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L’Humeur de Pierre Distinguin : The Davis Cup is over, back to London, Monaco or Genève !

lundi 24 novembre 2014

Le stade de Lille est-il à peine reconfiguré en terrain de football, qu’une polémique autour de la finale de coupe Davis France-Suisse, tente d’être étouffée tant bien que mal par les dirigeants de la Fédération Française de tennis. Si une défaite de l’équipe de France avait pu être scénarisée, la partition jouée par le capitaine Arnaud Clément a tourné au ridicule avec le pseudo bobo de Joe W. Tsonga au coude, la séquence émotion de ce même joueur lors des hymnes le 2e jour, visiblement contrarié par son point perdu, puis enfin l’absence d’autorité du coach tout au long du week-end, plus copain que guide s’il fallait s’en convaincre une fois de plus.
La coupe Davis est plus généralement devenue un événement pratique pour nos joueurs, de blanchir avec le blanc seing de la Fédération, leur image et soigner leur notoriété, sur l’autel du patriotisme, du partage collectif et de l’héritage sportif national. Le diable se cache dans les détails, une défaite 3-2 contre les Suisses de Federer avec des matchs a suspens et un scénario mieux maîtrisé autour du coach et des joueurs, aurait pu tout aussi bien laisser une trace généreuse, empathique et constructive dans nos esprits, j’entends ceux des spectateurs et supporteurs. Électrons libres et citoyens globe-trotters tout au long de l’année, nos joueurs deviennent Français au sens de la défense des droits et des devoirs, une ou deux fois par an seulement, ce qui n’est pas tolérable !
La coupe Davis terminée, back to London, Monaco, Luxembourg ou Genève pour nos joueurs français ! Quelle hypocrisie sur le « made in France » et le respect des valeurs morales qu’incarne a première vue le tennis. Solidarité nationale oblige, la presse reste unanime derrière ses champions, les hommes et femmes politiques aussi ! Si le sujet de l’évasion fiscale est bien entendu, plus vaste que ce simple fait sportif, il n’empêche que l’actualité autour de la coupe Davis ce week-end, fut un formidable détecteur de mensonges aux yeux et à la barbe de tous.
Quid des appels à boycotter les chaussures de courses Nike fabriquées en Chine ou au Cambodge parce que des enfants sont exploités dans ces usines, quid des campagnes en faveur des produits Made in France, si dans le même temps, on ne fixe pas des règles de bonnes conduites citoyennes aux sportifs les plus emblématiques du pays ; la menace de ne pas pouvoir représenter son pays dans une épreuve internationale si l’on ne dispose pas de sa résidence fiscale dans ce dernier, serait un acte symbolique fort de nos gouvernants, qui ne manquerait pas de diffuser un sentiment d’équité et de citoyenneté dans le pays, au risque d’assumer des résultats provisoires moins élogieux. Le tennis à la différence du football qui assume un message populaire collectif puissant, cherche en vain à concentrer un idéal sportif mêlant fairplay et beauté, classement et esprit d’équipe, la tête et les jambes. Que demander au tennisman lui-même que son sport ne peut apporter ? Le tennis s’est auto-emprisonné dans ses contradictions culturelles d’abord, morales ensuite.
Enceinte de distraction des classes aisées de la société pendant un demi-siècle, le tennis est au sport ce qu’est l’ENA aux grandes écoles. La volonté de réformer le système en l’ouvrant au plus grand nombre n’a bénéficié en fin de compte qu’à une minorité d’individus. Yannick Noah fut l’icône parfaite, l’enfant de Yaoundé peut dire merci à la France et la France peut lui dire merci, vainqueur en individuel à Roland Garros en 1983, il fut surtout un redistributeur de valeur collective, en faisant gagner la France en Coupe Davis en tant que coach, la boucle était bouclée et il eut été déplacé de contester l’acte et la parole de Yannick.
En perdant cette finale contre les Suisses de R. Federer, les Français ont bien plus à reconstruire qu’un coude ou qu’une équipe, c’est un acte citoyen qui incombe au tout à chacun, dès lors qu’il incarne la Nation et la représente dans une compétition internationale. En la circonstance, c’est au gouvernement de changer ces règles de jeu qui ne trompent plus personne, même pas leurs supporteurs les plus assidus.

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