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Génocide au Rwanda. Intervention d’Emmanuel Macron à Kigali : "C’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaître’

vendredi 28 mai 2021

Le président Emmanuel Macron a reconnu jeudi à Kigali les "responsabilités" de la France dans le génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda, dans un discours très attendu où, sans présenter d’excuses, il a dit espérer le pardon des victimes.

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Le président Emmanuel Macron a reconnu jeudi à Kigali les "responsabilités" de la France dans le génocide des Tutsi de 1994 (Photo capture d’écran)

« Je viens reconnaître nos responsabilités ». Emmanuel Macron a prononcé un discours très attendu, ce jeudi 27 mai, à l’issue d’une visite au Mémorial du génocide rwandais à Kigali. Le président de la République a affirmé qu’il était du « devoir de la France de regarder l’Histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a imposée au peuple rwandais », vingt-sept ans après le massacre de 800 000 personnes, essentiellement des Tutsi, sous les ordres du gouvernement hutu. Auparavant, le président français a visité le musée retraçant l’histoire du génocide et déposé une gerbe à la mémoire des victimes.

Un hommage aux victimes du génocide

Emmanuel Macron a débuté son allocution au mémorial en rendant hommage aux victimes du génocide. « Ce lieu, ici à Gisozi, leur restitue tout ce dont on avait tenté de les priver : un visage, une histoire, des souvenirs. Des envies, des rêves. Et surtout une identité, un nom. Tous les noms, gravés, un à un, inlassablement sur la pierre éternelle de ce mémorial », a déclaré gravement le chef de l’État. « Un génocide ne s’efface pas. Il est indélébile. Il n’a jamais de fin », a insisté Emmanuel Macron. Et c’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaître. »

L’ampleur des responsabilités de la France...

Emmanuel Macron a déclaré être venu au Rwanda pour « reconnaître l’ampleur de nos responsabilités » dans le génocide de 1994. « La France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda », a-t-il rappelé. Et elle a un devoir : celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité. »

Ibuka, souviens-toi

Emmanuel Macron avait déjà fait un pas en ce sens en remettant aux autorités rwandaises le rapport d’une commission d’historiens dirigée par Vincent Duclert, publié fin mars, établissant les « responsabilités lourdes et accablantes » de la France dans le génocide. Le document de 1 200 pages, remis en mars au président de la République, pointait également l’« aveuglement » du président socialiste de l’époque, François Mitterrand, et de son entourage face au massacre ordonné par le gouvernement hutu, que soutenait alors Paris. « La France n’a pas compris que, en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d’un régime génocidaire », a jugé Emmanuel Macron.

« En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter. »

« Lorsqu’en avril 1994, les bourreaux commencèrent ce qu’ils appelaient odieusement leur "travail", la communauté internationale mit près de trois mois, trois interminables mois, avant de réagir. Nous avons, tous, abandonné des centaines de milliers de victimes à cet infernal huis clos. », a estimé le chef de l’État. Il a appelé « toutes les parties prenantes à cette période de l’histoire rwandaise » à ouvrir « à leur tour toutes leurs archives ». « Reconnaître ce passé, c’est aussi et surtout poursuivre l’œuvre de justice. En nous engageant à ce qu’aucune personne soupçonnée de crimes de génocide ne puisse échapper à la justice », a insisté Emmanuel Macron.

Pas d’excuses présentées...

Cependant, le chef de l’État n’a pas présenté d’excuses au peuple rwandais. « Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises, n’avaient pas le visage de la France. Elle n’a pas été complice, a-t-il déclaré. Le sang qui a coulé n’a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses soldats qui ont, eux aussi, vu de leurs yeux l’innommable, pansé des blessures et étouffé leurs larmes. »

Pour Emmanuel Macron, « reconnaître ce passé, notre responsabilité, est un geste sans contrepartie. Exigence envers nous même et pour nous-même. Dette envers les victimes après tant de silences passés. Don envers les vivants dont nous pouvons, s’ils l’acceptent, encore apaiser la douleur. » Un geste qui ouvre, selon lui, la possibilité d’un pardon. « Ce parcours de reconnaissance (...) nous offre l’espoir de sortir de cette nuit et de cheminer à nouveau ensemble. Sur ce chemin, seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don alors de nous pardonner. »

Une nouvelle alliance respectueuse

Après vingt-cinq ans de tensions entre Paris et Kigali autour du rôle de la France dans le génocide, Emmanuel Macron a appelé jeudi à « une autre rencontre » entre les deux pays. « N’effaçant rien de nos passés, il existe l’opportunité d’une alliance respectueuse, lucide, solidaire et mutuellement exigeante, entre la jeunesse du Rwanda et la jeunesse de France, a déclaré le président français. Préparons ici, pour nos enfants, de prochains souvenirs heureux. C’est le sens de l’hommage que je veux rendre à ceux dont nous garderons la mémoire, qui ont été privés d’avenir et à qui nous devons d’en inventer un ».

Cette normalisation des relations entre les deux pays devrait se traduire par l’annonce, lors d’une conférence de presse commune avec le président rwandais Paul Kagame à la mi-journée, du retour d’un ambassadeur français à Kigali, où le poste était vacant depuis 2015.
Patricia MAILLÉ-CAIRE

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