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Hydrogène : la région sud parmi les pionnières en France

vendredi 18 juin 2021

Hydrogène par-ci, hydrogène par-là… On entend plus que ce mot là quand on parle de nouvelles énergies. Alors que la filière est en plein essor et que les projets se multiplient en France, on peut se demander quels sont les impacts réels sur notre quotidien. Dans cette course énergétique, la région sud est loin d’être en reste. Pour bien comprendre les enjeux, Anne-Marie Pérez, Déléguée régionale France Hydrogène, Olivier Machet, Directeur du projet pour Engie, et Ludovic Parisot, le directeur région sud, Corse et Principauté de Monaco, apportent leur éclairage.

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©Engie

On parle beaucoup d’hydrogène, mais en quoi cela va impacter le quotidien des Français ?
Anne-Marie Perez : L’hydrogène renouvelable et bas carbone est une nouvelle solution, complémentaire à d’autres alternatives, pour « décarboner » les usages que ce soit dans la mobilité, l’industrie et demain, dans les bâtiments… Nous parlons bien de transition énergétique, dans le but de réduire notre impact carbone, améliorer nos conditions de vie et de santé ! Pour la production industrielle ou la mobilité, le process est assez identique puisque si vous polluez moins, cela joue forcément sur l’environnement.

Quels sont les différents secteurs concernés ?
AMP : Il y a bien évidemment l’industrie, mais également le transport. Les dossiers sur lesquels l’hydrogène est le plus pertinent reste ceux qui concernent le « transport lourd ». Nous parlons là des gros camions, les trains, les bus… Nous travaillons déjà sur des autocars, les engins de levage.

La Région sud parmi les pionnières de l’hydrogène en France

Peut-on imaginer d’autres débouchés ?
AMP : Dans un délai plus décalé, le maritime. Depuis peu, nous avons baptisé un premier bateau de plaisance à l’hydrogène. Il a été mis à l’eau à Marseille et va naviguer de port en port, jusqu’à Monaco. Nous avons un autre navire qui a été fabriqué dans les chantiers de la région Sud et sélectionné pour faire du transport de passagers à l’occasion des JO de 2024.

Dans la course nationale à l’hydrogène, la Région sud est-elle en avance ou en retard ?
AMP : La Région sud s’est intéressée très tôt à l’hydrogène, il y a 4 ou 5 ans. Un certain nombre de personnes imaginaient déjà que cette solution serait un pari d’avenir. Du coup, ils n’ont pas attendu et ont décidé d’avancer, de lancer des projets. Sur le territoire, nous avons une trentaine de dossiers en cours. Ils concernent différents sujets, que ce soit de la technologie, des cas de production et d’usage ou encore dans le domaine de la formation. On a peut-être tendance à mettre en avant Massilia, qui cristallise beaucoup l’attention, mais il y a d’autres dossiers qui sont tout autant importants, que ce soit à Manosque, Fos sur Mer, Nice, Toulon, Cannes, Monaco...

L’importance de la baisse des coûts de production

Peut-on dire que nous sommes dans une phase d’accélération ?
AMP : Clairement, la France veut fait faire décoller la filière ! Petit bémol : nous nous heurtons à un problème économique de taille. Aujourd’hui, la production d’hydrogène renouvelable reste chère, voire même très chère. L’enjeu est donc de réussir à avoir des volumes d’utilisation importants pour que les industriels puissent investir et ainsi réduire les coûts. Nous devons sortir de cette situation de l’œuf et la poule. L’idée est donc de faire travailler ensemble les utilisateurs et les industriels pour faire en sorte que la filière se développe et devienne compétitive, dans un premier temps en France, mais plus loin avec l’idée de s’installer sur le marché international.

Ludovic Parisot : Chez Engie, nous avons une vision France, avec des projets en Franche-Comté, en Normandie, en Ile-de-France… On parle bien de projets, pour des raisons économiques, comme cela vient d’être évoqué. Trois facteurs vont faciliter leur émergence : le prix de la tonne de carbone est très clairement ce qui fera basculer le marché. Aujourd’hui, nous sommes à un niveau qui est anormalement bas par rapport aux ambitions environnementales. Le deuxième point, qui a plus une dimension française, est la législation.

Pouvez-vous nous expliquer cela, un peu plus en détail ?
LP : Il y a un décalage entre les ambitions de l’État et la réalité législative, notamment au niveau des autorisations. Nous sommes encore sur des règles, notamment pour les grosses opérations, qui datent de la période « pré ambitions gouvernementales », soit 10 à 20 ans. Il y a des positions assez dogmatiques des services de l’État à ce sujet. Du coup, c’est très compliqué d’avancer aussi vite que nous le devrions. Le troisième point est l’acculturation des décideurs. Nous savons qu’il reste un gros travail à faire. France Hydrogène œuvre d’ailleurs au quotidien pour nous permettre de progresser. Il faut rendre tout cela compréhensible pour les élus, les décideurs privés ! Enfin, il y a cet aspect financier pour lequel nous avons de vraies croyances.

