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La Bibliothèque Méditerranéenne de Mireille : Le dernier tabou, les "Harkis" restés en Algérie après l’indépendance de Pierre Daum

samedi 30 mai 2015

"Le dernier tabou" de Pierre Daum évoque bien un sujet gênant, dérangeant encore aujourd’hui, racontant l’histoire et la situation d’aujourd’hui des dernières victimes d’un système colonial. Plus de cinquante après la fin de l’occupation française en Algérie, des hommes, des femmes, leurs enfants et petits-enfants sont les témoins de plaies toujours pas cicatrisées d’un coté comme de l’autre, en France comme en Algérie.


On pense en général que les Harkis, ces Algériens intégrés à l’armée française pendant la guerre d’indépendance ont, soit réussi à s’enfuir en France, soit été "massacrés" en 1962. En réalité, la plupart d’entre eux n’ont pas été tués, et vivent en Algérie depuis un demi-siècle. Une réalité historique difficilement dicible en Algérie comme en France. Pendant deux ans, Pierre Daum a parcouru des milliers de kilomètres à travers toute l’Algérie afin de retrouver les témoins de cette histoire occultée. Des témoins qui, pour la première fois de leur vie, ont accepté de parler. La soixantaine de témoignages que l’auteur a recueillie -auprès d’anciens supplétifs, mais aussi d’anciens soldats de l’armée régulière, et d’anciens civils "profrançais"- bouleversent plusieurs idées reçues des deux côtés de la Méditerranée. Que ce soit sur leur nombre (450 000), les motivations de leur engagement ou leur sort au moment de l’indépendance. À travers ces récits de vie, on comprend que l’histoire des "Harkis" (supplétifs et autres) s’inscrit au cœur d’un système colonial qui opprima le peuple algérien pendant cent trente-deux années.
Précédés d’une longue introduction historique, ces récits de vie permettent de comprendre que l’histoire des "harkis" (supplétifs et autres) s’inscrit au cœur d’un système colonial qui opprima le peuple algérien pendant cent-trente-deux années. Aujourd’hui, un demi-siècle après la fin de l’occupation française en Algérie, ces hommes, leurs épouses et leurs enfants apparaissent comme les ultimes victimes d’un passé colonial dont les plaies ne sont toujours pas cicatrisées, ni en France, ni en Algérie. Aujourd’hui, un demi-siècle après la fin de l’occupation française en Algérie, ces hommes, leurs épouses et leurs enfants apparaissent comme les ultimes victimes d’un passé colonial dont les plaies ne sont toujours pas cicatrisées, ni en France, ni en Algérie.
Pierre Daum a fait de nombreux séjours en Algérie, parcourus plus de 20 000 km parcourus entre bled et djebel, recueillis des dizaines de témoignages inédits, mené deux ans et demi d’enquête, pour écrire "Le Dernier Tabou, les Harkis restés en Algérie après l’indépendance".
Une enquête qui va à l’encontre de beaucoup d’idées reçues. Un sujet gênant, un livre qui ne manquera pas de susciter maints polémiques d’une rive à l’autre de la Méditerranée et de part et d’autres des protagonistes.

Extrait : Témoignage de Rachid Kharrouss. "Rachid Kharrouss se souvient parfaitement que le jour du cessez-le-feu, le capitaine a rassemblé tous les Harkis dans la cour de la caserne, et leur a dit : "Maintenant la guerre est finie. L’Algérie a son indépendance ; nous, on s’en va. Ceux qui veulent venir avec nous, ils viennent ; ceux qui ne veulent pas, ils restent !" Dans les semaines qui ont suivi, alors que les Français se trouvent toujours dans la caserne, les moudjahidine descendent des maquis, et commencent à capturer des Harkis. Les Harkis qui restaient avec les Français étaient tranquilles. Mais ceux qui sortaient de la caserne, les fellaghas les chassaient la nuit.
- Et l’armée française n’est pas intervenue ?!
- ah non ! A partir du 19 mars, le capitaine, c’était l’ami des fellaghas. Ils mangeaient ensemble, et il n’était pas question de recommencer la guerre."
Témoignage des frères Badji. "Il parait qu’il y a le droit du sol en France, s’exclame Djamel. Moi, en 1960, je suis né sur le sol français ! Alors pourquoi je n’ai pas droit à la nationalité française ? En plus, nous sommes fils d’ancien combattant et petits-fils d’ancien combattant ! Notre grand-père a été décoré de la Légion d’honneur. Nous n’avons rien gagné. Ni du coté algérien, ni du coté français. Pour nous, toutes les portes sont fermées. La porte pour entrer en France, et la porte pour entrer en Algérie."

L’auteur : Journaliste, ancien correspondant de Libération en Autriche puis en Languedoc-Roussillon, Pierre Daum a aussi collaboré à plusieurs journaux européens : Le Monde, L’Express, La Libre Belgique, La Tribune de Genève, etc. En 2009, Actes Sud publie sa première enquête historique, « Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France » (1939-1952), qui révèle l’utilisation forcée de 20 000 paysans vietnamiens dans les usines d’armement de métropole. Le livre, préfacé par Gilles Manceron, a été adapté au cinéma par le réalisateur franco-vietnamien Lam Lê dans Công Binh, la longue nuit indochinoise, sorti en 2013. En octobre 2014, un Mémorial national aux travailleurs indochinois a été inauguré en Camargue. En 2012, Pierre Daum publie chez Actes Sud « Ni valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie » après l’indépendance, avec une préface de Benjamin Stora. Ce livre révèle une autre page enfouie de l’histoire coloniale française. Alors que tout le monde pensait que tous les Français d’Algérie avaient quitté leur pays en 1962, « Ni valise ni cercueil » décrit la vie de 200 000 d’entre eux qui ont choisi de vivre dans l’Algérie indépendante. Parallèlement à ses travaux de recherche sur le passé colonial de la France, Pierre Daum effectue régulièrement des grands reportages pour Le Monde diplomatique.

"Le dernier tabou" de Pierre Daum. Éditions Actes Sud. 544 pages - 24,80€
Jeudi 4 juin 2015 à 19h - Pierre Daum présentera : Le dernier tabou : les Harkis restés en Algérie après l’indépendance (Actes Sud) à la librairie du MuCEM à Marseille. (Rencontre organisée en partenariat avec Les Amis du Monde Diplomatique).

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