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La Bibliothèque de Mireille : "La vie en chantier", de Pete Fromm

mercredi 30 octobre 2019

La vie en chantier est le dernier roman de Pete Fromm, un livre très émouvant qui touche au cœur, à l’âme et à la vie.


Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s’aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, leur vie s’en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi. Avec leurs modestes moyens, ils commencent à retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l’avenir prend des contours plus précis. Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras. Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendus.
La Vie en chantier est une histoire qui touche au cœur. À travers ce troublant mélange de peine et d’amour, Pete Fromm écrit magnifiquement sur la vie qui donne toujours une seconde chance à celui qui sait la saisir. Un roman d’une belle et émouvante simplicité sur la relation entre un jeune père et sa petite fille.
Auteur à succès connu pour son livre Indian Creek, Pete Fromm sait avec talent écrire pour décrire les ressentis et les gestuelles d’une vie de tous les jours : le quotidien devient sublime de simplicité, de bonheur ou de malheur mais sans aucune excessivité ou exagération dans un sens ou dans l’autre. L’histoire est grave, triste mais jamais tragique et pourvu de tellement d’amour et d’espérance. L’auteur est un maître ciseleur des mots, faisant d’une histoire ordinaire une romance émouvante, un livre à ne pas manquer !

Mireille SANCHEZ

"La vie en chantier", de Pete Fromm. Éditions Gallmeister. 384 p. 23,60 €.

Extrait :
Lorsqu’elle le lui dit, Taz est à genoux ; à force de manier le marteau ses bras vibrent, palpitent et picotent. Il lève les yeux, les oreilles bourdonnantes, la pince à levier et les doigts coincés sous encore quinze centimètres de sousplancher en kryptonite de malheur. Les pouces accrochés à sa ceinture à outils, comme si finalement elle comptait s’attaquer au fichu lattis, Marnie le regarde avec un sourire en coin et répète sa phrase. Il cligne des yeux, hausse un sourcil et libère ses doigts, les frotte pour en retirer la poussière. — C’est vrai ? demande-t-il. Tâchant de contenir son sourire, elle commence à extraire un test de grossesse de sa ceinture, à peine un centimètre ou deux, avant de l’enfoncer à nouveau. — L’aiglon a atterri. Taz regarde autour de lui, le mur réduit à son ossature face à la cuisine, le sol maculé de plâtre, la constellation de trous laissée par les lattes qu’ils ont arrachées. Les moulures en pin ont été retirées et empilées près de l’atelier dans le jardin, où elles attendent qu’il trouve le temps de décaper un siècle de peinture. Encore du plâtre qui s’écaille, là où se trouvaient les moulures. Des fils électriques noirs d’un autre âge, gainés de tissu, affleurent entre les montants du mur, entourés çà et là de boutons et de tubes en porcelaine d’un blanc pisseux. Le plancher semble avoir explosé, des éclats de contreplaqué se dressent vers le plafond. Sous le plancher, l’érable crasseux est strié de colle, un trésor de pharaon enfin mis au jour. Des particules de poussière dansent dans la lumière qui filtre à travers les interstices, autour des portes et des fenêtres à guillotine. Taz absorbe la scène, à peine quelques secondes, mais c’est déjà trop long. Le visage de Marnie se ferme. — Doux Jésus, dit-il. Il se redresse avec difficulté, les genoux plus vieux soudain, les articulations raides. Il serre Marnie dans ses bras, soulevant des petits nuages de poussière partout où il la touche. — Doux Jésus, chuchote-t-il à nouveau, le nez dans ses cheveux. — Tu as trouvé la foi ou quoi ? demande Marnie. Elle s’écarte de lui pour mieux le regarder. — Je suis un chrétien born again* . — Pas encore né, tu veux dire. En cours de route. Par-dessus l’épaule de Marnie, Taz continue d’observer la pièce dans laquelle va atterrir ce bébé. Des outils poussiéreux sont disséminés parmi le carnage, le ciseau à bois ébréché et émoussé, la vieille scie sabre et sa lame tordue, la pince à levier indestructible. L’équivalent de Bagdad pour les enfants : allez sécuriser ça.

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