Malgré ces obstacles, êtes-vous optimistes ?
LP : Il y a des ruptures technologiques qui arrivent sur le marché qui vont permettre d’augmenter de manière significative le rendement des machines. Il y a des technos qui ont été développées par des grandes entreprises comme Michelin, le CEA et d’autres… Les choses devraient aller dans le bon sens. En France, nous parlons beaucoup de projets, car nous sommes tous dans les starting-blocks, dans l’attente de ces avancées qui vont faire basculer le marché.

Olivier Machet : Nous ne pouvons pas remettre en cause les engagements et les volontés des politiques envers la décarbonation, que ce soit au niveau européen ou au niveau français. Je pense que nous sommes sur un territoire qui a une vraie volonté d’accélérer la transition énergétique. Cela s’exprime, entre autres, par les engagements qui ont été pris dans le cadre de la Cop 21, mais aussi au niveau européen. Les objectifs sont ambitieux, notamment en termes de pourcentage d’énergie renouvelable dans les usages, aussi bien dans le tertiaire qu’au niveau de la mobilité.

Objectif 0 carbone à horizon 2050

Le développement de la filière hydrogène est une volonté forte en France, comme en Europe.
OM : Cette ambition européenne est reprise par la France, à plusieurs niveaux. Les mécanismes sont en cours de mise en place. Les modes de financements et les enveloppes budgétaires ont été définis. Aujourd’hui, l’État est dans la phase de sélection des projets. Les industriels, pour leur part, sont également engagés dans cette transition. Tous les grands groupes ont des objectifs 0 carbone à horizon 2050, voire avant pour certains, comme Engie. Il existe vraiment une très forte dynamique. Imaginez, en Europe, plus de 350 dossiers ont été déposés. Reste donc à sélectionner les bons, c’est là maintenant tout l’enjeu !

Quels doivent être les critères idoines pour cette phase de sélection ?
OM : ll ne faudra pas perdre de vue deux axes majeurs : compétitivité et acceptabilité. Pour le premier, cela veut dire que les solutions actuellement proposées restent chères par rapport aux alternatives carbonées. Globalement, on parle d’un coût deux à trois fois plus onéreux élevés. Il faut donc massifier la production, intégrer les technologies et développer les écosystèmes. Ce point permet de baisser les risques commerciaux et augmenter les volumes.

AMP : La région Sud a voté, fin 2020, un plan d’action avec une volonté d’apporter un soutien structurel ayant pour objectif de faire travailler ensemble les acteurs de l’écosystème. Plus loin, cela comprend un soutien financier pour certains projets, avec un budget conséquent voté par les élus. Nous avançons et il y a une vraie prise de conscience, une mobilisation de l’ensemble des acteurs ! Il y eu un précieux travail de cartographie de la chaine de valeur sur la région. Nous savons maintenant que nous sommes une zone de consommation, avec ces nombreux usages industriels, portuaires… Nous avons également une dimension transport et stockage qui est importante. Demain, nous aurons des industriels qui interviendront sur l’exploitation de tous les équipements mis en place et dont il faudra effectuer la maintenance. La région travaille au quotidien pour développer cet écosystème et attirer de nouvelles entreprises.

Marseille deviendra une grande place d’importation

L’avancement de la filière hydrogène dans notre région peut-elle être un réel facteur d’attirance pour des acteurs économiques ?
OM : Clairement, tous les ingrédients sont là ! L’écosystème est existant et solide, nous avons un pouvoir politique qui est ambitieux. Il ne faut pas oublier que nous avons des compétences. Là encore, la région pousse pour développer des filières de formation. J’aurais tendance à penser que tout est réuni pour que l’histoire soit belle. Il est vrai que nous sommes dans une compétition entre territoires, que ce soit en France, mais aussi en Europe. Certains gros acteurs ont déjà sélectionné leur région. Le Sud n’est pas en reste sur de nombreux dossiers !

AMP : Il faut souligner que dans les facteurs d’attractivité de notre région, il y a cette zone « Industrialo-portuaire » de Fos-Marseille, qui dispose des infrastructures pour l’export vers la Méditerranée ou le nord de l’Europe. C’est un atout incroyable pour accueillir des industriels.

LP : J’ajouterai qu’il y a également le positionnement stratégique de Marseille au cœur de la Méditerranée ce qui lui augure une capacité d’importation gazière extrêmement importante. On peut imaginer, sans basculer dans la science-fiction, que Marseille deviendra à termes une grande place d’importation de l’hydrogène issu de l’électrolyse de l’eau produit dans des zones disposant d’un fort ensoleillement.

Mathieu Seller

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