La Région Sud pousse la SNCF à sortir de son train-train

Publié le 3 novembre 2021 à  13h50 - Dernière mise à  jour le 2 novembre 2022 à  18h07

Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Président délégué de Régions de France, recevait ce mardi 2 novembre Christophe Fanichet, Président Directeur Général de la SNCF Voyageurs et Thierry Mallet, Président du groupe Transdev, à l’Hôtel de Région, aux côtés de Jean-Pierre Serrus, vice-président de la Région en charge des transports et de la mobilité durable. Ensemble, ils ont procédé à la présentation des offres sélectionnées dans le cadre de l’ouverture à la concurrence pour la région Sud.

©Destimed/RP
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Renaud Muselier entouré de Christophe Fanichet, Jean-Pierre Serrus et Thierry Mallet © Yann Bouvier
Renaud Muselier entouré de Christophe Fanichet, Jean-Pierre Serrus et Thierry Mallet © Yann Bouvier

Cette rencontre a été organisée après le vote des élus régionaux -le 28 octobre dernier, lors de l’Assemblée Plénière de Provence-Alpes-Côte d’azur- à la suite de l’ouverture à la concurrence des Train Express Régionaux (TER). La SNCF a donc présenté son projet pour les lignes « Azur » (Les Arcs/Draguignan -Vintimille, Nice-Tende et Cannes-Grasse) et Transdev celui de la ligne des « Métropoles » Marseille-Toulon- Nice. Lors de cette rencontre Renaud Muselier devait avancer:«Nous maîtrisons une procédure unique en France, qui engage plus de deux milliards d’euros sur 10 ans, dans un domaine très réglementé. Nos exigences étaient très élevées pour proposer le meilleur aux usagers et aux contribuables. Les offres ont été très largement à la hauteur. Nous nous concentrons sur la réussite de la fin de cette procédure avant d’envisager d’autres lots».

«Nous avions le pire service de France en 2016»

Le président de Région revient sur les raisons de l’ouverture à la concurrence: «Nous avions le pire service de France en 2016, avec un coût très élevé pour un service très mauvais, nous avons pris exemple sur le modèle allemand de l’ouverture à la concurrence, qui est une réussite». Il insiste: «Notre objectif était d’avoir le meilleur service pour l’usager au meilleur prix pour le contribuable». Dans ce cadre un Appel à Manifestation d’Intérêt a été lancé dès 2018 avec huit entreprises qui ont répondu, puis un lancement de la procédure, au niveau européen, a été réalisé, en 2019 avec une publication du cahier des charges en 2020 et l’attribution en 2021. Renaud Muselier précise: «Nous voulions être les premiers pour avoir les meilleurs offres». Il revient sur les attentes de la Région: une meilleure fréquence, une meilleure ponctualité, une meilleure fiabilité, une meilleure sécurité, un meilleur confort et enfin une politique RH et RSE de haut niveau.

360 millions d’euros par an

Renaud Muselier rappelle: «La situation était dramatique : 20 % des trains étaient en retard, 10 % des trains étaient annulés, 18 % de fraude, 15 000 incivilités et actes de violence dans les trains et les gares sont recensés. Le tout pour un coût de 360 millions d’euros par an soit 1 million d’euros par jour.» Évoque encore: «Des situations très dégradées au niveau de certaines lignes, notamment, 68 % de taux de ponctualité sur la ligne Marseille-Toulon-Nice. Cela voulait dire que 1 train sur 3 était en retard». Raisons pour lesquelles la Région a dénoncé la convention la liant à la SNCF, avant de travailler sur le dossier de l’ouverture à la concurrence.

«Une situation bien redressée dès 2019»

«Les résultats concrets ont été au rendez-vous avec une situation bien redressée dès 2019», explique le président Région qui détaille : 92 % des trains à l’heure, 2 % des trains annulés, baisse de 35 % de la fraude et augmentation de 14 % de la fréquentation et une baisse encore de 65 % des incivilités et des actes de violence dans les trains (source SNCF), «pour un coût de 290 millions d’euros par an soit 80 millions d’euros économisés en quatre ans». «De plus, poursuit-il, avec la dénonciation de la convention, la SNCF a engagé huit procédures judiciaires contre la Région et réclamait 160 millions d’euros d’impayés. Nous les avons toutes gagnées, et donc fait économiser autant au contribuable régional».

«Nous savons parfaitement maitriser une procédure unique en France»

Et de conclure: «Si nous voulons tirer un premier bilan de l’ouverture à la concurrence des TER, nous pourrions dire, tout d’abord, qu’elle nous a permis de redresser la barre sur la qualité de service et le prix avec la SNCF. Les chiffres entre 2016 et 2021 sont éloquents. Ensuite, que nous savons parfaitement maitriser une procédure unique en France, engageant plus de deux milliards d’euros sur 10 ans, sans retard ni fausse note, malgré le COVID. Enfin, que notre position de leader dans ce domaine nous a permis d’obtenir des « offres canonnissimes ». Transdev a su proposer les meilleurs trains et la meilleure offre financière pour remporter le lot 1. La SNCF reste un très grand acteur du marché ferroviaire français et européen et a su proposer une offre très satisfaisante sur le lot 2. Nous nous savions observés par l’ensemble des acteurs du monde ferroviaire. Et nous avons prouvé que l’ouverture à la concurrence du TER en France, ça marche».

Une baisse de 40% des retards

Thierry Mallet, PDG de Trandev annonce le doublement du nombre de trains entre Marseille et Nice, avec des voitures plus spacieuses et plus confortables (avec le wifi, des prises USB et des sièges plus larges…), et assure «une baisse de 40% des retards». C’est officiellement la première fois que la SNCF perd l’exploitation d’une ligne ferroviaire en France au profit d’un groupe privé et Transdev devrait se voir transférer 160 cheminots de la SNCF, souhaitant privilégier le «volontariat».

50% de voyageurs supplémentaires

«Dans le lot que nous avons perdu, nous aurons tous à cœur d’avoir une transition réussie avec Transdev, dans l’intérêt des collaborateurs comme des voyageurs», avance Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs. Sa filiale Azur a pour sa part remporté l’exploitation des liaisons entre Les Arcs/Draguignan (Var) et Vintimille (Italie), ainsi que les lignes Nice-Tende et Cannes-Grasse (Alpes-Maritimes), où l’entreprise publique était seule en lice. Christophe Fanichet souligne que la Région était il y a quelques années «un client insatisfait» mais, précise-t-il: «Nous avons redressé la barre». Face à la concurrence, SNCF Voyageurs promet notamment un train toutes les 15 minutes entre Cannes et Menton, avec un objectif de 50% de voyageurs supplémentaires sur ce lot «Azur». «Ce sont autant de voitures en moins sur les routes», se félicite-t-il. La SNCF parle également de trains «rénovés», avec plus de confort et de sécurité à bord. SNCF Voyageurs comme Transdev prévoient la construction de sites de maintenance à Nice.
Michel CAIRE

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