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Réforme des études de santé. Bernard Beignier : ’nous espérons avoir un renouveau de l’art médical en France ’

mardi 20 avril 2021

La réforme des études de santé, inscrite dans le plan « Ma Santé 2022 », répond à une volonté partagée d’ouvrir le champ des possibles des étudiants et de diversifier les voies d’accès aux filières de santé expliquent Bernard Beignier, recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur, recteur de l’académie d’Aix-Marseille et Philippe Dulbecco, recteur délégué pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur.

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Bernard Beignier espère revoir "un renouveau de l’art médical en France". © Mireille BIANCIOTTO

Destimed : Pourquoi une réforme de la formation initiale dans les professions de santé, médecin, sage-femme, dentiste, pharmacien ?
Bernard Beignier : L’objectif c’est d’abord que tous les médecins et tous les soignants aient une très bonne formation d’ordre scientifique. Or au fil du temps, on avait dérivé vers le tout. Le tout scientifique et, même, pendant la première année de médecine, presque le tout mathématique. Or, ce n’est pas cela l’art médical. C’est tout à fait autre chose et le but c’est d’équilibrer cette formation, en partant d’une formation scientifique, absolument nécessaire, mais que l’on puisse ajouter quelque chose. En clair, pour aller au cœur de la question, un très bon étudiant en science ne doit avoir aucun doute sur ses chances réelles de devenir un bon étudiant en médecine, tout comme- ce qui est totalement impossible aujourd’hui- un très bon étudiant en lettres doit pouvoir se dire, si j’ai un bon bagage, en sciences, je pourrais faire médecine.

Une réforme, une révolution, presque ?
Oui, peut-être, en tout cas ce qui est très nouveau, c’est le fait qu’il y a désormais 2 voies, tout à fait distinctes, le Parcours d’Accès Spécifique Santé (Pass) et Licence avec option "Accès Santé" (L.AS), qui permettent d’accéder aux études de médecine. Alors qu’avant, nous avions le fameux concours de "Première Année Commune" aux Études de Santé "Paces " qui était très uniforme. Donc il y a déjà 2 voies et pour celle de LAS, il y a une étendue dans le temps, c’est à dire qu’on peut passer le concours, à la suite de sa première année, à la suite de sa deuxième année, à la suite de sa troisième année et enfin, dernier élément, qui est important, le taux d’échec au concours de Paces était colossal et un étudiant qui avait fait une année, 2 années de médecine, il n’avait rien, il avait raté, certes il avait beaucoup appris, il avait des méthodes de travail considérables mais il n’avait rien et, par le biais de LAS, il intégrera une autre Licence et il pourra rebondir aisément.

L’art médical c’est accompagner une personne et c‘est voir aussi cette personne, dans sa globalité

Ces études feront-elles un nouveau médecin, de la médecine homéopathique ou chinoise à l’accompagnement de fin de vie ?
Nouveau médecin oui, le but est là je ne vais pas me prononcer sur l’homéopathie mais il est clair que l’art médical, j’insiste bien là-dessus, l’art médical, ce n’est pas simplement faire des examens, prescrire de manière informelle tel ou tel traitement, c’est accompagner une personne et c‘est voir aussi cette personne, dans sa globalité et c’est pour cela que nous espérons avoir un renouveau de l’art médical en France.

Il y a beaucoup d’étudiants en médecine qui ne sont pas issus d’une famille de médecins

Est-ce que ce nouveau système permettra à un étudiant qui n’a pas son père médecin d’accéder à ces études ?
D’abord, il y a beaucoup, beaucoup d’étudiants en médecine qui ne sont pas issus d’une famille de médecins, c’est déjà la réalité. Et la question que vous me posez s’ouvre à toutes les études, de manière générale. Et la réponse à votre question est oui, bien évidemment. D’où d’ailleurs l’importance de lier tout cela avec le secondaire. En fait, tout se décide dès la classe de 6e dans beaucoup de cas. C’est là qu’il faut dire à un jeune élève : tu peux être médecin ? Et je crois que je passe mon temps à le dire, tu peux être architecte ? tu peux être ceci et même tu peux être journaliste, c’est un très beau métier.

Quel est le rôle du Rectorat dans cette réforme des métiers de santé ?
Malgré tout, les facultés de médecine dépendent des Universités, le recteur de région est chancelier des Universités, donc, il y a une interaction. Et d’ailleurs, voyez, le président de la République a beaucoup insisté, dans son discours, sur l’interministérialité. Nous sommes un pays où il faut, vraiment voir, de plus en plus, les choses de manière transversale. Il y a bien sûr un lien entre le ministère de la santé, celui de l’éducation nationale donc, forcément, le rectorat.

Et il faut que nous croisions nos compétences pour aboutir à quelque chose de très bien, au minimum de convenable. Vous savez, les réformes, c’est un peu comme la réception d’une maison, quand on a terminé, on vérifie si tout est en ordre et il y a toujours un petit oubli, quelque part. Je le vois bien pour la réforme du baccalauréat. C’est toujours, toujours, la même chose. Il faut que nous soyons attentifs et, cela est important, à ce qu’il n’y ait pas une promotion qui fasse les frais d’une réforme. Nous allons y veiller, avec le président de l’Université, Eric Berton et le doyen de la Faculté de médecine, Georges Léonetti, pour que les chances qu’un étudiant avait dans l’ancien système, soient identiques, dans le nouveau système ».

