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La boîte à Polars de Jean-Rémi Barland. ’La forêt des disparus’ d’Olivier Bal : un thriller diabolique avec l’horreur au milieu des arbres

jeudi 22 avril 2021

« Redwoods est une des bourgades les plus isolées de tout l’Oregon. En empruntant la route 111 qui longe la côte, on ne trouve pas d’autre commune à 10 kilomètres à la ronde. Il y a bien Carpenterville au nord et Brookings au sud. Mais elles sont comme deux planètes distantes, que l’on côtoie à peine. » "Le bout du monde", c’est ainsi que les premiers habitants ont appelé cette région quand ils l’ont découverte. Nature inhospitalière, conditions météorologiques terribles, cela n’a pas empêché les colons de s’installer ici avec au centre de l’intérêt porté à Redwoods sa forêt à laquelle la ville doit son nom, son histoire, et sa réputation maléfique, puisque en effet elle détient le triste record du plus grand nombre de disparitions aux États-Unis.

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Nouvel opus d’’Olivier Bal "La forêt des disparus" © Éditions XO/DR

Chaque année ce sont plus d’une vingtaine de personnes qui s’évaporent dans la forêt,. La plupart du temps des randonneurs mal préparés, (mais pas que), si bien que cela suscite une attraction commerciale avec la vente de produits à l’effigie de « la forêt des disparus », Howard Hale, le maire allant même jusqu’à faire déposer son nom. Désormais c’est une marque qui se décline sur des supports aussi divers que tasses, casseroles, assiettes décoratives, sets de table, porte-clefs...

Mais il n’y a guère de quoi s’en réjouir puisque en ce 23 avril 2011, ce ne sont pas moins de cinq cadavres enterrés qui sont découverts avec effroi, cinq corps disparus pour certains depuis des années, avec autour du tronc d’arbre au-dessus des suppliciés des amas de cendres déposés sur les racines. Larry Dewes, Helen Ramos, Ken Wong, Jerry Steiner, et la « nouvelle morte » Emily Bennett ont tous été exécutés en suivant le même modus operandi : une blessure de la région antérieure du cou, avec une ablation de la trachée cervicale. Une lacération profonde réalisée avec une grande lame, main droite tranchée, et la certitude pour Harry Devlin, le médecin légiste dépêché sur les lieux de la macabre découverte que les victimes étaient vivantes au moment où elles furent égorgées. Le parcours de l’une d’entre elles, à savoir Emily Bennett intéresse particulièrement les enquêteurs, parce qu’elle semble faire le lien entre les morts par meurtres.

Un enquêteur isolé, appelé « L’étranger »

Ils sont deux en fait à pouvoir lever les zones d’ombre sur cette triste affaire. Une femme et un homme unis sans l’avoir voulu et dont les psychologies sont opposés. Elle c’est Lauren Gifflin. Adjointe de Gerry Mackenzie, le shériff de Redwoods, elle demeure obsédée par cette affaire de disparus à laquelle elle prête depuis des années une attention quotidienne tournant à la névrose. Déterminée, mais pas non plus « super-flic » elle avance vite et réfléchit juste. Lui, c’est Paul Green. Ancien journaliste que les lecteurs d’Olivier Bal ont rencontré dans « L’affaire Clara Miller », thriller où il montra sa perspicacité, cet homme semble revenu de tout et de tous. C’est un être un peu déglingué -comme on en croise dans les polars anglo-saxons ou d’Europe scandinave-, il s’est isolé ici pour des raisons très précises et, surnommé « l’étranger » vit reclus, tel un ermite un rien misanthrope.

Si Paul, taiseux en quête de rédemption, qui est tout sauf un justicier, se trouve embarqué dans l’affaire des disparus de Redwoods, c’est que Charlie Sanders, la fille tourmentée du garde forestier William Sanders est venue lui demander son aide. Blessée, paniquée, elle dit avoir croisé dans la forêt « l’homme rouge » et connu l’horreur. Ce qu’a vécu cette adolescente surnommée au collège « la boueuse » en raison du fait qu’elle habite en bordure de forêt seule avec son père (sa mère est morte quelques années plus tôt) demeure en lien forcément avec l’affaire et constituera un des récits de cette histoire mouvementée racontée par des voix très différentes. Un roman choral (technique narrative très efficace permettant ici à l’auteur de montrer qu’il n’existe jamais une seule vérité, et que chaque point de vue peut, parfois, se défendre ) dont la violence rappelle les thrillers de Bernard Minier et Jean-Christophe Grangé où l’on verra l’importance là aussi de rites sacrificiels.

L’histoire de pionniers américains et d’un certain Nicholas Kellen, né en Suède en 1825

Roman dans le roman, Olivier Bal développe ici l’histoire des pionniers américains et principalement ceux de l’Oregon, terre chargée d’histoire. Cette terre -appelée autrefois « Le bout du monde » et qui fut l’une des dernières à être conquise par les pionniers- Olivier Bal la peint par le biais de l’épopée d’un certain Nicholas Kellen, né en 1825 en Suède qui fut un des premiers colons débarquant en Oregon, s’installant dans le Nord de cet État sauvage, devenu le premier shériff de Redwoods qui dirigea la ville d’une main de fer (consommation d’alcool proscrite), et qui dut combattre une terrible épidémie de variole.

C’est la partie la plus politique du livre Olivier Bal rappelant que « les Américains ont, dit-il, volontairement effacé une partie sombre de leur histoire, à savoir la violence de la conquête, les massacres d’indigènes pour se concentrer uniquement sur leur projet de grande nation et de démocratie. » Dénonçant au détour de son intrigue le sort réservé aux Amérindiens, peuples chassés et parqués dans des réserves sur des terres arides, il réhabilite par le biais du roman ces oubliés de l’histoire américaine, même si depuis un peu plus de vingt ans ils sont finalement réhabilités.

Une société rongée par la peur de l’Autre

Puissant roman brossant le portrait de personnages terrifiants, ou poignants, comme par exemple celui d’Owen, l’adjoint de Lauren, ou du jeune Alvin, Olivier Bal offre au final un huis-clos ouvert de type tragédie grecque où Redwoods apparaît comme un miroir déformant de nos sociétés modernes. Comme précise-t-il : « Une société clanique rongée par la peur de l’Autre, de ce qui se joue à l’extérieur. » Avec au passage des pages évoquant une pandémie, mais pas de manière frontale, en filigrane plutôt l’essentiel étant de développer une histoire de meurtres et de malédictions au dénouement très inattendu.

A 42 ans Olivier Bal signe un roman très facile d’accès, de facture très anglo-saxonne (avec réflexion sur le poids du fatum). Un polar brutal, subtil et violent qui se dévore d’une traite. Un roman digne des meilleurs Stephen King, Lindwood Barclay et autre Harlan Coben, James Ellroy ou Jonathan Kellerman. C’est dire le niveau auquel se se situe « La forêt des disparus », par lequel son auteur s’impose comme un des maîtres du thriller.
Jean-Rémi BARLAND

« La forêt des disparus » d’Olivier Bal. XO éditions. 441 pages - 19,90 €

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