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La boîte à Polars de Jean-Rémi Barland. ’Dilemme en Sibérie’ de Martin Cruz Smith : bons baisers (mortels) de Russie

jeudi 6 mai 2021

Nom : Aba Makhmud. Âge : 20 ans. Taille : 2m. Poids : 70 kg. Cheveux : brun foncé. Yeux : marron. Nationalité : Russe. Origine ethnique : tchétchène. Lieu de résidence : Moscou. Service militaire : renvoyé. Antécédents judiciaires : hooliganisme, vol de voiture, comportement antisocial. Détenu dans une prison d’Irkoutsk, pour avoir fait feu le 3 janvier 2019 avec un Beretta 9mm sur le procureur du peuple S.I. Zurin, au Parc du Patriarche à Moscou. Qu’il a cependant maladroitement loupé.

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"Dilemme en Sibérie" le dernier opus de Martin Cruz Smith ©Dough Menuez/Calmann-Lévy

Chargé par le procureur lui-même d’enquêter sur ce geste apparemment fou, Arkady Kirilovitch Renko, enquêteur principal aux Affaires spéciales, pour le procureur de Moscou, interroge le prévenu, et met le doigt dans un engrenage criminel aux ramifications multiples et surprenantes. Faisant équipe avec Victor, excellent inspecteur quand il est à jeun, qui se trouve être le frère de Nina Orlov, patronne d’un zoo où deux ours se sont échappés, (on les rattrapera grâce à l’intervention du super-flic), Arkady se trouve investi d’une autre mission.

Il s’agit pour lui de retrouver Tatiana Petrovna, journaliste d’investigation ayant disparu après avoir révélé d’abord la radioactivité de la flotte de la Baltique, puis d’avoir signé un encadré sur la nouvelle datcha du Président, et enfin d’avoir tenté de « coincer » deux oligarques menaçant l’avenir politique de Poutine en personne. La nécessité pour Arkady de se rendre à Irkoutsk lui permettra de s’enfoncer dans les profondeurs de la Sibérie afin de partir sur les traces de Tatiana.

L’auteur connaît son James Bond et son John Le Carré par cœur

Brossant le portrait de multiples personnages, dont l’inquiétant Boris Benz, qui contrôle la moitié de l’industrie forestière de Sibérie, et l’énigmatique Mikhaïl Kouznetsov, oligarque idéaliste qui a passé cinq ans dans une prison sibérienne pour avoir osé critiquer Poutine, l’Américain Martin Cruz Smith signe un polar époustouflant de maîtrise et de rebondissements en tout genres. Meurtres, disparitions, fausses pistes et courses poursuites avec en prime l’attaque d’un ours subie par Arkady, l’auteur connaît son John Le Carré et son James Bond par cœur.

« Dilemme en Sibérie » qui ressemble par moments au film «  Bons baisers de Russie » avec l’espion 007 en action, est à la fois brillamment conçu, remarquablement construit et merveilleusement écrit. « Un vrai triomphe de l’imagination », ajoutait à toutes ces louanges un chroniqueur du « Sunday Times ». On ne peut que lui donner raison et saluer la manière dont Martin Cruz Smith enrichit son intrigue principale d’escapades dans des chemins de traverse riches en détails et situations cocasses, dramatiques et émouvantes.

Les sympathiques Tolyo, jeune policier assigné à l’enquêteur en tant que chauffeur, Rinchin Bolot, « factotum » en service lui aussi auprès du super-flic, sans oublier un enfant champion d’échecs qui se trouve être une sorte de fils adoptif d’Arkady contribuent à ouvrir le récit sur des aspects plus psychologiques. La description panthéiste d’un Irkoutsk gorgé de sang et vêtu de paillettes d’or, décrit en son temps par Tchekhov comme le Paris de la Sibérie, transforme un simple lieu en une immense terre de beauté et d’effroi.

Corruption et répression

Nuits glaciales, chamans, paysages d’une beauté mortelle, « Dilemme en Sibérie » publié chez Calmann-Lévy dans la collection dirigée par Robert Pépin, est un thriller au décor marqué par les bagnes tsaristes et le goulag soviétique. Neuvième roman que Martin Cruz Smith, l’illustre auteur du « Parc Gorki  » consacre à une Russie qui «  l’indigne autant qu’elle le fascine  ».

« Dilemme en Sibérie » dont le dernier mot est « Staline » fait en la personne de Tatiana Petrovna l’éloge du courage au féminin. A travers elle l’auteur rend hommage à toutes ces combattantes de la liberté de tous les pays et de toutes les époques ayant risqué leur vie pour défendre un idéal de justice. Et son thriller qui passionnera autant les amateurs du genre que les défenseurs d’une littérature plus pointue, de s’imposer comme un texte intemporel et universel qui résume au final le «  Est-ce ainsi que les hommes vivent » de Louis Aragon, empereur du mentir-vrai romanesque.
Jean-Rémi BARLAND

« Dilemme en Sibérie » par Martin Cruz Smith. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-France de Paloméra paru chez Calmann-Lévy - 254 pages - 20,90 €.

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