Bernard Beignier, recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur, recteur de l’académie d’Aix-Marseille

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO


Le bug informatique a-t-il touché la Région ?
Bernard Beignier : Il n’y a pas eu de difficultés contrairement à d’autres. En revanche, nous avons eu des difficultés avec le Centre national d’enseignement à distance (CNED). Les choses sont, aujourd’hui rentrées dans l’ordre, mais c’est vrai que la semaine a été assez chaotique. Le ministre, Jean-Michel Blanquer a annoncé une enquête pour savoir quelle en est la cause. Soit elle est extérieure à notre pays et cela pose un très sérieux problème. Soit elle est interne et c’est à nous de le régler. Mais, dans l’ensemble, les choses se sont plutôt bien passées.

Nous allons avoir des jours de congés, et nous sommes, maintenant, en train de préparer, à la fois la rentrée du 26 avril puis la rentrée du 3 mai, pour les bacheliers. Mais il faut dire et répéter que, bien sûr, cette année elle est comme nous la vivons, mais il n’y a que 3 pays dans le monde qui ont maintenu leur éducation nationale en état de fonctionnement et, la France est le seul pays européen qui y ait parvenu. L’Éducation Nationale, ce n’est pas le recteur, ce sont les professeurs. Ce n’est pas moi qui fais cours, ce sont les professeurs et il faut que l’ensemble de la population ait conscience que tous ces professeurs se sont mis véritablement en quatre, et même, en 8, en consacrant beaucoup de temps et en utilisant, bien souvent des moyens personnels, leur ordinateur, leur téléphone, pour être en lien avec les élèves, il faut avoir conscience de cela.


Propos recueillis par M.B


Philippe Dulbecco, Recteur délégué pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur

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Philippe Dulbecco parle d’une réforme santé qui "a été voulue par toutes et tous" ©Mireille BIANCIOTTO

Quels sont pour vous les axes essentiels de cette réforme ?
Premier axe de cette réforme et je crois que c’est un point important, c’est qu’elle propose à des étudiants qui ont un autre profil que celui du Bac S avec mention Très bien, de pouvoir accéder à des études médicales. Si vous n’aviez pas un Bac S, avec mention Très bien, c’était quasiment impossible. C’est fort dommage et c’est même paradoxal au moment, où, dans les CHU et dans le domaine de la recherche biomédicale, on dit qu’il faut des profils variés, des philosophes, des sociologues, des anthropologues, des mathématiciens, des informaticiens...

On doit diversifier les profils des étudiants, dans l’intérêt des étudiants mais aussi dans l’intérêt de la société

Donc, c’est vraiment l’idée de dire : on doit diversifier les profils des étudiants, dans l’intérêt des étudiants mais aussi dans l’intérêt de la société. Le deuxième point qui me paraît vraiment essentiel, c’est que nous quittons une logique qui est purement une logique de sélection. Le Paces c’était un dispositif de sélection ce n’était pas un dispositif d’apprentissage. Là l’idée est de dire, non seulement on va les sélectionner mais surtout, pendant ces années, on va leur apprendre. Ce sont des années d’apprentissage mais aussi des années de sélection.

C’est une réforme a été voulue par toutes et tous. Aujourd’hui, encore, quand on a la chance de pourvoir discuter des fondamentaux et pas seulement les difficultés de mise en œuvre, bien sûr les difficultés de mise en œuvre sont, éminemment, importantes, mais quand on reprend les fondamentaux, on est, à peu près, tous d’accord, il faut absolument que cette réforme s’installe dans de bonnes conditions.

Nous avons mis en place une réforme, ambitieuse, attendue, depuis longtemps

Comment cette réforme a-t-elle été mise en place, en pleine pandémie ?
Le grand problème (…) c’est que nous avons mis en place une réforme, ambitieuse, attendue, depuis longtemps, et que le contexte sanitaire s’est dégradé. Dans un contexte sanitaire qui n’a pas permis d’aller aussi loin que nous aurions souhaité, en matière d’information, dans la communication, dans l’échange. Parce que, tous les sites Internet, toutes les petites vidéo d’explication ne remplaceront jamais, le contact, en présentiel, avec les étudiants concernés.

Vous parlez d’un numerus apertus, et plus d’un numerus clausus, quelle est sa mise en place, ici, dans la région ?
Ça change tout, numerus clausus, numerus apertus, ce n’est pas simplement une question de terminologie, le numerus apertus, cela veut dire que les capacités, offertes aux étudiants pour réaliser des études médicales, c’est à dire le nombre de places, va dépendre de toute une série de facteurs déterminés par les acteurs locaux en fonction de la capacité d’accueil de l’université, ses activités pédagogiques, le CHU qui va accueillir des stagiaires, l’ARS qui a des projections sur l’évolution des professions médicales, dans la région Provence Alpes Côte d’Azur... C’est la prise en compte de tous ces critères qui conduit à déterminer, au niveau du territoire, une capacité d’accueil annuelle. Cette capacité d’accueil, cette année, a augmenté, par rapport, aux années précédentes de l’ordre de 10%, au total. Et je ne vois pas comment, dans les années à venir, on pourrait diminuer ce numerus apertus.

Philippe Dulbecco, Recteur délégué pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur


Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO

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