puissance des collectivités territoriales en matière de lutte mais peuvent-elles vraiment être efficaces ?
Ma réponse est on ne peut plus simple : c’est oui, oui et encore oui et si un quatrième oui est possible je l’ajoute. Un travail est accompli depuis de nombreuses années par la majorité conduite par Renaud Muselier. Et, pour ce qui me concerne, je le vis quotidiennement dans mes fonctions de président de la commission biodiversité mer, littoral, parcs régionaux, risques. Renaud Muselier n’a aucune obligation de faire de notre budget le premier budget vert d’Europe mais il l’a fait, tout comme il n’avait aucune obligation à créer un indicateur des bonnes santés environnementales qui permettra d’orienter encore plus nos politiques publiques en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique et pour la protection de la biodiversité. Avec la "COP d’avance" la Région a mis en place une stratégie répondant aux orientations des accords de Paris. Un plan qui s’articule autour de six axes : Air, Mer, Terre, Energie, Déchets et chez vous au quotidien ; des mesures telles que, pour n’en citer que quelques unes : l’escale zéro fumée, la plantation de millions d’arbres, le soutien à une agriculture responsable, le plan de protection de nos forêts, le soutien à la mobilité collective... Et ce travail sur l’environnement, l’innovation a un impact qui va bien au-delà de la Région. Nous venons de le vivre avec la venue de la Première ministre Élisabeth Borne à la convention des maires de la région Sud lors de laquelle elle a annoncé que nous devenions une région-pilote dans la déclinaison territoriale de la planification écologique. C’est un engagement fort pour l’environnement et c’est aussi une relance de la régionalisation qui était au point mort depuis des années. Je tiens également à rappeler que Renaud Muselier a annoncé la création d’un projet de Fonds d’investissement dans les infrastructures en Méditerranée, nommé « Pliff » (PAMEx locally investment facility), dont il est le co-président, à hauteur de 1 milliard d’euros .

Mais quid de la rive Sud de la Méditerranée ?
La région Sud, le président Muselier ne cesse de le rappeler, est une région française, européenne et méditerranéenne. Nous avons, historiquement, des liens forts avec les pays du pourtour méditerranéen et, dans quelques jours, le 6 décembre, à l’occasion de l’édition 2022 de "Méditerranée du futur", Renaud Muselier accueillera un grand nombre de dirigeants de régions de la rive Sud autour de la question du changement climatique. Nous savons tous que la Méditerranée est l’une des régions les plus fragiles face aux risques de changement climatique et il devrait y avoir des annonces au terme de cette rencontre.

Comment enfin ne pas vous demander ce que vous pensez d’EELV à quelques jours de son congrès -(*) ?
Je suis triste et affligé de voir l’image que donne EELV au niveau national. J’ai travaillé, pendant des années auprès de Jean-Luc Bennahmias et Dany Cohn-Bendit au Parlement européen. Il y avait alors un débat entre les « réalo » et les « gauchos », c’était l’époque où le Vert Oscar Fischer entrait au gouvernement allemand en tant que ministre des Affaires étrangères. Les réalo, dans lesquels je me retrouve, sont ceux qui gardent leurs valeurs intactes mais savent faire des compromis pour que la lutte contre le réchauffement climatique, pour que la biodiversité soit préservée, avancent. Je ne crois pas à la régression, au sectarisme. Je suis persuadé que l’écologie doit aller dans le sens de la raison, que les réponses aux questions qui nous touchent sont dans le progrès à condition qu’elles soient partagées afin que ce siècle soit humaniste, fraternel et écologiste.
Propos recueillis par Michel CAIRE
*Cet entretien a été réalisé avant le vote d’EELV ce week-end

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