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Génocide arménien. Martine Vassal : ’Le peuple arménien n’oublie rien’

lundi 26 avril 2021

Martine Vassal, présidente du Département des Bouches-du-Rhône, présidente de la métropole Aix-Marseille Provence, vient de dévoiler une bâche en mémoire des victimes du génocide arménien sur la façade des Archives Bibliothèques Départementales (ABD) « afin de la rendre visible par le plus grand nombre ». Alors que le président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) Sud, Julien Harounyan dénonce l’État turc, « qui mène une politique négationniste ». Les deux intervenants ne manqueront pas d’insister sur la tragédie que représente « l’agression turco-azéri au Karabagh ».

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bâche en mémoire des victimes du génocide arménien sur la façade des Archives Bibliothèques Départementales (Photo Mireille Bianciotto)

C’est Martine Vassal qui ouvrira la cérémonie devant un public masqué, volontairement réduit et tenu à distance par des marques au sol, devant une reproduction de la bâche, qui était déjà en place sur la façade des ABD. Elle évoque alors l’importance du devoir de mémoire, inscrit son propos dans l’actualité en affichant, une nouvelle fois, son soutien au Haut-Karabagh.

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C’est une reproduction de la bâche qui a pris place sur la façade qui a été dévoilée par Martine Vassal et Julien Harounyan (Photo Mireille Bianciotto)

« C’est un honneur pour moi de pouvoir dévoiler, sur les Archives Bibliothèque Départementales -cet endroit de culture, d’histoire, également- cette bâche réalisée en coopération avec le CCAF Sud- en mémoire de ce qui s’est passé, en 1915 », déclare Martine Vassal, lors de cette manifestation en hommage aux victimes du génocide arménien. Moment pour rappeler que « ce peuple arménien, qui a subi cet exode, ce peuple arménien, malgré le fait que nous soyons à la troisième et, même, à la quatrième génération, n’oublie rien et compte justement, ne rien oublier ». Insiste sur l’importance de passer le relais aux jeunes générations : « nous le devons à nos parents et nos grands-parents qui nous ont appris cet esprit de famille, de respect, de transmission. Bien entendu que nous sommes nés ici nous, sur la terre de France ; bien entendu, que nous sommes, notamment ici, les Marseillais à 10 000%, des Français à 10 000%, des Arméniens à 10 000% aussi ». Puis de rendre hommage au tissu associatif, à son dynamisme avant d’évoquer le travail accompli avec l’Arménie, les voyages dans ce pays. Elle ajoute : « Nous avons, également, travaillé, au niveau de la culture, puisque nous avons fait une Convention avec le Mémorial de la mémoire du génocide ».

« Je pense à tous ces Arméniens morts sur la terre du Karabagh »

« C’est vrai que nous avons une année particulière à plusieurs titres, d’abord, avec ce Covid, qui a fauché tant de personnes, ici, sur notre terre, sur la terre entière. Et on sait que l’Arménie n’a pas été épargnée », indique Martine Vassal. « Aujourd’hui, poursuit-elle, quand je dévoile cette bâche, je pense à tous ces Arméniens morts sur la terre du Karabagh, c’est plus de 3 000 - 3500 jeunes, essentiellement de moins de 20 ans. On dit "plus jamais ça", malheureusement, on s’est encore retrouvé devant une volonté du peuple turc d’exterminer les Arméniens. Nous avons beau d’essayer de dire les choses, essayer de faire, nous avons fait une motion, au département, nous avons interpellé l’État pour qu’il puisse intervenir... le génocide continue. Alors je regrette vraiment et profondément, qu’il n’y ait pas eu une mobilisation internationale, plus importante. Mais je pense qu’il nous faut continuer le combat, parce que il y a encore des prisonniers de guerre qui n’ont toujours pas été libérés, c’est inacceptable, après autant de mois. Nous devons continuer à intervenir, à interpeller le gouvernement parce que notre ministre et notre président de la République qui sont responsables de la politique internationale doivent faire quelque chose pour permettre à ces combattants de retrouver leurs familles ». Et avoue être « très inquiète sur la suite au Haut Karabagh ». Et dans ce contexte elle tient également à rendre hommage au travail accompli par le milieu associatif...

Intervention de Martine Vassal

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO


négationnisme : « En un siècle, la situation n’a fait que se dégrader »

Julien Harounyan, président du CCAF Sud, constate : « Un siècle est passé mais le génocide des arméniens est toujours oublié. Il n’appartient pour autant pas au passé. Certes, il y a eu quelques victoires, de la reconnaissance par la France il y a déjà 20 ans ; la reconnaissance par de nombreux pays dans le monde ou encore une opinion publique, de mieux en mieux informée, sensibilisée à notre cause. Mais pour autant le négationnisme reste toujours impuni et la Turquie continue de nier son passé. Pire encore, en un siècle la situation n’a fait que se dégrader, le négationnisme, l’étape finale dans le processus de génocide, trouve aujourd’hui refuge en France et se diffuse ».

Julien Harounyan, signale « Certains citoyens français, collégiens ou lycéens contestent, jusque dans les cours d’histoire la réalité des faits. Une manipulation de l’opinion publique par l’État turc qui mène une politique négationniste, jusque dans la politique et l’enseignement ». Il revient à son tour sur l’agression turco-azéri au Karabagh, territoire peuplé d’Arméniens, en septembre dernier. « Il témoigne, une nouvelle fois de cette volonté de supprimer les Arméniens ». Il rappelle : « Dès les premiers jours du conflit, le CCAF a pris l’initiative d’organiser de grandes manifestations auxquelles vous avez participé, en manière de soutien, vous l’avez dit, le département des Bouches-du-Rhône, la Région, y compris la ville de Marseille, l’ensemble du territoire s’est hissé contre cette barbarie, contre cette guerre-là ».

« le monde a, une nouvelle fois, détourné le regard »

Et à l’attention de Martine Vassal, le président du CCAF rappelle : « Vous avez, à cette occasion, pris une motion dans l’intention de signer une charte d’Arménie, avec le Karabagh et l’Artsakh. Le soutien humanitaire a été développé en urgence. Vous avez pris la mesure de ce qui se jouait dans le Caucase. Pour autant, pendant cette guerre, le monde a, une nouvelle fois, détourné le regard, laissant le champ libre aux ambitions génocidaires du tandem Erdogan-Aliyev  »

Pour Julien Harounyan : « Nous devons maintenant agir pour stabiliser les frontières de l’Artsakh, et cela passe par la reconnaissance de l’indépendance de cet État. Il nous appartient à tous, citoyens, de mener ces combats pour garantir la sécurité de l’Arménie et des Arméniens. Mais qu’il s’agisse du Caucase ou de la France, il y a urgence. L’urgence, aujourd’hui, c’est de rester éveillé et lutter, combattre le panturquisme et son corollaire, le négationniste pour rendre justice ». Il insiste : « Raviver les mémoires c’est aussi continuer d’aider les démocrates turcs pour ne pas que toute la Turquie sombre dans la dictature ».

Intervention de Julien Harounyan


Propos recueillis par M.B.


Entretiens

Martine Vassal : « Chacun et chacune peut voir ce qui s’est passé, ce 24 avril 1915 »

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Martine Vassal (Photo Mireille Bianciotto)

Destimed : Ce n’est pas la première fois que vous mettez une banderole aux ABD, pourquoi ce lieu ?
Martine Vassal : Parce qu’il est très visible et, justement, c’est la raison pour laquelle je fais chaque année, depuis que je suis élue à la tête du Conseil Départemental, une commémoration en souvenir du génocide de 1915 qui avait fait 1 million et demi de victimes d’origine arménienne. Ici, l’avantage c’est que cette bâche se voit de la passerelle et donc, chacun et chacune peut voir ce qui s’est passé, ce 24 avril 1915 pour que, justement, on n’oublie pas. Je pense que le devoir de mémoire est quelque chose de fondamental, ce qui nous amène à la fois à réfléchir sur nos valeurs mais aussi regarder où l’on va.

Vous avez fait voter une aide de 50 000 € qu’en est-il ?
C’est une aide qui a été donnée, effectivement, pour pouvoir apporter des produits aux Arméniens qui ont été pris en otage par les Azéris, et qui étaient en train de se faire exterminer, donc je ne suis pas la seule collectivité, toutes les collectivités ont fait le même geste. Et je suis très fière d’avoir, également, mis comme motion une charte de signature d’amitié avec le Haut-Karabagh, que je m’empresserai d’aller signer, dès que je le peux, pour pouvoir créer un lien avec ce pays, et permettre aux Arméniens qui ont décidé d’y vivre, de pouvoir continuer à y vivre en toute liberté.

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO


Julien Harounyan : « 106 ans après, on continue à se souvenir »

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Julien Harounyan (Photo Mireille Bianciotto)

Destimed : Vous insistez beaucoup sur la revendication de la condamnation du négationnisme, est-ce que vous avez des chances que ce soit adopté en France ?
Julien Harounyan : Nous travaillons étroitement avec le président de la République et ce depuis des années pour qu’enfin cette loi soit promulguée, acceptée et non pas retoquée, comme cela a été le cas plusieurs fois par le Conseil constitutionnel. L’idée c’est d’arriver à trouver l’angle pour enfin aboutir. Je pense que l’actualité nous montre la nécessité de cette loi-là.

Cette loi vient toucher tous les génocides, on voit ce qui se passe pour le Rwanda, est-ce que vous ne pensez pas que cela va être enterré ?
Je pense que tant que nous restons debout, tant que nous ferons des commémorations, et tant que nous continuerons à combattre, ces génocides ne seront pas oubliés. Aucun génocide n’appartient au passé. C’est ça, le sens de ce message. 106 ans après, on continue à se souvenir. La transmission de la mémoire se fait aussi parce que le négationnisme existe et que, quelque part, tant qu’il y aura du négationnisme, il y aura des gens qui se dresseront contre le génocide, et on ne pourra jamais refermer ce livre-là parce que la plaie reste ouverte.

En parlant de livres, est-ce que vous pensez que dans l’enseignement français, au sein de l’école française, on parle assez du génocide des Arméniens de 1915, de la Turquie ?
Absolument pas, c’est dans ce sens que, cette année, c’est la première fois que le 24 avril est une journée nationale promulguée par le président de la République. Donc, quelque part, il y a cet effet où petit à petit, l’État joue son rôle un petit peu. Maintenant c’est à nous de jouer notre rôle.

Le département vous a alloué 50 000 € pour apporter une aide humanitaire au Haut Karabagh, après la guerre. Est-ce que vous avez reçu des aides d’autres collectivités locales ?
Absolument, la Région Sud a également participé, à la même hauteur, 50 000 €, la ville de Marseille, également, a fait un effort, à hauteur de 60 000 €. On peut dire que c’est un soutien massif de l’ensemble des collectivités territoriales.

La présidente Martine Vassal a dit que vous aviez énormément œuvré sur les réseaux sociaux. Êtes-vous satisfait des réactions ?
Non, justement, les réseaux sociaux nous montrent qu’il faut être encore plus présent et monter, véritablement, des groupes de personnes qui sont là pour défendre cette loi du génocide parce qu’aujourd’hui, c’est sur les réseaux, aussi, que le négationnisme s’exprime et ce sont les jeunes qui sont les premières victimes et les premiers visés.

Propos recueillis par M.B.

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